La vie d'une autre, la bande annonce

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Ses critiques de films
 13-08-2010 Forrest Gump
Il y a vraiment des gens qui méritent d'être connus, des petites gens qui attendent à un arrêt d'autobus mais qui ont serré la main de plusieurs présidents, été champion universitaire, héros de guerre, travailleur émérite devenu millionnaire. Des gens qui ont participé, de près ou de loin, volontairement ou malgré eux, aux grands événements de l'histoire d'un pays. Des gens qui n'existent qu'au cinéma ? probablement. Forrest Gump est de ceux-là : des années 60 au milieu des eighties, ce personnages, sous l'oeil tendre et humaniste de Robert Zemeckis, agit comme un cristal pur à travers lequel la ségrégation, le Vietnam et le Watergate, entre autres, sont revisités. Ou quand la candeur éclaire les maux du monde.
La pureté brute de Forrest Gump n'a rien de conservatrice, même si le montage alterne des tableaux peints par la photographie poétique de Zemeckis (des images inspirées par le travail d'Hopper, par exemple) dont le personnage est à la fois le sujet, l'acteur et le spectateur, avec en négatif des séquences montrant la déchéance de Jenny, battue, droguée, sentimentalement et sexuellement perdue. Le cinéaste dresse un portrait d'un pays et d'une époque troubles où les notions de libération et libéralisation (à laquelle participe cependant Forrest) marque ses propres limites et excès, sans jamais juger les choix de son héroïne ni les mettre en relation avec l'époque, mais en justifiant un mal-être profond auto-destructeur par une enfance ravagée. La grande Histoire réécrite à l'encre de la petite, où l'éducation droite et le naturel de Gump mettent en lumière les parts d'ombre politique (les Kennedy, Nixon), sociale (la ségrégation, Lennon), et idéologique (la guerre, via le lieutenant Dan) des USA.
Le mélange entre réalité historique et fable picaresque permet à Zemeckis de traiter de l'influence du hasard et du destin, sans marquer de préférence, plutôt en les fusionnant, laissant à la fois la responsabilité à l'homme de son libre arbitre (incarné par Forrest principalement, le grain de sable dans les rouages huilées de la machine), de ses choix hasardeux (la course gratuite à travers le pays), qui s'inscrivent également dans les grandes lignes d'une volonté supérieure. Ainsi Forrest et Jenny sont immanquablement liés l'un à l'autre, et les déviations qui les sépareront leur permettront in fine de mieux se rapprocher. Zemeckis s'applique à démontrer légèrement que la Destinée n'est pas figée, le sauvetage du lieutenant Dan au champ d'honneur est en cela très révélateur. Entre le motif de la plume voletant au gré du vent et la devise de Forrest (la boîte de chocolat), et celui de la circularité (début identique à la fin, idée de la transmission), au spectateur de choisir, même si aucun choix n''est véritablement possible, l'un étant le pendant inévitable de l'autre.
Au-delà de ces considérations métaphysiques, Forrest Gump est un modèle de rythme (2H20 qui passe comme une lettre à la Poste hors jour de grève), d'humour (comique de situation, de dialogues, visuel), et d'émotions, le tout servi par un Tom Hanks ahurissant et bouleversant (voir le face à face avec le petit Forrest, une scène écrite par Eric Roth qui la reprendra telle quelle pour Benjamin Button), à qui Robin Wright, toute en fragilité, donne la réplique. Zemeckis apporte son savoir-faire et son goût de l'expérimentation (effets spéciaux troublants quand la fiction intègre les images d'archives) pour livrer une fable humaniste au réalisme certes issu d'un inconscient collectif, mais profondément immersif, au même titre que le choix des chansons, retraçant à leur manière l'histoire américaine.
Un vrai chef-d'oeuvre qui traverse les âges avec ce même coeur débordant d'humanité.
 11-08-2010 Shutter Island
Clint Eastwood, Martin Scorsese, même combat ! Les dinosaures d'Hollywood nous gratifient de plus en plus fréquemment de films où leur mise en scène explose de justesse, d'émotion, de simplicité. Sur des thèmes casse-gueule, chacun réussit le tour de force de ne pas sombrer dans la facilité et parvient encore à nous surprendre. Pas étonnant que l'un comme l'autre se soit attaqué à l'oeuvre de Dennis Lehane, le premier avec le tragique Mystic River, le second avec le tétanisant Shutter Island. Ppur ce dernier, le sourcilleux de Little Italy répond clairement à une commande, au vu du résultat final, déstabilisant pour qui a vu plus de 10 fois Taxi Driver, les Affranchis et Casino. Atmosphère unique, mise en scène ludique, profondeur de l'intrigue psychologique, tout concourt à faire de ce métrage une oeuvre à part dans la carrière fournie de Scorsese, mais une oeuvre à part entière, un thriller sombre, désenchanté, nihiliste, porté par un casting quatre étoiles.
Shutter Island ne serait pas ce qu'il est sans la présence imposante de Leonardo DiCaprio, nouvelle muse (??) de Scrosese après la fructueuse collaboration avec DeNiro. Jack Dawson est désormais adulte, au visage angélique dont le cinéaste se sert comme de la partie émergée de l'iceberg. Dès les premières images, Teddy Daniels semble rongé par des démons intérieurs, mais la mise en scène détourne notre attention avec la présentation de l'hôpital, fantomatique, labyrinthique, recélant lui aussi sa part de mystère, et pour cause... On comprend au fur et à mesure que ce dédale où sont enfouis des secrets traumatiques est avant tout mental, incarne, selon une tradition vieille comme le monde que Scorsese parvient à tenir à l'écart, l'esprit torturé du héros. Et toutes ses certitudes s'effritent au fil de l'évolution du récit en même temps que celles du public.
La topographie prend alors une importance capitale, entre salles et bâtiments interdits, couloirs ténébreux, isolement maritime, et déchaînement des éléments. Scorsese excelle dans l'art de perdre les repères, créant ainsi un suspense étonnant où la résolution de l'intrigue importe moins que la perspective grandissante d'un énorme mensonge. Les deux sont évidemment liés, la disparition d'une patiente s'avérant un mcguffin d'anthologie d'anthologie, dont la révélation finale déçoit pour ce qu'elle a de trop répétitive et explicite. Psychologiquement, à l'intérieur de l'histoire, la longue démonstration est logique et inévitable, mais cinématographiquement parlant, l'ennui pointe son nez. Trop appuyée ici, la mise en scène s'efface paradoxalement derrière une montagne de dialogues qui empêche de goûter pleinement à la supercherie dont le spectateur est la première victime. Dommage car l'émotion était au rendez-vous, au détour d'un flash-back choquant (étonnamment similaire, dans ses enjeux, au rêve de Cobb dans Inception) qui justifiat à lui seul le refoulement de Daniels.
Reste que Shutter Island est un grand film malade, générant une impression inconfortable qui n'ôte pas pour autant le plaisir de la séance. Psychologique et ludique, il imprime la rétine durablement jusqu'à une dernière séquence bouleversante où le non-dit l'emporte, vainqueur de la poussive logorhée qui l'a précédée. Scorsese confirme qu'il faut encore compter avec lui, et surtout place DiCaprio au premier rang des grands acteurs, non pas de sa génération, mais de l'Histoire.
L'art du mensonge cinématographique (redondance) au service du drame humain, voilà l'ampleur d'une oeuvre qui traînera encore longtemps dans les esprits.
 09-08-2010 Le Choc des Titans
Le film mythologique est un genre en soi, proche du péplum (les personnages arpentent cités et déserts ancestraux en jupette), qui a connu son heure de gloire à une époque où les effets spéciaux, indispensables, étaient très limités. Un homme aura permis la réalisation de séquences spectaculaires dont les hellénistes et latinistes n'auront connu jusqu'alors qu'en rêve : il s'agit de Ray Harryhausen, qui va donner ses lettres de noblesse à la stop-motion, une technique d'animation image par image incluse dans des scènes "live". On lui doit les exploits de Jason et les Argonautes notamment, la plus fameuse réussite se démarquant sans peine des séries B transalpines qui profitaient de leur héritage culturel avec les adaptations des aventures d'Hercule et son ersatz Maciste. Le Choc des Titans, l'un des derniers ouvrages du maître, s'avère complètement anachronique alors que Star Wars vient de révolutionner les SFX et l'aventure au cinéma. Véritable chant du cygne du genre, le film, en réunissant un casting prestigieux (Laurence Olivier, Ursula Andress,...Méduse, le Kraken, Calibos), s'est creusé un statut d'oeuvre culte, pour certains usurpé. Pas étonnant qu'en ces temps de remakes tout azimuts, des producteurs peu enclins à l'originalité, s'essaient à un dépoussiérage en règle.
Sorti de l'excellent L'Incroyable Hulk, Louis Leterrier semblait avoir les épaules pour supporter un nouveau blockbuster. Continuant sur sa lancée, le frenchie traite avec réalisme une histoire éminemment fantastique où les hommes défient les dieux qui les punissent en retour. Un noble intention qui fait la part belle à la psychologie de son héros, Persée, qui prend les traits de Sam Worthington dans son rôle habituel de bouseux confronté à des situations qui le dépassent. Mais sa volonté de s'affranchir de l'aide de son Zeus de père, après un trauma familial maladroit et dénué d'émotion, restreint la portée mythologique de ses actes, traduisant un certain dédain du réalisateur pour cet univers. Comme pour Hulk, les scènes d'action ne sont pas à la hauteur, et ce ne sont pas les temps faibles qui réhaussent le niveau : on s'ennuie, d'abord parce que l'histoire est connue, ensuite parce que les pérégrinations de Persée sont sans rythme. On attend, entre deux séquences où Leterrier piétine et répète les enjeux humains, les climax vendus dans la bande-annonce, l'attaque des scorpions géants, la chasse à la Gorgone, le face à face avec Calibos.
Et en somme, c'est tout ce qu'il reste de l'original, certes désuet et limite ringard, mais manifestement bien plus magique. Le gigantisme et la modernité des effets spéciaux ne suffisent pas pour surpasser le film de Desmond Davis les combats titanesques tombant à plat sans souffle épique, sans dramaturgie ni implication pour chaque temps fort dont l'issue est sans conséquences pour la suite, et l'impression gênante de regarder son petit frère passer des niveaux sur sa console de jeux avec détachement étreint le spectateur.
D'autant qu'à force de mettre au devant de la scène Persée, les autres personnages n'ont aucune épaisseur, réduits qu'ils sont à n'être que des compagnons d'armes, potentielles victimes nécessaires pour valoriser à la fois le monstre et le héros. A vrai dire, on ne se souviendra d'aucun d'eux, sinon du duo de nubiens qui installe une décontraction comique dispensable destiné à élargir le public. Et que dire du duel Zeus (Liam Neeson) - Hadès (Ralph Fiennes) dans une auto-parodie involontaire où Voldemort rencontre Schindler. Tous deux sont improbables dans un Olympe de pacotille qui subit le peu d'imagination de ses concepteurs.
Les rares satisfactions sont à mettre au crédit des designers de Calibos (vraiment laid, mais simple Kickboxer), de Charon (une vraie oeuvre d'art !) et du Kraken, malheureusement trop statique dans un final impressionnant mais peu engageant. Méduse n'a droit qu'à une croute séquence où son aura maléfique ne perce jamais, la faute entre autres à des effets désastreux. Un comble pour un film qui en a fait une priorité, de par son sujet, de par la ponctuation calculée des climax où ils apparaissent. On reste donc en dehors d'un mythe célèbre qui n'arrive jamais à surprendre et à impliquer le public, et ce malgré une 3D plaquée en post-production alors que Leterrier ne travaille pratiquement pas la profondeur de champ. Les efforts de réalisme du metteur en scène ne pèsent pas lourd dans la balance, sacrifiés par l'appât du gain.
Un film bicéphale, maigre consolation de l'absence remarquée de Cerbère, une réelle déception qui contentera les moins rigoureux.
 01-08-2010 Charlie et la chocolaterie
Après l'échec artistique de La Planète des Singes, Tim Burton entame une seconde carrière. Avec Big Fish, l'auteur d'Ed Wood tente de faire la paix avec la notion de famille et surtout avec l'image du père souvent absent ou invisible (Vincent Price, dans Edward Scissorhands, meurt en laissant sa créature "pas finie" ; Orson Welles, père spirituel D'Ed Wood, reste dans l'ombre d'une cafétéria). Tout comme Big Fish, Charlie et la Chocolaterie raconte la réconciliation paternelle à l'âge adulte et, du coup, l'enfance apparaît comme une monstruosité quand l'autorité parentale a fui. Un revirement à mettre au compte de la nouvelle situation familiale du cinéaste puisque Burton est désormais lui-même père, mais qui égratine la poésie macabre de son oeuvre.
La clarté de la photographie de Big Fish se prolonge ici dans un maelström de couleurs vives, criardes, d'un certain mauvais goût, où le gothique a cédé la place à la rectitude. La norme est désormais prônée, depuis des oompas loopas uniformément identiques aux écureuils apprivoisés au travail à la chaîne. Burton prend fait et cause pour le motif de la ligne droite, quand la circularité et la difformité se manifestaient dans tous ses films précédents. Alors qu'il stigmatisait la vie des faubourgs telle qu'il l'a connue à Burbank, Burton réutilise la même image de véhicules quittant leur garage dans une symétrie ici valorisée.
Formellement, Charlie... est signé de la patte du père de Beetlejuice, ne serait-ce que par la présence de Johnny Depp, pierrot lunaire faussement ingénu à qui la vie a appris une forme de violence qui ne dit pas son nom, détournée par un humour moralisateur distillé dans des chansons guillerettes et systématiques. Dans l'usine Wonka, un faux-rythme uniforme élimine l'un après l'autre les enfants irrespectueux. Ce n'est clairement pas le sujet pour Burton qui adapte passivement et poussivement la nouvelle de Roald Dahl. Toujours est-il qu'il prend un plaisir certain à torturer (le mot n'est pas trop fort, même si les conséquences sont irréalistes) ces sales gosses pourris par une éducatoin laxiste : pour la première fois de sa carrière, la monstruosité EST la punition infligée à ceux qui ne rentre pas dans le moule. Montrés du doigt par la mise en scène, soutenue par des effets spéciaux moyens, les exclus sont honteux, ridicules, et portent sur eux de façon ostentatoire les stigmates de leur "différence".
L'occasion de soulever un problème plus grave qu'il serait dangereux de sous-estimer sous couvert de la fable et de la fausse bonne humeur : Tim Burton, chantre du droit à la différence, porte-étendard des exclus du monde, caractérise ses personnages avec un forme de racisme malvenue même dans le cadre d'une caricature. Une Anglaise so british pourrie gâtée, un Allemand gros et gras, des Américains violents et prêts à écraser l'autre pour réussir, tous seront frappés du sceau de l'infamie, porteurs d'une nouvelle étoile de David. Sans aller jusqu'à faire une analyse comparative avec la Shoah (ce serait douteux), on peut surtout voir dans ce film la volonté d'un repli communautariste, profondément misanthrope où seule la famille et le travail (Alice au Pays des Merveilles ira plus loin dans ce domaine) permettent un rapprochement. La dernière image, au demeurant fidèle à l'esprit burtonnien dans la forme, marque l'intégration du monde gothique - incarné par la maison des Buckett - dans celui de l'uniformité wonkyenne (= hollywoodienne), ultime repli où le travail a ingéré la famille, à l'image de la la façon qu'a Burton de ne travailler qu'en famille (Helena Bonham-Catrer, Depp, Danny Elfman).
On est donc loin des élans tragico-romantiques du final d'Edward aux Mains d'Argent, où le héros fuyait un monde qui n'acceptait ni sa différence ni l'amour qu'il pouvait porter à ses habitants. Avec Charlie..., Burton a semble-t-il trouvé un compromis : "gagne avec la famille", qu'il prolonge avec la morale d'Alice, "gagne sur tes rêves". Au lieu de glorifier la différence, il valorise une norme où il y a peu d'élus susceptibles de ne pas être "marqués". Soit donc un complet revirement de philosophie qui s'accompagne d'un discours douteux, oscillant dangereusement sur le fil de l'extrémisme. On a le droit d'être misanthrope (Sweeney Todd, superbe), mais le repli sur soi empêche, en ce qui concerne Burton, une ouverture artistique qui le grandirait, au même titre que sa paternité. La course à la normalité a commencé et ce négatif de son chef-d'oeuvre, longuement cité ici, en est la triste et cruelle preuve.
 31-07-2010 Scream 3
Puisqu'il faut finir ce qu'on a commencé, Wes Craven s'attèle au dernier volet de sa trilogie avec la passion d'un fonctionnaire à trois jours de la retraite. Plus intéressé par son projet de série A qui pourrait lui valoir la reconnaissance du métier (La Musique de Mon Coeur), le cinéaste met en images un scénario bancal et volontairement avare en scènes chocs, l'humour parodique prenant définitivement le pouvoir sur l'horreur pure. Paradoxalement, même si Scream 3 est sans conteste un beau ratage à côté duquel Scream 2 pourrait passer pour un chef-d'oeuvre, il n'en reste pas moins bien plus intéressant.
Formellement, la mise en scène est en mode automatique, mécanique, incapable d'insuffler un semblant de rythme et d'atmosphère fluide et prenant, la faute à une intrigue foutraque où Williamson glisse des clins d'oeil inutiles et encombrants (Carrie Fisher, en soi rigolote) et mise sur des effets de distanciation gratuits. A l'instar du dernier volet de Spiderman, les auteurs essaient de déconstruire le mythe autour de la tragédie de Woodsboro en confrontant ses acteurs à sa reproduction fictionnelle : Gale Weathers rencontre ainsi un double caricatural qui la place face à ses défauts, Dewey devient un consultant de prestige, et entre les deux mondes, la mort établit un pont où tous sont égaux.
Véritablement chiant quand il s'applique à raconter une histoire dont on se fout comme de l'an 40, le film séduit par son concept qui en fait la suite directe du premier opus : Craven reprend la réflexion amorcée sur le théâtre dans le théâtre, l'illusion de la vie et du cinéma, ce que le n°2 avait laissé en friche (hormis la séquence du théâtre grec, formidable, où les masques tournent autour de Sid comme dans une danse macabre où les effets spéciaux sont artistement désignés). Pour preuve, Stab 2 (la suite de l'adaptation du drame) est en fait un vrai-faux remake, ce qu'était Scream 2 pour Scream 1 ! Tout cela mis bout à bout, on comprend la volonté du réalisateur de Freddy Sort de la Nuit qui, en retournant aux origines de l'art de la représentation, affirme le caractère mensonger du cinéma, et son aspect tragique dans la mesure où la mort - de l'image ? - vient nous rappeler la mort véritable.
Te lest le seul intérêt d'avoir situé l'action du métrage au sein de l'industrie hollywoodienne. Williamson voulait certainement dévoiler l'envers du décor et les dessous peu glorieux de l'usine à rêves (à cauchemar nous dirait Craven) comme un crachat à la face de ses employeurs ; c'était sans compter sur le professionnalisme, même grabataire, d'un maître de l'épouvante qui parvient à transcender les atermoiements cyniques d'un jeune loup opportuniste, avec un discours profond sur la relation art-mort. Un nouveau Boulevard du Crépuscule, maladroit, dérisoire, mais finalement sincère. Sincèrement raté donc, à l'image de ce final grotesque, poussif et répétitif où l'automate Craven reprend le fil d'une histoire que tous avons hâte de voir finir.
Depuis, le cinéaste s'est abîmé dans des métrages insipides mais a eu plus ou moins de bonheur en produisant les remakes de ses propres films. Alors, Wes Craven, mort en enterré avec son art ? On attend - ou pas - Scream 4 - et oui... - pour dresser la pierre tombale ou se féliciter du retour d'un Master of Horror.
 29-07-2010 Scream 2
Malgré les critiques visant le cynisme de l'entreprise, Scream aura été sacrément efficace et surtout très rentable. Succès oblige, les Wenstein Bros. réinvestissent la même équipe pour ce qui sera une trilogie. Problème, personne ne prend le temps de digérer la réussite du film et la suite est lancée dans l'urgence. Le résultat s'en ressent et s'avère plus que décevant, livrant une espèce de vrai-faux remake qui tente de répondre au cahier des charges inhérent à toute suite : better, stronger, faster.
Deux bonnes idées toutefois permettaient d'envisager Scream 2 autrement, d'autant qu'elles sont mises en place dès l'entame. D'abord Craven approfondit sa mise an abîme du premier opus en situant l'action de son prologue au sein d'une salle de ciné projetant Stab...l'adaptation à l'écran de la tragédie de Woodsboro, soit Scream 1 ! A l'intérieur, des centaines de fans ont endossé la tenue münchéenne du tueur, parmi lesquels un vrai meurtrier, fondu dans la masse, et pour un peu on pourrait croire que Craven stigmatise l'influence de la fiction sur le comportement humain et celle de la violence cinématographique sur la psychologie adolescente. Non seulement ce n'est pas nouveau (Tueurs Nés) mais en plus Craven n'apporte rien et abandonne une éthique au spectacle de la mort, mis en scène ludiquement et donc sans la distance nécessaire. L'autre bonne idée, pareillement gâchée, est à mettre au crédit du scénariste Kevin Williamson qui disserte sur la place des noirs dans le cinéma d'épouvante. Effet de distanciation au goût tarantinien, l'excellence du dialogue en moins, dont le dénouement - la mort effective desdits noirs - souligne le caractère fictionne lde ce que l'on voit. Clairement, on est au cinéma et on nous le démontre en ironisant sur le genre. Au moins les auteurs ont le mérite de la logique dans leur entreprise de démolition de leur art.
Scream 2 fait déjà état du désintérêt croissant de Wes Craven pour une franchise dont il se sent prisonnier (mais grâce à laquelle il pourra tourner La Musique de mon Coeur) : la réalisation est fainéante, recycle les motifs du premier jusqu'à la bande son, systématique et caractérisante - au mieux sont-ils prolongés sans aller jusqu'à leur aboutissement. Comme le dit Randy, une suite, c'est le même, avec plus de sang, de victimes, de suspects. Plus de poudre aux yeux donc. Car non content d'enfoncer les portes ouvertes par Scream premier du nom, la suite se contente de citer, au sein d'une séquence forcée, quelques suites célèbres afin de déterminer qu'en général, les n°2 sont ratés. Williamson pense certainement être au service d'une oeuvre comme L'Empire Contre-Attaque ou Le Parrain 2, mais sa paresse combinée à l'automatisme de la mise en scène du père de Freddy empêchent le métrage de n'être autre chose que la parodie de sa parodie. Si la réédition fonctionne pendant une petite moitié, l'impression de déjà vu l'emporte jusqu'à un final cappilo-tracté où une fausse réflexion sur la violence artistique laisse un goût amer de gâchis. En plus de la sensation que n'importe quel personnage, le plus improbable soit-il, peut devenir tueur, et ce ad aeternam (l'intrigue du dernier volet l'atteste violemment).
Scream, en tant que trilogie, entérine avec cet opus 2 le coup de fusil dans le pied que se donnent avec suffisance ses auteurs. Craven fait montre d'une efficacité toute relative, s'appuyant sur des acquis forts mais vieillissants ; Williamson tourne déjà en rond ; les acteurs se singent. Parfaitement raté en tant que pièce centrale d'un triptyque, Scream 2 peut à la rigueur faire illusion isolé, mais toujours en faisant abstraction de motivations douteuses.
 20-07-2010 Scream
Si aujourd'hui nous sommes abreuvés de franchises, de remakes des classiques de l'horreur eighties, c'est en grande partie à cause de Scream, le dernier bon film efficace de Wes Craven (il faut quand même revenir au siècle dernier !). Mais si Scream existe, c'est aussi parce qu'il se pose en synthèse des sagas horrifiques où un boogeyman oeuvrait au milieu d'adolescents crétins et (trop) libérés. D'où une profonde dichotomie entre l'oeuvre visuelle (modernisant les vieux clichés) et un discours cynique qui est à mettre au crédit d'un scénariste opportuniste qui, au lieu de rendre l'hommage que le genre méritait (à l'instar de Braindead, de Peter Jackson, pour le gore), l'enterre pour plusieurs années.
Pourtant, l'entrée en matière est un modèle d'efficacité, et ses multiples parodies assoient le statut culte de la séquence : la présence de Drew Barrrymore, d'abord, guest-star qe l'on attend en héroïne et qu ifinit les tripes à l'air pendue à un arbre dès le premier quart d'heure, convoquant ici le spectre hitchcockien de la mort de Janet Leigh dans Psychose. La mise en scène ensuite fait monter la tension avec des effets d'une simplicité proverbiale, entre le pop corn en cuisson et le téléphone inarrêtable. On retrouve un leitmotiv du cinéma de Craven, la mort qui fait irruption dans un quotidien qui tourne au cauchemar : raccrocher le téléphone, et c'est mourir. Dernière trouvaille et non des moindres, le costume du tueur s'inspire du tableau de Münch, Le Cri, un choix judicieux puisque la Mort devient un prolongement artistique (idée un peu douteuse, certes) à la toile et à ses interprétations.
Dès lors que la tête d'affiche présumée est éliminée, Wes Craven peut peindre sa galerie de personnages incarnés par des "débutants", en tous cas des inconnus ou presque. Même si le cinéaste n'évite pas la caricature et les archétypes du genre, le spectateur se trouve confronté à une pléiade de suspects potentiels ayant chacun leur part d'ombre et une motivation au meurtre que Willimason n'omet jamais. La seule victime au -dessus de tout soupçon reste Sidney, vierge renfermée qui prend les traits de Neve Campbell, intronisée Scream-Queen deux décennies après Jamie Lee Curtis. Mais Craven s'ingénie à détourner ses stéréotypes narratifs en allant à l'encontre des règles conservatrices du slasher (citées intra-film via le cinéphile de service, personnage qui lui permet de la distanciation sans avoir l'air d'y toucher). N'importe qui peut mourir à tout moment, jusqu'au proviseur qui fait les frais de la gratuité des choix du tueur. Encore un moyen de semer le trouble dans l'esprit du public dont les repères référentiels volent en éclat petit à petit.
Scream fait donc apparemment souffler un vent de fraîcheur sur le slasher poussiéreux qu'il cite (Halloween en premier lieu), une fraîcheur dédouanée au creux de l'intrigue cela dit, par la volonté de s'appuyer ouvertement et fermement, mais avec distance et même ironie, sur le genre. En fait, l'auteur de La Dernière Maison Sur la Gauche travaille une thématique essentielle à son cinéma, la mise en abîme, le théâtre dans le théâtre. En admirateur de Shakespeare, Craven joue avec les masques, au sens propre et figuré, met en scène des personnages se mettant en scène (le meurtre de Billy post-coït), placent dans leur bouche des répliques "cinématographiques" ("je reviens tout de suite"), pour inviter le spectateur à réfléchir sur la circulation artistique et l'appréhension du genre en tant que tel. Néanmoins l'humour noir compose un frein à cette réflexion, au point de n'y voir que le cynisme irrespectueux d'un vieux briscard crachant dans la soupe.
Wes Craven avait déjà tenté, et réussi, une médiation sur l'art du mensonge qu'est le cinéma par nature : avec Freddy sort de la Nuit , il confrontait la "réalité" à la fiction et questionnait en profondeur le pouvoir de l'image et de l'imagination. Deux ans plus tard, toute sa bonne volonté à créer un slasher pur jus soutenu par une mise en scène très graphique se trouve abattue par un mercenaire de l'horreur, Kevin Williamson, scénariste qui précipite la chute d'un genre populaire autant que celle d'un de ses plus fidèles représentants. Triste.
 14-07-2010 Freddy - Les Griffes de la nuit
Tout est dans le titre français, "Freddy, les griffes de la nuit" : le croquemitaine créé par Wes Craven est devenu une marque déposée, un produit mercantile destiné à une population de jeunes abrutis parfaitement incarnée à l'écran par des adultes jouant des teenagers ; Freddy, comme Jason, sont à présent les potes d'une génération vouant un culte à ces serial killers dont elle ne connaît rien ou si peu, alors on les appelle par leur petit nom. Une relation douteuse qiu n'a rien à voir avec le syndrome de Stockholm puisque, paradoxalement, alors que les producteurs mettent en avant un personnage mythique, le film cuvée 2010 suit avant tout une bande de djeuns enquêtant sur le passé trouble de Freddy et le leur, intrinsèquement liés, repoussés dans les limbes de l'inconscient. A la lumière de l'original, ce remake est une purge. Même sans comparaison, à l'ombre de lui-même, ces Griffes de la Nuit restent une purge.
Cédant à une mode énervante et lassante du reboot, Platinum Dunes croit changer réellement de direction en réinventant le personnage éponyme, physiquement d'abord (des brûlures plus crédibles, mais on s'en fout comme des premières règles de Nancy, étant donné le caractère fantastico-nirique du monstre), surtout en l'affublant d'un passé qui répond certes à une problématique moderne (la pédophilie), mais qui perd cependant en crédibilité psychologique : comment un pédophile qui n'a a priori jamais tué en vient-il à devenir le père fouettard de cauchemars lycéens, d'où vient son fameux gant lacérant les chairs des chers bambins américains ? On ne peut se satisfaire de ce twist grotesque et éventé mettant en avant une soif de vengeance bidon, incohérente et illogique. D'autant que du coup, une suite, indispensablement pensée pour une franchise, se trouve impossible, ce dont on ne se plaindrait pas.
Malgré donc une volonté faoruche de s'affranchir de son glorieux modèle, les clins d'oeil sont là, lissés dans un visuel clippesque qui n'a ni l'énergie ni le style d'un Massacre à la Tronçonneuse des même Platinum Dunes : les doigts acérés émergent entre les cuisses de l'héroïne (aucune dimension sexuelle, alors que Krueger est censé être pédophile), et la silhouette du tueur imprime le mur de la chambre par la grâce d'effets spéciaux épouvantables. Le pire reste à venir : le scénario est un modèle de ratage, d'arythmie, où la seule bonne idée - les micro-siestes - est tuée dans l'oeuf, laissant Freddy dans un rôle d'image subliminale appuyée par une débauche d'effets sonores nuisibles et agaçants.
Samuel Bayer, pantin animé par Michael Bay derrière la caméra, commet l'erreur grossière de laisser à Jackie Earle Haley (formidable Rorshach, qui fait ce qu'il peut pour faire oublier Englund, en vain) un temps minimaliste, au profit de l'enquête pseudo-policière menée par les victimes. Ca n'avance pas, les mots dédoublent l'image, les séquences oniriques sont sans imagination, répétitives, et sacrifient au gore la nature même de la stratégie originale de Krueger(rendre coupable de ses agissements une adolescence tourmentée et par là même demeurer invisible aux yeux de tous). A ce titre, la mort d'une des victimes en prison, à laquelle est témoin un compagnon de cellule, est juste impensable dans la logique cravenienne.
Evidemment, il ne fallait pas s'attendre à un remake à la hauteur de l'oeuvre de Wes Craven. Mais pour ceux qui gardent en tête la réussite des reboots de Massacre... ou Vendredi 13, l'espoir de voir revivre une icône de leur jeunesse restait vif. Las, on comprend aujourd'hui que tout le succès revient à Marcus Nispel et non à Platinum Dunes ,véritable responsable des désastreux Amityville et Hitcher. Freddy ne fait plus peur, il est désormais un produit bas de gamme placé sur une étagère hollywoodienne poussiéreuse que l'on ressort ponctuellement pour voir s'il marche encore. Et s'en faire du pognon, sur le dos des cinéphiles, "accessoirement".
 13-07-2010 Les griffes de la nuit
Hormis ses deux premiers films, objets d'un scandale en France typique de la société post-mai 68, Wes Craven n'a rien fait de fameux jusqu'à cette année 1984. Entre téléfilms fauchés et séries B mineures et inoffensives, l'ancien professeur de sciences humaines semble se chercher une voie dans les limbes de l'horreur. C'est encore une fois un fait divers, raconté dans un journal californien, et la montée en puissance des croquemitaines, qui lui remettent le pied à l'étrier, pour son film le plus mémorable et le moins vieillissant. Une réussite totale, aussi bien visuelle que dans son discours visant toujours l'American Way of Life.
La plus grande force de Craven aura été d'avoir su composer avec une économie de moyens et d'informations un mythe effrayant, incarné par un père fouettard aussi vulgos que sacrément méchant. Freddy Krueger est un tueur d'enfants qui a subi la loi du Talion dans une expédition punitive menée par des parents, brûlé vif dans une chaufferie. Toujours avec son chapeau mou et ses griffes d'acier, mais portant désormais sur tout le corps les stigmates de sa mise à mort, il revient hanter les rêves de la progénitures de ses assassins. Avec lui, mourir en rêve, c'est crever pour de bon. L'occasion pour le futur réalisateur de Scream de jouer des frontières entre onirisme et réalité, dans un glissement quasi imperceptible qui permet des séquences spectaculaires où l'horreur peut surgir de l'eau d'un bain, où un collège peut abriter un véritable enfer, où un lit peut vomir des torrents de sang.
Si Freddy sait amener ses proies sur son territoire, il préfère avant tout investir le quotidien mental de ses victimes et se présente alors comme une entité fantastique venue du passé "chatouiller" les pieds d'une normalité bâtie sur une monstruosité. Comme dans La Dernière Maison sur la Gauche et La Colline a des Yeux, une famille doit faire face aux conséquences de ses actes, liés à l'histoire de tout un pays. Les Etats-Unis sont passés au crible par Wes Craven qui met en lumière les errements des derniers administrations et le passage délicat entre deux décennies embourbées dans les conflits et les scandales politiques. Le cinéaste va même plus loin en situant le cauchemar du titre VO à Elm Street, avenue où JFK fut abattu dans la ville de Dallas. Kennedy = Krueger ? Fitzgerald = Freddy ? une coïncidence plus que troublante destinée, semble-t-il, à questionner l'Histoire américaine et ses secrets d'état. Le retour du refoulé, en somme.
Pour une fois, pour soutenir un discours aussi fort, le metteur en scène a su s'entourer d'un casting crédible, autorisé par la présence rassurante du briscard John Saxon, et les débuts prometteurs d'un Johnny Depp, imberbe et pubère. Et la révélation Heather Langerkamp qui aura réussi à s'imposer en rivale sérieuse de Krueger (à l'instar d'Ellen Sigourney Weaver Ripley), au point de revenir s'y frotter à deux reprises, bizarrement dans les seuls autres volets valables. Tous sont autant les jouets de Krueger que de Craven, mâitre d'une mise en scène où l'illusion, la malléabilité des univers et l'outrance trouant l'ordinaire sont les principales armes. On regrettera juste la sempiternelle séquence de piège self-defense, peu crédible dans sa relation au temps et à la psychologie du moment.
Wes Craven est parvenu avec les Griffes de la Nuit à proposer un croquemitaine parmi les plis mémorables du cinéma d'épouvante, un mythe soutenu par une idée de la religion (à peine dévoilée, on ne la comprend qu'au détour d'une image saisissante) et des références culturelles (Shakespeare - Hamlet, asseyant sans mal le statut d'icône du septième art de Fred Krueger. Mais alors que le film tente une approche métaphorique de la politique US, les séquelles ne retiendront que l'onirisme tout-puissant, permettant les plus grands excès en matière de meurtres, et feront de Freddy un bouffon ridicule exsangue. Craven lui-même remettra les pendules à l'heure avec son formidable Freddy sort de la Nuit, avant d'abandonner de nouveau son bébé aux mains de producteurs peu scrupuleux qui donneront naissance à un piètre reboot. Il y a des croquemitaines qui ne méritent de mourir qu'une fois...
 31-05-2010 Lost highway
Tu trouves Michael Bay compliqué ? Les films de Fabien Onteniente te font réfléchir ? L'univers de David Lynch t'es définitivement interdit !! Le chantre du bizarre et de l'image sensorielle va plus loin qu'il n'est jamais allé avec LOST HIGHWAY, thriller et film noir fantasmagorique, hallucinatoire, profondément angoissant, peuplé d'images tout droit sortis d'un cauchemar. Autant dire qu'après Eraserhead et Elephant man, après être entré dans une oreille coupée et avoir exploré le monde de Laura Palmer, Lynch va au bout de sa démarche créatrice visant à faire sentir le (ou les) monde(s) derrière la "réalité", pour livrer un Alice derrière le miroir instinctif issu de l'inconscient d'un artiste insaisissable.
Il ne faut pas chercher à expliquer un fil mde David Lynch, ce serait pure vanité, même s'il y a des clés propres à ouvrir les cadenas d'une intrigue en apparence incompréhensible et illogique : comment rationnellement aborder le changement d'identité physique d'un personnage emprisonné entre quatre murs ? et surtout, comment appréhender le lien établi entre le début et la fin, cyclique, mettant en scène le même personnage d'abord derrière la porte puis devant, se parlant à lui-même ?? Malgré tout, Lynch structure son récit là où le spectateur lambda n'y verrait que chaos : si Pete Dayton et Fred Madison n'ont pas du toàut la même vie, loin s'en faut, des éléments de la vie de l'un se retrouvent en soudine dans celle de l'autre, en jouant un rôle autre que le simple clin d'oeil. Par exemple, le morceau de sax' que Fred interprète dans sa boîte fait mal au crâne de Pete qui l'entend à la radio, signifiant par là une espèce de détestation de l'autre en soi en même temps qu'un dédoublement de personnalité latent, prête à exploser. Ce n'est qu'un indice parmi d'autres; comprenant également les facettes contradictoires et similaires des figures prenant les traits sensuels de Patricia Arquette.
On comprend donc plus ou moins qu'il s'agit de schizophrénie dont Lynch film physiquement les symptômes mentaux, défiant du coup la logique narrative hollywoodienne classique. Et pour ce faire, l'auteur de Mulholland Dr. opte pour une mise en scène qui développe les sens : hors une BO dantesque (Rammstein et Marilyn Manson accompagnant des séquences terrorisantes) , le travail sur le son, absolument remarquable, offre un vrombissement constant, créant une ambiance crépusculaire pour laquelle le directeur photographie fait aussi des merveilles. Une apocalypse du quotidien, l'horreur prête à surgir derrière de longs couloirs drapés dans une noirceur sans fond. Le fantastique n'est jamais loin, et la normalité n'aura jamais semblé aussi usurpée et menaçante (la première partie "Fred Madison" en atteste avec force).
Peut-être un peu abscons pour le profane, mais décidément résolu à garder sa part de mystère, LOST HIGHWAY frappe par sa puissante sensualité, travaillant principalement la réception immédiate et sensorielle d'images et de sons pour proposer un trip unique et expérimental dont l'onirisme réaliste imprime les rétines pour longtemps. David Lynch ira plus loin dans la subjectivité affective de son cinéma avec son chef-d'oeuvre suivant, Mulholland Dr., mais LOST HIGHWAY demeure un des plus grands cauchemars sur pellicule. Pour une fois, laisser le cerveau à l'entrée n'a rien de péjoratif.
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