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Fan : coleoptere Localisation : LA BASSEE Inscrit le : 24-08-2006 |
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| Ses critiques de films |
02-06-2009 Captivity |
| Même si Roland Joffé n'a jamais su réitérer le coup d'éclat de sa Mission, on ne peut pas dire qu'il soit un manche invertébré au point de pouvoir assumer pleinement le désastre filmique que représente Captivity, remonté, charcuté par des producteurs bulocéphales avides de surfer sur la vague à succès Saw. Captivity ne raconte rien, se contente de servir à un public jeune et assoiffé d'images gore des séquences de torture gratuites, filmées sans imagination ni talent, avec pour seul objectif en mettre plein les mirettes pour faire oublier la vacuité de l'affaire. Dans ce marasme cinématographique, on ne peut même pas compter sur la présence au casting d'une comédienne valeureuse qui aurait pu éclairer de sa superbe la boue dans laquelle, ici, Elisha Cuthbert se vautre avec une innocence qui confine à la bêtise. Pour son malheur, elle est belle à tomber, mais ce n'est pas suffisant pour donner un peu de relief à ce qui s'apparente ni plus ni moins à une oeuvre pornographique, au sens strict du terme. Volontairement ou non (on ne le saura certainement jamais), le film joue de cette notion en faisant du deuxième tueur, et par voie de conséquence le spectateur, un voyeur qui se paluche en matant son frérot humilier malgré elles leurs victimes. L'idée serait intéressante si elle était menée à son terme, et non en étant réduite à une anecdote de scénario. En plus d'être esthétiquement assez laid, Captivity s'avère très con, révélant son pot-aux-roses très rapidement, à son corps défendant, car le parallèle avec la franchise Saw est si flagrant que le twist ne fait plus aucun doute quasiment à la présentation des personnages. Pour le reste, l'intérêt d'un tel défouloir devrait intriguer pendant quelques temps encore les plus sourcilleux de l'analyse filmique : subversion à la Chuck Palhaniuk, détruire l'image du Beau qui gouverne notre sociéte de l'éphémère et du superficiel ? ou juste produit bas de gamme digne de l'écurie Troma ? Une chose est sûre, Captivity ne restera pas dans les annales, ni des chefs-d'oeuvre du 7e art, ni dans le guide du nanar interstellaire. Par contre, Roland Joffé rejoint la longue liste des auteurs dépossédés de leur oeuvre par des mercenaires de l'art. Malgré tout, on a du mal à imaginer qu'un bon film ait pu sortir de cette histoire, quel qu'ait été le metteur en scène... |
25-05-2009 Twilight |
| Comme disait le poète, 'c'est pas que j'm'emmerde, mais quand même...' Bram Stoker, Murnau, la Hammer, Polanski, Carpenter, tous peuvent se retourner dans leurs tombes (ou presque), près d'un siècle d'adaptations et de tentatives d'évolution du mythe vampirique vient d'être anéanti d'un coup, d'un seul, par la guimauve à l'oestrogène Twilight, variation fantastique autour de Roméo et Juliette. Jusque là, rien de très original. Et après ? toujours rien. Enfin ? irrévocablement, rien... Les raisons de ce trou noir : Parce que passer une heure à filmer le jeu amoureux du chat et la souris, quand on se contente de regards croisés (la Fascination du sous-titre ?), de faux mystères, quand on met en avant des amourettes prépubères en voulant les faire passer pour des sentiments universels, on se met à dos une grande partie du public qui a déjà connu le raz-de-marée Titanic - et c'était bien mieux. Parce que la seconde partie (la 2e heure, donc) ne sait pas quoi raconter, maintenant que 'ça y est, ils sortent ensemble'. A trop vouloir banaliser le vampirisme et en faire une originalité comme par exemple le gothisme, Catherine Harwicke vide de sa substance un des mythes fondateurs de tout un pan du cinéma - voir la partie de base-ball qui réduit ces cousins lointains de Dracula à de vulgaires kangourous. Parce que le vampirisme ne peut être réduit à un simple gadget, parce que les enjeux inhérents à la condition du vampire sont réduits à peau de chagrin à cause de la volonté d'imprégner l'histoire d'un romantisme suranné (les effets de la lumière sur la peau - grotesque), mais aussi par facilité (merci la 'romancière'). La question de la faim, également, ne manquera pas de faire sauter aux plafonds les initiés, contournée ici par une astuce de scénario qui renvoie la réflexion pertinente d'un autre film de vampires romantique, Entretien avec un Vampire, aux oubliettes avec un coup de pied au cul. Hardwicke ne recule devant rien pour annihiler son principal argument de vente, le fantastique. Parce que si l'on peut convenir que ce Twilight est censé poser les fondations d'une saga (Harry Potter n'est pas encore majeur qu'il fait déjà des petits), la mise en place d'une véritable intrigue est bien trop traitée à la légère, sans envergure, et avec un sens du rythme, bancal, qui au lieu de dynamiser un récit bien mollasson, transforme chaque nouveau rebondissement en anecdote. La dernière partie les accumule sans laisser le temps d'en apprécier la valeur au sein de la progression. Le climax, qui voit Edward faire un choix crucial pour sauver Bella, est filmé avec une platitude qui n'a d'égal que le manque d'intérêt frappant de la réalisatrice pour cette séquence essentielle. Parce que les acteurs sont tartes, la nouvelle coqueluche des collégiennes en premier lieu, Robert Pattinson, tout en 'beau-gosse-ité', sans nuance, sans jamais pouvoir incarner cette fascination dont semble éprise Isabella. Cette dernière prend les traits tristounets (mais jolies) de Kirsten Stewart, déjà exaspérante dans Panic Room, qui ici joue la timide, l'introvertie, et en fin de compte la victime tacite. Pas de quoi s'attacher. En résumé, le casting ressemble à du American pie version 'cachez ce sein que je ne saurais voir'. Twilight premier du nom est donc un ratage complet pour qui respecte certaines origines du cinéma, qu'elles soient fantastiques ou romanesques. Le film est dans l'air du temps, incolore, inoffensif, creux, évanescent. L'avenir nous dira si le film se bonifiera à la lumière des suites, mais avec Chris Weitz à la réalisation de Tentation, mieux vaut ne pas trop y compter. En attendant David Slade pour New Moon. Et dire que Morse a été éclipsé par cette arnaque... |
23-05-2009 Le nombre 23 |
| Y a-t-il encore quelqu'un pour défendre Joel Schumacher ? Car si on peut se souvenir avec bonheur des Chute Libre ou Phone Game, difficile par contre de faire l'impasse sur son diptyque Batman (une des pires choses qui ait pu être faite autour de l'univers Comics), sur sa plus grande apologie de la loi du Talion 8 mm, sur sa version ampoulée du Fantôme de l'Opéra. réflexion faite, l'homme aura souvent créé la polémique, souvent pour du vent, et ses grandes oeuvres prennent l'allure d'accidents de parcours. Alors quand il donne à Jim Carrey son 'premier rôle de méchant' pour une histoire de paranoïa autour de la mystique d'un chiffre, on craint qu'il ne creuse encore le sillon de la nullité. On n'en est pas vraiment là, Le Nombre 23 étant dans sa première partie suffisamment intriguant pour l'envoyer d'un bloc à la poubelle. Schumacher tente de décrypter la lente et inexorable catabase d'un homme sombrant dans les limbes de la folie. Pour ce qui est de la suite, au lieu de conserver cette atmosphère psychologique pesante, les scénaristes préfèrent lancer leur héros dans un jeu de piste aussi grotesque que vain, tant le spectateur aura tôt fait de deviner un final aux rebondissements ridicules, ne bénéficiant pas du savoir-faire de Ron Howard, sur un sujet similaire, pour le Da Vinci Code. Formellement, on reconnaît au sein du film deux esthétiques renvoyant aux deux mondes parallèles, toutes deux à l'oeuvre dans la filmo du réal de Batman et Robin et Tigerland : la première strictement hollywoodienne et propre à tout thriller qui se respecte ; la seconde, onirique, tout en lumière à la blancheur agressive, et en liberté de mouvements. Choix judicieux en théorie, mais le résultat horripile plus qu'il ne séduit. D'autant qu'au fur et à mesure que le film progresse, le jeu se réduit à une bête analyse comparative des indices entre les deux univers. Et Jim Carrey, dans tout cela ? Sans atteindre son niveau d'excellence obtenu chez Gondry ou Weir, il s'en sort avec les honneurs, rend prégnante la progression de l'instabilité psychologique de son personnage. Dommage qu'encore un fois dans le petit monde merveilleux d'Hollywood, sa coupe de cheveux ne serve à souligner son désordre mental. Pour finir, deux choses : Très habilement, Schumacher évite de donner un sens au nombre 23, botte en touche avant de choisir pragmatisme ou métaphysique. On reste légèrement frustré, mais positivement (pas de théorie fumeuse à la Dan Brown). Enfin, sur un sujet aussi noir et connaissant son goût pour la polémique, Schumacher aurait dû éviter une telle fin, moralisatrice à souhait, peu convaincante, et surtout tartignole. Alors oui, le film est à l'image du parcours de son personnage : il va de mal en pis. Comme lui, on a envie d'enterrer le souvenir...de cette séance... |
20-05-2009 Prédictions |
| Alex Proyas est-il le nouveau Joe Dante, capable de pulvériser de l'intérieur un blockbuster à l'hollywoodienne par l'entremise de la subversion ? Certes non, mais l'intelligence de la mise en scène et le jusqu'au-boutisme des idées lui permettent de sortir du carcan de la primitivité du cinéma bourrin made in USA. On peut être déçu de la récupération du réalisateur par les grands studios et du résultat final de I, Robot, après le choc Dark city et à moindre échelle The Crow, l'homme n'en reste pas moins auteur, fidèle à lui-même au sein même de productions telles ces Prédictions. Sur le papier, Prédictions peut faire peur : un scientifique tombe sur une liste de chiffres mystérieux correspondant aux dates des plus grandes catastophes récentes...et à venir. En bas de page, la fin du monde. Confiez cela à Michael Bay et vous obtiendrez Armageddon ; à Mimi Leder, le catastrophique et écoeurant Deep impact. Chez Proyas, le drame a dimension humaine et s'incarne au travers de Ted, un veuf fils de pasteur en colère contre Dieu. Seul raison de vivre : un enfant. Nicolas Cage endosse ce rôle caricatural avec conviction mais aussi avec une maladresse confuse qui enlève parfois de la crédibilité à une histoire qui demande au spectateur de se livrer corps et âme. Car le scénario puise son inspiration chez Spielberg, plus particulièrement dans Rencontres du 3e type, et invite le public, comme son personnage central, à abandonner empirisme, matérialisme, science. En cela, l'évolution de Ted est symptomatique, et prend toute son ampleur lors du plan-séquence, tout simplement ahurissant, de l'accident d'avion. En choisissant de tourner en continu, façon reportage de guerre, Proyas ne laisse aucun doute quant à la véracité de l'événement et donc, de la prédiction. Une idée de mise en scène qui donne la part belle au visible dans un film où beaucoup de spectateurs auraient préféré, à d'autres endroits, un peu plus de retenu et de mystère. C'est peut-être la raison de la plus grande incompréhension autour de Prédictions, qui n'est pas un film à message religieux. Oui, le plan final a des allures de nouvel Eden, et le twist de révélation divine, mais Proyas garde cependant un premier degré assez enfantin (façon Spielberg) qui ramène l'histoire à échelle humaine et maintient le fantastique à son sens strict et non métaphorique. Parce qu'avant tout, Prédictions est un sacré film fantastique, troué de deux séquences hallucinantes d'accident, avant de livrer un final parmi les plus noirs jamais tournés pour ce genre de film. S'il fallait donner une preuve indirecte de sa particularité, on avancerait le peu de publicité faite à Prédictions, là où tout autre produit calibré bourrin aurait fait le tour des médias. Le métrage reste réservé à un public cinéphile qui reconnaîtra, à travers les obsessions de son réalisateur, certaines inquiétudes et certains mystères ancestraux immanentes à la nature humaine. Un film en quoi il faut avoir foi... |
17-05-2009 Les Trois royaumes |
| Culturellement, c'est vrai, l'Asie est à des lieues du monde Occidental. Est-ce une raison pour saccager les oeuvres qui en viennent, pratique courante et exclusive au cinéma, où les distributeurs croient faire au mieux en tranchant à même la pellicule au mépris de la cohérence du film et du travail de toute une équipe ? Peut-on imaginer repeindre sur un tableau de Wang Shyian ou y découper certains motifs sous le prétexte que la vieille Europe n'y comprendrait goutte ? Et pourtant, la dernière oeuvre gigantesque (plus de 4 heures et deux volets, à l'origine) de John Woo, pour un retour aux sources salvateur après une période hollywoodienne en demi-teintes, a subi ce qu'on peut appeler du sabotage artistique. Difficile effectivement de cerner certaines séquences des 3 Royaumes, considérablement élaguées au montage, comme ce combat à la stratégie impressionnante, où le nombre de soldats augmente ou diminue dans chaque camp, en ayant la plus grande peine à les distinguer. Délicats également ces transitions abruptes, un montage parfois confus. Mais à qui adresser ces reproches ? Car le travail de Woo tel qu'on l'a connu dans ses premières oeuvres mémorables (Une balle dans la tête, le Syndicat du crime, et son chef-d'oeuvre, The Killer), transparaît ici, dénué de tout ce salmigondis américain qui empoisonnait ses bonnes intentions : mise en scène aérienne et inspirée, thématiques fétiches reprises à leurs fondations mythologiques (de tous les motifs woo-iens, il ne manque que l'église, même si plusieurs autels apparaissent ici ou là). Rien ne manque finalement pour faire de ces 3 Royaumes un film épique comme on n'en avait pas vu depuis longtemps, faisant la part belle aux stratégies guerrières. Peut-être trop d'ailleurs, les relations humaines étant souvent mises au second plan, mais là encore, il faudrait voir la version chinoise pour statuer sur la responsabilité de ce défaut - minime. Avec un casting de premier ordre (le toujours fantastique, au charisme et à la nostalgie naturels, Tony Leung), des effets spéciaux bien intégrés à la 'ruralité' du tournage, John Woo réussit, quoi qu'il en soit, son retour en grâce. Parfois en difficulté sur les scènes de batailles, le réalisateur se rattrape par une formidable inventivité. Il n'y a plus qu'à attendre une édition DVD reprenant le film dans sa version première pour décider définitivement de le ranger à côté de quelques Kurosawa, et de ses premiers classiques. |
07-05-2009 Hyper tension |
| Affreux, sales et méchants est un film d'Ettore Scola. De là à dire que Jason Statham est fan du cinéma d'auteur italien, il n'y a qu'un pas que je n'ose franchir, tant les descriptifs lui collent à la peau au fil d'une filmographie qui l'inscrit naturellement dans la continuité des Stallone, Schwarzenegger, Bruce Willis...non, soyons sérieux : des Van Damme, Steven Seagal et autres Dolph Lungren. Par une curiosité de la distribution, tous ses films sont sortis en salles, pour des raisons diverses qui n'ont en général rien à voir avec la qualité desdits métrages (du moins ceux montés sur son nom). Affreux, sale et méchant, Statham l'est encore dans Hyper Tension, ecstasy de cinéma qui ajoute la notion de bêtise au portrait de son acteur principal. Pensez donc : les réalisateurs novices reprennent le concept de Speed, en remplaçant le bus par le corps d'un homme, et les 50 miles à l'heure au-dessous desquels il ne faut pas descendre par l'hyper tension du titre. On a trouvé plus con comme idée, et celle-ci donne la garantie, sur le papier, d'un rythme effréné et d'action gogo. Dans les faits, Neveldin et Taylor remplissent ce contrat, en optimisant les effets de mise en scène censés reproduire la réaction à l'adrénaline du héros. Las, si Hyper Tension démarre sur les chapeaux de roue et que la forme étonne, le déroulement n'est qu'une succession de saynètes toutes égales à elles-mêmes. Aucune progression dans la montée de la tension, aucun crescendo narratif, émotionnel : le tracé du cardiogramme est au plus haut, mais de bout en bout, d'où en conclusion, un tracé plat, sans relief, monotone. Alors oui, passée une première demi-heure où l'on tente de résister à la frénésie de cette bouillie filmique, comme si elle pouvait nous contaminer, l'ennui s'installe, malgré un sens de l'humour gras du slip qui titille nos bas instincts avec la subtilité d'un Michael Bay (voir la scène de baise sur le marché asiatique, tout aussi grotesque que l'accouplement des rats dans Bad Boys II). Le final s'étire dans un baillement, s'écroulant en une ultime pirouette peu convaincante (euphémisme). Ce n'est pas encore avec ce film que le Statham va me rallier à sa longue liste de fans (entre kékés bulot-céphales et donzelles 'il est trop beau, trop musclé' émoustillées). Hyper-Tension ne devrait pas non plus réconcilier les amoureux de l'oeuvre de Scola et ceux du cinéma épileptique façon Tony Scott. Vivement Hyper Tension 2... Jason, t'as touché le fond ? oui, mais je creuse encore ! |
01-05-2009 Marley et moi |
| Le Chien est le meilleur ami de l'homme, et le cinéma tient en ce premier trimestre à nous le faire savoir, quitte à entériner un nouveau genre, le film canin. Point commun entre Volt, Palace pour chiens, Le chihuahua de Beverly Hills, et Marley et moi ? la médiocrité, un manque d'originalité frappant jusqu'aux titres français ; plus encore, concernant le métrage de David Frankel, une idéologie douteuse (un bien grand mot, me direz-vous) et parfaitement dans l'air du temps : le repli sur soi et une misanthropie galopante. En soi, Marley et moi ne fera de mal à personne. Défini comme une comédie, le film ne fait sourire qu'à de rares moments, à l'instar du précédent travail de Frankel, Le Diable s'habille en Prada. Forcément, les gags (si on peut appeler ça ainsi) mettant en scène des humains confrontés à un chien sont légions et c'est sans vergogne mais surtout sans vitalité que le réalisateur se jette sur ces 'passages obligés' (Marley est incontrôlable en promenade, casse tout par peur de l'orage, mange tout ce qui se passe près de sa gueule). Ce n'est peut-être pas l'intérêt majeur du film, le chien faisant surtout figure de catalyseur des relations humaines, cependant voilà déjà un aspect passablement raté. Ce qui sauve Marley et moi du naufrage, c'est la place accordée à l'humain, Frankel choisissant de faire du labrador l'élément déclencheur d'une vie, professionnelle, amoureuse, familiale. Le couple formé par un Owen Wilson toujours aussi chien battu ou ahuri et une Jennifer Aniston qui devrait attaquer en justice son chirurgien plastique pour malfaçon, fonctionne plus ou moins bien, mais leurs pérégrinations du quotidien manquent cruellement d'originalité, d'où la question : quel est l'intérêt de l'article, du bouquin, appelons-le comme on voudra, à l'origine de ce film. Pas un fait divers, pas de rebondissements fracassants, juste une vie tournant autour d'un clebs faisant ce que tous les autres clebs du monde ont fait avant lui. Le regard de l'homme sur la bête et ses conséquences, me direz-vous ? parlons-en. Cinématographiquement parlant, Marley et moi est ce qu'il peut se faire de plus simple, de plus rapide à la production, à Hollywood. Un produit calibré, prévendu, comme certains ne passent même pas les portes des salles obscures. Ce qu'il propose comme fond de pensée est assez inédit pour un film aussi anodin et inoffensif : car la morale de cette histoire canine consiste en une idéologie communautaire, où l'homme se replie sur lui-même, avec sa famille, pour fuir la masse informe de l'humanité. La palme de la démagogie revient à ce comparatif hallucinant et nauséeux entre Marley et le meilleur ami du héros, ce dernier l'ayant 'abandonné' au profit de sa carrière et de la gent féminine alors que le premier aura été d'une fidélité légendaire, et au détour d'une courte séquence de retrouvailles, on touche du doigt l'incroyable mépris soudain du réalisateur pour les relations humaines, mettant à bas la psychologie complexe qui fait notre être pour ériger en modèle le comportement du chien à l'égard de son maître. Quant à la dernière partie, insidieusement lacrymo-tractée, elle met un point final à cette leçon de misanthropie, à cette nouvelle ode au chacun pour soi et nos amis les bêtes. Nul doute que Marley et moi rencontrera un franc succès, le marché de l'émotion animalière étant florissant, le public se contrefoutant de la mort d'un SDF au bas de leur immeuble, s'émouvant de celle d'un animal sur grand écran. Quoi, ça aussi, c'est démago ?? oui, mais moi, je l'assume. Parler de cynisme pour ce film, un drôle de paradoxe... |
01-05-2009 The Wrestler |
| Auteur de 4 films coups-de-poing tous différents les uns des autres, Darren Aronofski semble insaisissable : quel point commun entre Pi et The Fountain, entre Requiem for a dream et The Wrestler ? certainement pas la forme, première qualité de son cinéma, en parfaite adéquation à chaque fois avec son sujet. Le fond, alors ? cette quête d'identité, cette soif de comprendre et combattre le Destin, de s'élever au-dessus de sa simple et souvent pitoyable condition humaine. Son dernier né n'y échappe pas, et attaque ce sujet frontalement, d'une manière épurée, qui pourra décevoir les aficionados de la réalisation clinquante d'Aronofski. Si l'on devait résumer The Wrestler, on pourrait le re-titrer en 'Rosetta fait du catch', Aronofski faisant sienne la mise en scène des frères Dardenne, s'évertuant à filmer son personnage central de dos, en caméra à l'épaule. Effet de mode ? non, car rarement cette nouvelle esthétique du 'back-shooting' aura été si bien utilisée, si porteuse de sens, si l'on se réfère à la thématique cinématographique d'Aronofski développée plus haut. Randy the Ram porte le poids d'une vie sur ses larges épaules, de ses erreurs également, de ses frustrations, qu'il cherche dans le film (qui commence in medias res afin de correspondre à l'idée de l'instantané) à corriger malgré cette notion d'échec qui lui colle aux basques. Pas d'intrigue, évidemment, ou alors si fine ; juste des morceaux de vie, des rencontres, et cet état de fait, Randy n'existe que lorsqu'il est The Ram. Aronofski jette un regard plein de tendresse sur le monde des catcheurs, ce qu'il se joue en coulisses (respect, admiration, amitié même), à des lieues de la réalité du ring, véritable arène romaine où le jeu n'empêche pas le sang de couler. Le plus émouvant reste la tentative de reconversion du wrestler : Randy est suivi par la caméra, comme au début du film, tel un gladiateur près à investir le stade, mais il ne débouche que derrière un comptoir de boucherie. Sentiment de honte et de frustration pour lui, pitié et compassion pour nous, spectateurs. Dans cette optique, et tous l'ont dit et répété, l'incarnation de Mickey Rourke est formidable. Non, elle est juste : formidable signifierait forcée, jouée, alors que Rourke y est juste confondant de naturel, le chemin de croix du wrestler faisant écho à sa propre vie. Face à lui, Marisa Tomei rappelle qu'elle est devenue bien trop rare, touchante dans le rôle d'une strip-teaseuse refusant l'amour qui lui tend la main (rappelant l'attitude des héros de Requiem for a dream). En guise de dernière séquence, Aronofski reprend celle de Rocky, où Adrian regarde le boxeur du haut des gradins. Mais dans The Wrestler, toute l'idéologie du rêve américain est évacuée, l'espoir s'enfuit, et le réalisateur a la bonne idée de couper sur cette image d'un Randy The Ram heureux, faisant face à la caméra et à son destin. Aucun pathos ne viendra tirer les larmes à même les yeux des spectateurs, reste une vibrante émotion, mélancolique et héroïque, que prolonge avec le talent qu'on lui connaît Bruce Springsteen dans le générique. The Wrestler est un grand film, certes d'un aspect brut qui peut déconcerter, mais en total accord avec soi-même et son auteur. Un auteur parmi les plus importants de sa génération et de ce début de XXIe siècle. En quatre films, rien que ça. |
12-04-2009 Je Vous Trouve Tres Beau |
| L'Histoire du cinéma français est fait de films dont on ne soupçonnait même pas qu'ils pouvaient dépasser le million d'entrées. Et à l'inverse, les grosses productions ultra-médiatisées se prennent les pieds dans le tapis, et ne font illusion qu'un temps. Le spectateur hexagonal moyen ne demande rien de plus que de la sincérité, la possibilité de se projeter dans des personnages crédibles, qui seront décrits à hauteur d'hommes, mus par des sentiments propres au commun des mortels. De fait, de 'petites' productions comme Bienvenue chez les Chtis, ou ce Je vous trouve très beau, font les beaux jours du box office à la surprise générale, et plus tard du prime time du dimanche soir sur les chaînes hertziennes, puisque répondant à ce cahier des charges simple mais efficace. Le film d'Isabelle Mergault prend assise dans un cadre terroir, mettant en scène la France d'en bas : ici, ce sera le monde agricole et ses représentants, des 'bouseux', des espèces de néendertaliens à l'heure de l'internet et des bouchons constants sur le périph' parisien. On le comprend assez vite, Mergault ne souhaite certainement pas tomber dans la caricature mais creuse considérablement le sillon de la dichotomie rat des villes-rat des champs. Ainsi, Aymé est un professionnel de la terre, bourru, asocial, qui ne déplore la perte abrupte de sa femme (que l'on confond volontiers avec une boniche) que pour l'absence d'une main-d'oeuvre qualifiée. C'est là le point de départ d'une histoire où la 'bête' va laisser tomber la carapace grâce à une 'belle' captive. Au début désarçonné par un montage aussi austère que le monde dépeint et par un humour à froid décontenançant, l'arrivée de la belle Medea Marinescu va souffler sur le film un air de fraîcheur dont on se demande pendant combien de temps Michel Blanc va y résister. Là réside tout l'intérêt d'un scénario qui va confronter régulièrement la joie de vivre d'Elena au négativisme d'Aymé. C'est un peu court, jeune homme ? Certainement, mais Mlle Mergault sait nous proposer des situations, non pas forcément inédites, en tous cas suffisamment intéressantes pour continuer de suivre ce jeu du chat et de la souris dont l'issue, prévisible (mais c'est le genre qui veut cela), témoignera encore une fois de l'honnêteté cinématographique de la réalisatrice. Ajoutons à cela de belles images de la France de Jean-Pierre Pernault (en premier lieu celle qui a servi pour l'affiche) qui témoignent d'une certaine inspiration. Bien sûr, Je vous trouve très beau n'est pas un chef-d'oeuvre, souffre ici ou là de défaillances imputables à l'inexpérience d'Isabelle Mergault, mais pour un premier film, c'est plus que satisfaisant. C'est du cinéma terrien, joliment fait, généreux, humain, qui, sans rester dans l'Histoire, trouvera toujours une place dans le coeur du public. N'en déplaise aux Bronzés 3, Astérix aux JO, et autres géants aux pieds d'argile. L'histoire du pot de terre contre le pot de fer, finalement... |
10-04-2009 Watchmen - Les Gardiens |
| Compte tenu de l'attente suscitée, compte tenu de la réputation d'Alan Moore et de son roman graphique à l'origine du film, compte tenu de la prétendue impossibilité d'adaptation d'icelui, compte tenu de la personnalité du réalisateur Zack Snyder, et enfin compte tenu de bandes-annonces 'tuantes', comment ne pas être déçu de ces Watchmen ? Réponse simple : réussir à ignorer tout ce contexte, tous ces éléments qui tendaient à nous faire espérer le plus grand film de l'année peut-être, le meilleur film de super-héros sûrement. Ni l'un ni l'autre au final, mais un putain de film qui a su se préserver une part de subversion bienvenue à l'heure où le public se voit servir des comédies cyno-sentimentales débilitantes. Watchmen est certes long, mais prend le temps, et c'est assez rare pour être souligné, de dépeindre des personnages pour le moins atypiques, et une époque troublée où Nixon a gagné la guerre au Vietnam et où le monde risque de basculer dans la guerre froide nucléaire. Par petites touches, avec un sens du détail qui ne paie pas de mine, Snyder installe un climat et un discours noirs, politiquement incorrects, subversifs - donc -, et terriblement pessimistes. La faute (grâce à) une narration à la première personne, le film se déroulant, après le meurtre du Comédien, comme le journal intime de Rorshasch, le personnage de loin le plus sombre de la bande, mais également le seul qui a encore une éthique, un sens des valeurs humaines (son trauma a de quoi écoeurer n'importe qui de l'homme). Derrière Rorchasch, incarné avec une conviction extrême par Jackie Earle Haley, les autres super-héros y vont de leur petite faiblesse, l'une d'un manque d'amour, un autre de sentiments, un autre d'érection, etc. Comme on l'a dit ailleurs, Superman est dépressif et Batman bande mou. Quoi qu'il en soit, le casting de presque inconnus s'en sort merveilleusement bien, chacun dans son rôle. Reste cependant une énigme à laquelle on répond assez rapidement : le peu de temps de jeu accordé à Ozymandias, comme si le scénario voulait préserver coûte que coûte son twist, mais provoquant l'inverse, malheureusement. Cela sera le seul 'hic' d'une histoire essentiellement visuelle - entendez par là que la trame n'est pas ou peu considérée par Snyder, jusqu'à ce que celle-ci le rattrape par intermittences. Alors oui, forcément, rythmiquement parlant, on peut râler devant ce déséquilibre entre climax et séquences dialoguées. De fil en aiguille, on pourrait en venir à se fâcher tout rouge face à l'accumulation de ralentis devenus la marque de fabrique du réalisateur de 300. Et pourtant, tout cela participe d'une idée de mise en scène tournant judicieusement autour de la notion de temps, plus précisément de la circularité (le symbole de l'horloge revenant régulièrement), qui commence par un passage de témoin entre les anciens et les nouveaux Watchmen, et qui se clôture par la réouverture du journal de Rorchasch. L'idée même avancée par certains qu'il pourrait y avoir une suite est balayée d'emblée par ce motif. Si le Hibou prononce ces mots 'rien ne finit jamais', c'est bien pour évoquer un éternel recommencement, pour dresser un dernier constat amer sur la nature humaine intrinsèquement guerrière. Dans cette optique de la torsion temporelle, Snyder joue logiquement avec les arrêts sur images, les ralentis, les flashbacks, et, avec un sens de la compilation tout tarantinien, quoique parfois légèrement forcé, un choix de chansons qui transforme chaque séquence 'musicale' en un morceau de bravoure, que ce soit le générique sur du Bob Dylan, l'enterrement du Comédien au 'Sound of silence' de Simon & Garfunkel, les ébats torrides sur l'Hallelujah de Leonard Cohen (réarrangement qui transpire l'érotisme à plein nez), ou enfin l'arrivée en hélico sur fond d'Hendrix (All along the watchtower). C'est plus qu'il n'en faut pour libérer nos sensations, pour un film à la fois abstrait et éminemment concret. Watchmen se regarde comme une mosaïque, un puzzle d'images, d'idées, de couleurs, de teintes, de tonalités, jouant aussi bien la carte de l'humour pas finaud que celle du gore outrancier et gratuit. Loin de la perfection tant souhaitée par les gardiens du temple d'Alan Moore, souffrant parfois d'immaturité (Snyder est encore jeune), le film n'en demeure pas moins une claque, un vrombissement d'idées qui recouvre le murmure de menus défauts. Who watches the Watchmen ? I do, sir ! |
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