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Ses critiques de films
 16-05-2006 La Griffe du Passe
Excellent échantillon de film noir américain des années 40-50, pour qui veut renouer avec l'ambiance particulière de ce genre, tout en découvrant, peut-être, un metteur en scène français méconnu : Jacques Tourneur. On y retrouve le Privé, insensible et sans attaches, au destin de fauve silencieux, habitué à tous les dangers, à une routine faussement détachée et vraiment méfiante. C'est Robert Mitchum et il en fait le maximum. A coté, la Femme Fatale, incarnée par Jane Greer, à l'élégance froide, hautaine, à peine humaine, belle à couper le souffle de l'homme le plus blasé, en l'occurrence Jeff bailey-Mitchum. Une intrigue secondaire liée à la pègre locale, met Jeff à la poursuite de Kathie-Jane Greer. La mécanique est en route et il n'y a plus qu'à suivre la poursuite imaginaire que Jeff va mener pour son compte à partir de l'apparition lumineuse de Kathie dans son univers sombre et vide, parallèlement à la poursuite réelle. Les dégâts seront immense et Jeff ira jusqu'à sa damnation, trahissant un amour innocent, pour aller se faire détruire avec celle qui a réveillé en lui une capacité de passion oubliée depuis trop longtemps. En vérité, tout est noir, désespéré, tragique dans ce film. La tension déclenchée par la rencontre est maintenue jusqu'à la fin. Pourtant, on y croise quelques plaisirs vivifiants : la première partie du film, où le metteur en scène à su camper un Jeff vivant, serein et attachant ; le personnage de ce jeune sourd-muet qui est la seule relation d'humanité de Jeff. Et puis un paysage citadin vieux d'un demi siècle qui réveille en nous une nostalgie bienvenue. Et inalement, la vie existe dans ce film, et si c'est bien fini pour Jeff et Kathie, pour le spectateur par contre, la vie semble belle au moment du retour à la réalité. C'est le mérite de Jacques Tourneur.
 14-05-2006 Le plein de super
On m'avait dit : Alain Cavalier … , grand artiste … , spontanéité … , exploration cinématographique … Je suis allé voir, curieux et confiant. J'ai vu. 2 gars coincés qui convoient une belle américaine. 2 petits cons qui s'incrustent dans la bagnole. Et la connerie qui déteint, s'amplifie, dégouline et devient une valeur en soi : on dégueule dans la belle voiture ; au passage, on saccage le salon de son ex et on pisse dedans - ouarf ! ouarf ! - ; on tripote le zizi du petit garçon sous les yeux de la mère ; on excite un connard de pédé et on lui tire son fric, etc., etc. … Alors c'est ça l'inconscient révélé d'un groupe d'artistes d'avant-garde en 1975 ? Pouah ! Et puis devinez quoi ? On ramène la bagnole dégueulasse et bousillée à son salaud de bourgeois de propriétaire, qui évidemment n'est pas content, on l'insulte et on part vivre Liiiibres !! Depuis, j'ai mis Alain Cavalier dans la liste de mes Interdits.
 14-05-2006 Oliver Twist
Cette adaptation en noir et blanc que je suis allé voir à l'occasion de la sortie de la version Grand Luxe de Polanski m'a ravi et m'a rassuré sur le respect que les cinéastes doivent à Dickens. La première scène est dramatique et superbe et donne son ton au film : c'est la misère et la douleur que l'époque réserve aux femmes et aux enfants. Le réalisme est souligné par des plans évocateurs sur une nature froide et déchirée. Ici, pas de mélo : David Lean s'est astreint à une rigueur artistique qu'il n'aura pas toujours dans ses autres films. Les personnages secondaires sont réalistes et vrais. En particulier, Bill en homme déchu et sinistre et Nancy, vulgaire et émouvante sont convaincants à souhait. Les personnages principaux le sont moins : Oliver, enfant sensible ballotté dans un univers hostile est bien falot et Fagin, sur-joué par le grand Alec Guiness encombre l'écran de son cabotinage. Mais on tient là l'adaptation de référence du roman de Dickens : l'histoire est respectée, l'ensemble des personnages est réaliste et l'évocation de la misère de l'époque est restituée sans compromis. La mise en scène est à la fois poétique et âpre. On est bien loin de la version luxueuse et infantile de Polanski, qui aurait tout juste mérité d'être produite par les studios Disney. Charles Dickens sort intact de cette belle adaptation et David Lean en sort grandi.
 14-05-2006 Les mille et une nuits
D'emblée, j'ai été saisis par le film et ses histoires s'interrompant et se retrouvant de façon inattendue, avec la même poésie fantaisiste que dans le Livre. Aventures cruelles, sanguinaires, naïves, fantastiques, morales et amorales, religieuses, amoureuses s'y déroulent en épisodes qui s'enchevêtrent avec précision et nous transportent dans le monde mythique de l'Arabie glorieuse d'Haroun El Rachid. On ne sais plus combien d'aventures se déroulent sous nos yeux, tant les épisodes sont nombreux, divers, prenants, émouvants ou édifiants, toujours vivement menés. Toutes nos émotions sont sollicitées en une cascade sans fin. Un fil ténu et charmant est tissé à travers ce labyrinthe : c'est le rire éclatant de Zumurrud, l'esclave aimée du jeune Nour-ed-Din, qu'il recherche et perd à travers tous ces épisodes, pour la retrouver finalement comme à la fin d'un voyage initiatique. L'équivalent heureusement réinterprété de Shéhérazade et du roi Shariar. Les paysages et la lumière d'Ethiopie et du Yémen où le tournage a été fait, sont resplendissant, comme la maîtrise du cinéaste.Le petit peuple au milieu duquel nous voyageons est coloré et réaliste à souhait. J'ai adoré ce qui reste pour moi le chef-d' œuvre de P. P. Pasolini
 13-05-2006 Il est plus facile pour un chameau...
Chronique familiale pleine d'humour dans une riche famille de l'aristocratie italienne rassemblée autour d'un père moribond. Prétexte au rassemblement de la famille et révélateur de ses états d'âmes. Valérie, sa fille préférée a 35 ans et n'est pas sortie de l'adolescence. Elle vit sa richesse comme un pêché qu'elle ne sait pas résoudre et qui la maintient dans l'immaturité. Elle est naïve et émotive et rêveuse et nous présente de manière plaisante, vive et enjouée ses états d'âmes face à sa vie dorée et semi-oisive, et ses conflits intérieurs face à la vie d'adulte qui l'appelle. Valérie est le personnage central du film. Toujours inattendue et un peu déphasée, elle est en décalage permanent avec les situations de la vie réelle. Elle est vulnérable, influençable, et pourtant elle dégage beaucoup de force intérieure, comme une grande enfant qui n'a pas encore mesuré sa force réelle. Elle est belle, spontanée et charmante. Les autres personnages sont tous campés avec nuance et sensibilité. Le père serein devant la mort et le devenir de sa fille, la mère jouée par la propre mère de la réalisatrice, la soeure jalouse aux multiples facettes. Tous tournent plaisamment autour d'elle et illustrent en épisodes colorés et vivants ses conflits intérieur ; la grande tradition des sketchs à l'italienne n'est pas loin. En même temps, ils forment un portrait familial plaisant qui se surimpose à l'histoire de Valérie. A voir pour le plaisir et pour connaître un peu le cheminement de l'actrice-réalisatrice Maria Bruno Tedeschi vers l'age adulte.
 13-05-2006 Le mystère de la chambre jaune
La troisième version filmée du célèbre roman présente un charme bien particulier. Alors que le scénario reprend minutieusement l'intrigue du roman, on ressent vite un décalage avec les images offertes: détails bizarres hors de propos, touches de réalisme inattendues comme cette miss Stangerson qui approche allègrement la quarantaine, attitude étrange d'un juge d'instruction qui laisse en suspend des phrases rêveuses, avec en contraste un Rouletabille extraordinairement tonique voire carnivore. La disparité entre la sévérité de l'intrigue et l'ambiance de laisser-aller rêveur des images apporte au film une ambiance burlesque qui lui donne son charme poétique et marque son originalité par rapport aux versions précédentes. Une mention particulière pour les inventions du professeur transposées dans un univers plus récent et qui participe à la poésie générale. Les nombreuses réminiscences cinéphiles, comme ce pauvre sosie de Dark Vador, acculé à fuir pitoyablement, raviront les amateurs. Un régal pour ceux qui sauront se laisser prendre à ce charmant et subtile dosage.
 13-05-2006 Le chien jaune de Mongolie
Ce gentil documentaire, qui tourne autour d'une toute petite histoire d'enfant et de chien, aurait, parait-il, une grande ambition : traiter des problèmes de l'adaptation au monde moderne, d'une population traditionnelle imprégnée de bouddhisme et essentiellement nomade. L'ambition se révèle vite très allusive : la transmission des croyances traditionnelles lors de l'épisode avec la vielle femme, le problème des chien errants destructeurs de troupeaux lors d'une petite phrase du père, les problème d'éducation (la petite fille va à l'école à la ville), l'exode rural et l'acculturation qu'il entraîne avec quelques symboles discrets. Mais la réalisatrice est beaucoup trop de pudeur et on ne connaîtra pas grand chose des problèmes de la Mongolie d'aujourd'hui. Dommage, car les peuples qui tentent leur développement sans se soumettre au matérialisme consumériste sont bien rares. Ce film-là reste à faire. Reste l'histoire maigrelette du chien et de la petite fille, les paysages de la Mongolie sauvage, la vie quotidienne et attachante de ces gens entre la ville et leur petit troupeau. Bien peu pour un documentaire, bien peu pour une fiction. De quoi s'ennuyer un peu et, à la sortie, être un peu déçu.
 29-04-2006 L'âge de glace
Succès populaire énorme. Pourtant le dessin est sans génie, l'animation très médiocre. l'histoire gentillette se passe chez les animaux, sur un thème à la mode, avec des gagmens qui font normalement leur métier. Alors les petits enfants sont contents et les grands enfants que nous sommes restés, ont décidé d'oublier leur sens critique. Reste une distraction familiale pas désagréable où l'on oublie de s'ennuyer. Seul le rat vivace, accroché à son gland de chêne comme à un trésor et qui traverse le film avec une volonté de vivre stupéfiante nous émeut vraiment. Dommage qu'il ne fasse pas partie de l'histoire.
 28-04-2006 Lumière d'été
Tourné pendant la guerre, le film a été considéré par la prudente critique de l'époque comme une réussite, portée par un réalisateur au style très personnel. Mais l'air du temps portait à la prudence et il se cantonne dans le récit d'une histoire d'amour complexe, dans un cadre symbolique de bon aloi. Aujourd'hui, les intrigues de M. Renaud, en ancienne danseuse, de P. Brasseur, en artiste raté et de P. Bernard en aristocrate dément, symboles d'une socité décadente, nous semblent bien conventionnelles. De même, les amours des deux héros, M. Robinson et P. Marchal, représentants symboliques d'un monde ouvrier à l'avenir radieux, nous paraissent bien mièvres. Leur posture, dans la dernière image du film, rappelle irrésistiblement l'art officiel alors en vigueur au pays de Staline. Les grandioses décors de la Provence sont mal servis par les limites du noir et blanc. Pourtant, Jean Grémillon, capable de productions très conventionnelles, reste l'artiste contrasté qui a su réaliser des films où la poésie fantastique échappe à tout classement (Dainah la métisse)
 28-04-2006 Tess
Tess, un drame de l’amour, parfaitement léché par un de nos plus grands cinéastes ? Sans doutes, mais regardons plus loin. Plongeons sous la surface brillante du film pour fouiller son tréfonds. Pour cela, utilisons l’ultime clé que Polanski nous confie : la scène finale et son monument mégalithique, qui vient comme en supplément après la fin apparente du film : l’image d’un soleil aveuglant, cruel et glacé qui s’élève au-dessus du monument. Et sous le vernis de la culture vaniteuse du 18e siècle anglais, au-delà de la mutation industrielle cruelle de son agriculture, le spectateur sensible, sentira remonter en lui une certitude religieuse millénaire, immuable et oubliée: le Dieu Solaire, qui prenait les agriculteurs de Stonehenge sous sa protection en échange de sacrifices sanguinaires, est revenu réclamer son tribut de chair humaine, cinq mille ans après. Il l’obtient en la personne de Tess, la plus innocente des vierges, qui lui est sacrifiée par la société humaine en gage de sa pérennité. Dieu exigeant et indifférent à la souffrance des hommes, dont seul l’inconscient social a gardé le souvenir. Et c’est cet inconscient collectif qui transcende les gestes de chaque acteur du drame, afin que chacun joue son rôle sacrificiel sans même le savoir. Ressurgiront alors en nous le souvenir des sacrifices sanglant des anciens Incas, des anciens mythes grecs où les cités vassalisées livraient son lot de vierges à la dévoration du Minotaure. Et la certitude que, au-delà du film aux oscars, la fin de Tess était écrite dans la pierre de Stonehenge, s’imposera. Enfin, souvenons-nous que quelques années auparavant, Roman Polanski a vécu le terrible épisode la disparition de sa compagne dans un cérémonial caricatural macabre, issu des détraquages de la société américaine, sous les ors de la société hollywoodienne. Episode qui a pu le rappeler à la cruauté des rites anciens. Un regret : la trop grande renommée du site de Stonehenge. En effet, quel spectateur un peu cultivé, un peu vaniteux (nous tous en somme !) n’aura pas pensé : « Je connais ! C’est Stonehenge ! », au lieu de se laisser transporter par la puissante poésie du lieu ?
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