Millenium, maintenant en DVD et Blu-ray

Profil de coleoptere : Membre du club Fan de Cinéma


coleoptere
Ses contributions

2278 messages dans le forum
553 critiques de films
7363 affiches de films
630 fonds d'écran de films
849 Bandes annonces de films
224 Scoops dans l'actualité
0 Fiches de films
Fan : coleoptere
Localisation : LA BASSEE
Inscrit le : 24-08-2006


Ses critiques de films
 27-05-2010 Dragons
2010 pourrait bien âtre l'année de l'animation : Planète 51 aura été une belle surprise rendant hommage à la SF des 50s, Disney se sera relancé en renouant avec l'animation 2D ses "origines" (La Princesse et la Grenouille), et cet été verra deux suites attendues, en 3D siouplé, Toy Story 3 et Shrek 4. Entre ces sessions, Dreamworks place un métrage entièrement original, ne devant rien à personne, qui prend le risque de se frotter au film de vikings (sujet à de multiples déboires, voir le 13e guerrier et Pathfinder) en même temps qu'aux dragons (souvent mis en scène ridiculement). Si l'animation lisse le caractère effrayant de ces univers couplés, sombres et violents, DRAGONS s'affirme comme un grand film d'aventures qui se permet une belle maturité pour un produit estampillé "pour enfants".
Les enjeux sont rapidement posés, via un prologue qui installe la complexité des rapports humains et surtout familiaux, dès lors qu'on ne rentre pas dans le moule, sur un ton qui n'est pas sans évoquer l'humour ironique de Woody Allen. Un décalage entre les sentiments d'Harold, un jeune et frêle garçon qui se doit de devenir viking pour faire honneur à son père et à sa tribu, et la furie du combat qui se déchaîne au dehors. Sur le papier, le procédé peut paraître éculé, mais sur la bobine (euh...façon de parler !) l'apprentissage de la tolérance force le respect par une maîtrise adulte du thème. Le design du dragon apprivoisé y est également pour beaucoup dans l'acceptation de cette relation contre-nature, ainsi que la façon dont se forge une amitié réelle et véritablement touchante.
Dragons n'oublie pas pour autant de jouer la carte de l'humour, un humour qui sait rester dans les limites d'une intrigue solide qui ne peut se permettre des débordements infantilisants. On regrettera d'autant plus le personnage de la "future-petite-amie-garçon-manqué", ajout peu concernant, pléonasme sans relief des rapports du héros avec son environnement. Un bien maigre défaut d'écriture effacé par l'incroyable vitalité épique de séquences aériennes dont on ne peut décrocher sans penser à l'immersivité d'Avatar, le mètre-étalon en matière d'utilisation de la 3D. On tremble pour Harold, on s'effraie à la vision du dragon hyperbolique, on sent presque le vent nous frapper le front et l'ivresse nous faire battre les tempes.
Plus qu'un film d'animation, DRAGONS est un vrai film d'aventures, presque à l'ancienne, n'étaient les technologies usitées, procurant son lot d'émotions fortes avec un sens du divertissement plein de fraîcheur, pour servir un discours comme une invitation à l'acceptation de l'autre. Adulte, moderne, et terriblement d'actualité.
 25-05-2010 Robin des Bois, prince des voleurs
Robin des Bois, au cinéma, est un héros générationnel : demandez à votre mère ou grand-mère, Errol Flynn en sera la plus parfaite incarnation. Quant à nous trentenaires récents ayant éprouvé nos premiers émois cinématographiques au crépuscule des années 80, le prince des voleurs prend les traits de Kevin Costner, tout juste auréolé de ses 7 oscars pour Danse avec les Loups. Même personnage pour un traitement radicalement différent, les collants et le petit béret plumé cédant la place à une modernité qui va bien au-delà des costumes. Intelligemment, les 2 Kevin (Costner et Reynolds, le réalisateur) jouent la carte du baroque picaresque pour revenir aux origines de la légende.
Ce qui surprend en premier lieu, c'est la mise en scène, qui fait du Shérif et de son cousin des figures de bandes dessinées, grotesques, filmées en gros gros plans, percutant presque violemment l'écran afin d'asseoir le caractère éminemment menaçant des "méchants", à la lisière même du fantastique (ce que la présence d'une sorcière assez glauque vient confirmer). Régulièrement, Reynolds instaure un climat délétère, proche du cataclysme dévoilé d'emblée par une introduction dans les geôles musulmanes pour croisés : hors ce prologue saisissant, et les apparitions malsaines de la gorgone dans son repaire, des barbares du "Nord" viennent également rappeler aux spectateurs la frontière ténue entre humanité et animalité.
Aucun manichéisme ou si peu, dans ce film d'aventure qui prône la tolérance, l'égalité, la liberté, avec une certaine naïveté - pour ne pas dire une naïveté certaine - qui est, cela dit, indissociable du mythe tel qu'on le connaît. Elle est aussi induite par le héros éponyme, traité ici sur un mode résolument picaresque, apprenant aux côtés d'un maure (formidable, est-il besoin de le dire, Morgan Freeman) à devenir un homme quand il se comporte encore en enfant, dans quelques séquences drolatiques, ridiculisant tendrement Robin de Locksley.
De l'humour, Ce Prince des Voleurs n'en est pas dépourvu, mais sans jamais sacrifier l'aventure, première des qualités d'un métrage sans temps morts, qui multiplie les péripéties et évite habilement la répétition. De rebondissements en rebondissements, l'histoire se perd parfois en facilités, comme cette sous-intrigue autour de Will l'écarlate, ou encore la description "crusoeenne" du village suspendu, cédant par trop à la modernité, seule fausse note du ravalement de façade de la légende.
Hors cela, Robin des Bois Prince des Voleurs est un formidable divertissement, formidablement interprété (Alan Rickman y est effroyablement génial) et mis en scène avec un sens du spectacle certes hollywoodien, mais d'une efficacité redoutable, encore 20 ans après. Costner et son réalisateur réinvente un héros populaire en confrontant une réalité historique à la fiction, la modernité à un genre littéraire médiéval (le picaro). Accompagné d'une BO somptueuse de Michael Kamen, ce Robin des Bois fait office de référence, et ce en dépit de tics de production datés.
Ridley Scott parviendra-t-il à donner un nouveau souffle au mythe, en renouant avec Russel Crowe, 10 ans après Gladiator ? Rien n'est moins sûr, sa version ressemblant plus à une adaptation du péplum version moyen-âge qu'à une relecture originale.
 22-05-2010 Joe's Apartment
Y a des films, comme ça, qui vous réconcilie avec la nature. Qui, tel Baudelaire, vous ferait admirer de la splendeur dans une charogne. Bon, ok, Joe's apartment, c'est pas vraiment de la poésie, et le romantisme à l'oeuvre dans le film n'a rien à voir avec celui de l'auteur des Fleurs du Mal. Joe's apartment fait l'éloge de la saleté et glorifie un animal habitué à être exterminé : le cafard. Sauf qu'ici, il n'y pas UN cafard, mais des milliers...qui chantent comme des chimpunks avant l'heure.
Joe's apartment est donc en fait une comédie musicale ! ponctuée aux moments-clés de numéros tour à tour rock'n'roll, glamour, ou rendant hommage aux musicals des glorieuses années d'Hollywood. Plutôt bien foutus compte tenus des moyens engagés, ces morceaux emportent l'adhésion après quelques secondes de stupeur devant un spectacle qui a tout pour être qualifié de profondément crétin. Parce qu'en dehors des apparitions drolatiques des bestioles (jeux de mots affligeants, mise en scène de bric et de broc, situations ubuesques), le scénario enfile les poncifs.
L'histoire confronte un jeune provincial (Jerry O'Connell débutant, potentiel certain dans la comédie, mais limité par l'épaisseur de son personnage) à un promoteur immobilier et ses hommes de main (très vilains et très cons, façon BD) se disputant un immeuble, un quartier délabré. Au milieu de cette guéguerre qui s'ignore, une blondinette, fille du promoteur, "in love with" Joe. Vu et revu et rerevu, l'intrigue manque cruellement de rythme et son traitement intéresse bien moins que l'impact des cafards sur icelle. Encore une fois, l'intérêt du film réside dans son côté gentiment trash, la description du quotidien de Joe et ses relations "particulières" avec ses colocataires malgré lui. Hors cela, point de salut.
Joe's apartment reste assez anecdotique, et bien inoffensif malgré une imagerie volontairement provocante (toutes proportions gardées) qui pense pouvoir choquer en sa vautrant dans la fange. Derrière la crasse se cache un produit bien calibré, matraqué de lieux communs, d'un côté l'amourette bêtasse pseudo-écolo ; de l'autre, le chant de grâce de la pourriture. Choisissez votre camp, le meilleur étant encore l'abstention.
 21-05-2010 Scary movie 3
Avec Scary Movie, les frères Wayans révolutionnaient le parodique trash en humiliant le slasher movie et Scream en premier lieu, en montrant, par exemple, sans nulle pudeur des testicules pendant plus bas que terre, pour un humour idoine. Une suite était lancée dans la précipitation sans penser que le rire graveleux se transformerait en sourire gêné, et même en ennui mortel. A part une intro revisitant L'Exorciste version scato, rien dans cette parodie d'un film déjà à la base mauvais (Hantise) ne parvenait à sortir le spectateur de la torpeur. Filon malgré tout juteux, la franchise n'était pas enterrée, mais confiée à un ex-ZAZ, David Zucker, responsable de certains des plus grands moments d'esclaffade des années 80 avec les Y a-t-il... Changement de cap donc, mais arrivé à destination, c'est toujours aussi navrant.
Au menu de Scary Movie 3, deux références principales à détourner : The Ring et Signes, reliés entre elles par la grâce de facilités de scénario confondantes. Anna Faris traîne son manque de charisme évident au travers de saynètes sans rythme, capitalisant sans vergogne sur le succès des films parodiés (8 mile également). L'humour ne peut fonctionner si la parodie se contente d'un simple copier-coller, et Zucker semble avoir oublié les fondements même du succès d'un tel genre : mise en scène fainéante, gags éculés, la caricature fait long feu en tirant ci ou là des micro-sourires désolés, surtout pour Charlie Sheen, réduit à rejouer l'abruti au regard inquiet qui avait autrement fait le bonheur des Hot Shots. Leslie Nielsen, par contre, est la seule véritable raison de se taper sur les cuisses, en bon habitué de l'univers ZAZ (Drebin, c'était lui).
Alors oui, la bêtise est quelque part assumée, et par endroits, Zucker fait mouche en pointant du doigt les travers du cinéma d'épouvante pop-corn du XXIe siècle (les nénettes aux gros nichons, l'utilisation de la vidéo et d'effets minimalistes), mais lke spectateur n'est pas là pour apprécier la pertinence du détournement ; plutôt pour en saisir le potentiel comique et décrocheur de mâchoires. En l'occurence, hormis procéder à un rapide comparatif entre l'original et la parodie, et regarder sa montre (sur 1h18 de film, si c'est pas un signe !!), rien ne se passe. Si vous regardez Scary Movie 3 entre potes, un concours de pets s'avèrera bien plus drôle. Si vous êtes seul...un concours de pets s'avèrera bien plus drôle. Prout, donc.
 18-05-2010 Kick-Ass
En plein débat sur la place des geeks dans le cinéma du XXIe siècle, Matthew Vaughn propose un film pour et sur les geeks : KICK-ASS, ou le nom d'un super-héros sans pouvoir, ado dans toute sa splendeur (quasi-identique à ceux des Beaux Gosses) qui va se soulever contre le crime et la corruption à son corps défendant. Vaughn parcourt le sillon déjà creusé par des oeuvres telles que Mystery Men ou Hancock, pour moquer Spiderman et consorts, tout en rendant hommage à ce pan culturel qu'une communauté de "spécialistes" s'est approprié. Un seul mot d'ordre derrière tout cela : Ouvrez-vous au monde.
Parce que sous le masque de l'humour et du grand-guignol, le réalisateur vise à faire se rapprocher les hommes, paradoxalement, en ironisant sur la notion même de communautarisme, en stigmatisant dans un rictus Internet (voir la mise à mort "live") et tous les outils officiellement censés lier les hommes. En effet, ils les lient, ils les attachent, les emprisonnent dans leur solitude, au point de confondre fiction et réalité (la définition d'un geek ?), faisant ainsi jaillir les défauts innés de l'homme, telle la lâcheté. L'amour, par contre, provoque des sentiments inverses et en cela, le personnage de Mindy - Hitgirl, complètement décomplexé, bad-ass à souhait, en est très révélateur, supporté par un Nick Cage des grands jours, décalé et juste comme il ne l'a pas été depuis bien longtemps.
Amour, grands sentiments,...Ok !! mais KICK-ASS est surtout et avant tout un trip ultra-fun, bourré d'humour sous toutes ses formes, de son ouverture ironique et méchante à des répliques improbables ("contacte le bureau du maire, il a un signal spécial. Ca envoie un logo dans le ciel, en forme de bite géante"), en passant par une utilisation de la violence grand-guignolesque, hardcore parfois, mise en scène "à la Tarantino" (HitGirl rechargeant ses flingues !!!). Vaughn donne aux geeks ce qu'ils attendent et plus encore, marchant sans vergogne mais avec un bonheur ineffable sur les plates-bandes de l'auteur de Pulp Fiction. A ce titre, l'arrivée de Mindy à l'hôtel du bad guy sur la musique de Morricone est monumentale.
Sans être un Grand film, KICK-ASS est juste énorme, le genre devant lequel on s'empiffre de pop-corn en reversant la moitié du pot toutes les 30 secondes à force de sauter dans tous les sens de plaisir, avant d'écraser une larme en faisant bien gaffe à ce que son voisin n'ait rien remarqué. KICK-ASS, c'est du culte en barre (petit bémol diront certains : le culte est trop calculé), 117 mn de pur folie où l'on est content d'être un geek (mais un peu con de ne pas voir qu'on est gentiment moqué), mais c'est aussi une leçon de vie, certes un peu simpliste, mais revigorante, donnant foi en l'homme. Non : en le geek.
 01-04-2010 Alice au Pays des Merveilles
Alice au pays des Merveilles, revisité par Tim Burton ? Cela avait tout de la bonne idée, parce que l'univers fantasmé de Lewis Carrol a tout pour permettre au sombre cinéaste les délires les plus iconoclastes et une satire des plus virulentes contre la normalité. Les fans du monde entier portaient déjà aux nues le nouveau métrage, envoyant ad patres le classique Disney (au demeurant excellent), alors que dès le titre, un problème pouvait déjà être soulevé : Alice, une héroïne, une fille!! une première donc pour le réalisateur d'Eward aux mains d'argent et Sweeney Todd !! Et en soi, une première menace planant sur le monde de Burton...
Bien sûr, ses films ne sont pas exclusivement masculins, et donnent aux femmes des rôles essentiels (voir Miss Lowett dans le Barbier de Fleet Street ou encore Catwoman dans Batman le Défi), mais le personnage d'Alice est ici sans relief (malgré la 3D !), caricature dans un premier temps d'une jeune fille rebelle prête à être mariée à un lord pas de première fraîcheur (et ce sont encore les roux qui en prennent pour leur grade...), ensuite jeune fille errant de rencontres en rencontres, effacée jusqu'à découvrir la force qui l'habite ( le combat contre le Jabberwocky - rien à voir avec les Monty Python). Alice est peut-être le rôle-titre, Burton ne parvient pas à en faire le personnage principal, à se projeter en elle, laissant Johnny Depp (en mix de toutes ses dernières interprétations décalées) et Helena Bonham-Carter (magnifique Reine Rouge, drôlissime) faire le show pour le meilleur et pour le pire, surtout pour du vent.
Parce qu'il faut bien dire qu'on compte les minutes, presque les secondes (comme le lapin, le nez sur sa montre), l'histoire étant d'une vacuité interpellante : d'une part, les différentes rencontres ne nourrissent pas d'intrigue, d'autre part, la bataille finale arrive comme un cheveu sur la soupe et ne bénéficie d'aucun souffle épique (même Danny Elfman est à la rue...). On pourra toujours se rattraper sur le design du film, très coloré, très chargé, ravissement des yeux qui ne sert à rien, sinon à faire beau donc, sinon à souligner également la mise à distance du monde réel et le monde des 'merveilles', vieille rengaine de Mister Burton depuis maintenant quelques années. Lassant.
La grande question au centre d'Alice : est-ce un film DE Tim Burton ? On vient de le voir, l'univers graphique est connu est reconnaissable (qu'on aime ou pas Charlie et la Chocolaterie et ses couleurs criardes), les motifs récurrents y abondent (l'arbre tordu, les portes informes, le moulin abandonné, le gothique), et les amis (et épouse) sont bien là. Et alors ? et alors : rien. Tous ces gimmicks ne sont que du remplissage, une signature technique qui ne saurait masquer le manque d'inspiration d'un cinéaste enfermé dans son unicité au point de se répéter formellement en circuit fermé. Pourtant, son discours a évolué, fait un volte-face qui déprécie encore plus sa volonté de rester fidèle à une certaine imagerie.
Le final ne laisse planer aucune ambiguïté : gagner sur le rêve, voilà le nouveau credo de Tim Burton. Bouffé par l'univers Disney qu'il avait quitté après avoir travaillé sur Rox et Rouky (et là, Burton EST Alice, qui revient au 'pays' pour y remettre de l'ordre), le metteur en scène d'Ed Wood rentre dans le rang, la queue entre les pattes, obligé (ou volontaire ? c'est là la question...) de filmer Jack Sparrow en habit du carnaval de Dunkerque danser du break-dance... Triste sort pour qui a toujours eu la finesse de défendre habilement la différence et le rêve.
On pensait La Planète des Singes un accident ; voilà un nouveau tête-à-queue dans une filmographie qui souffle désormais le chaud et le glacé de façon de plus en plus récurrente. Tim Burton, un pied dans la tombe ?
N.B. : la 3D ne sert à rien, elle a été plaquée en post-production. Enlevez-vos lunettes de temps à autre, vous y verrez certaines séquences complètes en 2D. J'ai pas prononcé le mot 'arnaque'...
 01-03-2010 Rembobinez, merci !
Le suédage, qu'est-ce que c'est ?
Tentative de définition : il s'agirait de refaire un film avec des moyens dérisoires faisant appel à l'inventivité des auteurs dudit 'remake'.Cette technique est au coeur de Be Kind Rewind de Michel Gondry, le maître incontesté de la créativité faite cinéma (piqûre de rappel : Eternal Sunshine of a spotless mind, son chef-d'oeuvre). Plus que de l'expérimentation (le suédage est pour ainsi dire réservé aux amateurs cinéphiles), c'est l'occasion pour Gondry de se livrer à la plus sincère et touchante déclaration d'amour au Septième Art.
D'une histoire à la simplicité exemplaire (une équipe de potes suède des VHS démagnétisées afin de sauver leur vidéo-club du rachat par un grand groupe immobilier), le réalisateur de La Science des Rêves nous emmène à la redécouverte de son art, dans ce qu'il a justement de simple et d'onirique, parce qu'au-delà de la qualité technique des films suèdes, c'est avant tout la passion et l'amour pour les films originaux qui transpirent, et ce sera la seule explication plausible à l'absence d'étonnement des locataires des VHS pirates. La présence de Jack Black au générique n'est pas fortuite, encore moins un effet de mode, l'acteur étant certes une valeur montante de la comédie US, surtout un homme généreux, passionné, à l'énergie communicative.
Be Kind Rewind, jusque dans son titre, propose un regard nostalgique sur le passé, sur une époque où les effets spéciaux n'étaient pas l'argument dominant à Hollywood, où la vidéo était encore le meilleur moyen de voir le cinéma à la maison... Mais Gondry n'est pas passéiste, il concentre sa nostalgie avec la modernité des médias actuels (internet) pour cibler une forme de cinéma idéale, essentiellement ludique et respectueux du spectateur. Entre Black et Mos Def, et Danny Glover, garant d'un temps semble-t-il révolu néanmoins entré en résistance, le lien entre deux conceptions est établi dans une alchimie parfaite.
Dans son final, Gondry ajoute une touche d'émotion à laquelle personne ne restera insensible. Il achève son ode au Cinéma par une séance collective à ciel ouvert où tout le quartier menacé s'est réuni pour célébrer les derniers (?) vestiges d'une époque vouée, selon les technocrates pour qui l'argent est roi, à disparition. A l'instar d'Astérix, le cinéaste résiste encore et toujours à l'envahisseur.
Suéder n'est pas une technique : c'est un acte militant, où l'amour et le plaisir de l'art sont érigés en principe. A bon entendeur...
 24-02-2010 District 9
Le District 9 est un quartier où sont parqués des étrangers dans la ville de Johannesbourg, Afrique du Sud. Physiquement différents, ces étrangers deviennent des exclus sociaux vivant dans un bidonville où la pauvreté, la violence, la corruption, l'alcool, la drogue, s'y sont installés tout naturellement. Ce la vous rappelle l'Apartheid ? Normal, Neill Blomkamp, le petit protégé de Peter Jackson, reproduit le climat déliquescent qui régnait pendant que Nelson Mandela croupissait en prison. A la différence que la communauté noire est ici remplacée par une peuplade extra-terrestre dont le vaisseau est tombé en rade au-dessus de la ville. L'occasion pour le néo-cinéaste de proposer un début de réflexion sur la notion d'Etranger, avant de livrer un film d'action parmi les plus excitants de ces dernières années.
Dans sa première partie, Blomkamp s'attache à décrire la vie des Mollusques (le petit nom que les autochtones leur ont donné, schématisant leur particularité physique, à fort relent raciste) dans leur camp, en alternance avec le point de vue des autorités locales et du peuple sud-africain. Petit à petit, le montage alterné et le tournage 'documentaire' laissent place à un traitement plus cinématographique, dès lors que la confrontation entre le héros (un bureaucrate couard) et les ET se fait frontale. L'étau se resserre autour d'une poignée de personnages dans les deux camps, les enjeux ayant été posés avec une économie de temps et de moyens remarquables. C'est à ce moment que le spectateur prend fait et cause pour les 'mollusques', brimés selon des méthodes douteuses par les humains ; à ce moment également que District 9 change de direction, et de faux-documentaire socio-politique devient un pur film d'action.
Changement de climat, de forme, d'objectif : le traqueur devient le traqué et l'empathie est totale envers Wikus (exceptionnel Sharlto Copley), intelligemment relayée lors de séquences intimes avec sa famille, habile parallèle avec sa position au sein du District 9. Blomkamp y ajoute un soupçon d'ironie, soulignant ainsi l'aisance avec laquelle le bourreau peut devenir victime, le menaçant menacé. Cependant le message glisse en arrière-plan pour livrer une course contre la montre/mort, au rythme haletant, spectaculaire, qui permet au réalisateur et à son producteur de mettre en scène une adaptation du jeu vidéo Halo (le premier projet avorté des deux hommes). Pus encore, le cinéaste rend hommage à l'univers de James Cameron en intégrant à son final un mecha (vu dans Aliens, Abyss, et revu dans Avatar), de manière à prolonger le discours de Big Jim sur la relation de l'homme à la machine, de l'homme à une nouvelle chair (expression empruntée pour le coup à Cronenberg).
District 9 constitue un excellent divertissement, qui se targue d'un message, certes pas totalement abouti dans la forme, mais puissant, actuel, universel. Incroyablement réaliste, impliquant, l'oeuvre nous laisse le souffle coupé, impatient de découvrir la prochaine bombe de Neill Blomkamp.
 07-02-2010 Ali G
Ami poète, passe ton chemin !! Sacha Baron Cohen est dans la place et ça déchire méchant !! Bien avant Borat et Brüno, le trublion télévisuel passe au format cinéma pour mettre en scène l'un de ses personnages fétiches, Ali G, rappeur du pauvre, Eminem avant l'heure, désespéré de ne pas être noir, dont le franc-parler à la vulgarité revendiquée va l'amener sur les bancs du Parlement anglais. Ami cinéphile, passe également ton chemin !! car si Ali G est éminemment drôle, il est également dépourvu de toute qualité propre au septième art.
Il est évident qu'on ne peut en vouloir au réalisateur 'officiel' Mark Mylod, à qui Cohen n'a confié une caméra que dans le but d'enregistrer mécaniquement les débordements du comique. A part pour une intro qui tente vaguement de parodier le gangsta-social movie (façon Menace II Society), la mise en scène sera inexistante, uniquement axée sur le personnage central, de quasiment tous les plans, seul intérêt du film. Cela peut paraître bien peu pour un long métrage - et c'est le cas -, mais la férocité et l'énergie de Cohen déploient les gorges suffisamment pour passer l'éponge.
Ali G est, à l'instar de Borat et Brüno, un symbole dans lequel s'intègrent toutes les discriminations modernes : misogynie, homophobie, racisme,... Sa montée au pouvoir politique, toute naïve et ridicule soit-elle, permet à SBC de s'offrir une chaire de choix, et par la même occasion de stigmatiser la corruption et les magouilles. A vrai dire, on s'en tamponne un peu le coquillard, tant l'intrigue affaiblit rythmiquement le métrage, également parce que la fiction pure et dure apparaît comme un moyen d'expression trop balisé, trop lourd en terme de production, et surtout peu enclin à la véritable provocation. On comprend pourquoi Cohen s'est tourné vers le vrai-faux docu pour ses projets suivants...
Forcément consternant en tant que film (une série de sketches plaqués les uns contre les autres), Ali G réussit le pari de ne pas être une bouse intégrale grâce à son auteur qui amène la régression au rang d'art. Mais c'est sûr, il vaut mieux être prévenu : à moins de n'être jamais totalement sorti du stade copro-anal, impossible d'adhérer.
Pour ma part, 3 mots : pipi, caca, prout !!
 06-02-2010 Benjamin Gates et le Livre des Secrets
Benjamin Gates est à Indiana Jones ce que mon fils de 3 ans est à Picasso...non, ce serait méchant envers ma descendance qui manifeste déjà à son âge de belles dispositions pour l'art (qui a dit on s'en fout ??). Jon Turtletaub (prononcé dans la langue de Goethe, il y a quand même le mot 'daube' dans son nom !) n'est pas Spielberg et semble s'attacher à le démontrer, recyclant sans vergogne mais aussi surtout sans talent les vertus qui ont fait de la saga d'aventure créée par George Lucas et son compère la plus réussie de l'Histoire du cinéma.
Gates est un archéologue, à sa manière - pantouflarde - qui doit faire face à une sordide affaire scandaleuse qui salit le nom d'un aïeul, et par conséquent le sien et celui de toute sa famille très respectable puisque symbolique des valeurs de l'oncle Sam. Sachant qu'il est impossible que cet arrière-arrière-arrière-grand-père soit un méchant sur la base que quand on est gentil, on l'est de génération en génération - c'est mathématique, scientifique - Benjamin part à la reconquête de l'honneur de sa famille. Un concept purement hollywoodien qui a le mérite de fixer les personnages dans leur caractérisation initiale, qui empêche toute velléité de complexité psychologique. Passons là-dessus, le spectateur lambda n'est certainement pas venu pour se faire raconter Freud en deux heures, plutôt pour chercher de l'action familiale, un divertissement pur et dur dans la lignée des références affichées (Indiana Jones et, plus récent, La Momie).
Seulement voilà, écrasé sous le poids de l'influence de ses illustres prédécesseurs, Le Livre des Secrets ne parvient jamais à décoller, la faute à un scénario qui n'implique pas son public dès le postulat : même si la quête change de donne en cours de route, la motivation première de Ben, laver l'affront fait à sa famille, est déjà rasoir, d'autant que la teneur du complot nous échappe complètement au point de zapper littéralement ce début poussif. Pour les péripéties en elles-mêmes, on aura bien des difficultés à trouver plus mou du genou, entre une course-poursuite à 50 km/h dans les rues de Londres et l'enlèvement du Président des USA qui ne pourra que révolter le peuple puritain d'Obésie. Passons encore sur les événements dans les entrailles du Mont Rushmore, pâle copie rythmiquement grabataire des plus grandes heures du Dr. Jones.
Comparativement, le résultat est sans appel : le métrage est un ratage complet qui se trouve pris en défaut là où il aurait pu marquer des points. Le casting, notamment, qui voit Nicolas Cage moins charismatique et convaincu que Brendan Fraser (un exploit ?), Jon Voight mal à l'aise dans un rôle de bon papa écrasé par une Helen Mirren qui, avec le toujours quoi qu'il arrive très bon Ed Harris, constituent l'unique satisfaction du film. Toujours comparativement, après l'arche d'alliance et le Saint-Graal, les Mystérieuses cités d'or chères à Esteban, Zia & Tao pouvaient aviver l'intérêt du spectateur. Las, le traitement direct de cet élément scénaristique pue la paresse - alors ? on n'a pas eu les sous pour aller en Amérique latine ? - et la prétention : Turtletaub s'en va filmer au Mont Rushmore, lieu cinématographiquement immortalisé par la Mort aux Trousses d'Hitchcock, en espérant bénéficier de son aura légendaire. Mais en en faisant une simple porte dérobée (ok, énorme, la porte...), le cinéaste se fourvoie. Pire, il avalise une idée parmi les plus cons dans l'histoire des idées les plus cons : les Cités d'Or sont cachées aux USA, sous le Mont Rushmore !! Ne vous offusquez pas de ce spoiler, au pire, il vous privera d'un grand éclat de rire lors de sa révélation...
Benjamin Gates et Le Livre des Secrets est certainement le plus pantouflard des films d'aventures, paresseux, soporifique, mettant en avant une affiliation indigne pour garant de la qualité. Comme si le simple fait d'apposer la signature de Picasso sur un gribouillage de mon fils suffisait à en faire un chef-d'oeuvre. Vu le succès du film, le recyclage-pompage industriel a de quoi donner des idées.
Pages : << < ... 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 ... > >>


Fan de Cinéma, le portail cinéma collaboratif est enregistré à la C.N.I.L. sous le n° 1143859 - Copyright © 2000-2012 JR MULTIMEDIA Tous droits réservés