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Ses critiques de films
 30-12-2007 La Graine et le mulet
Il fallait avoir la tête sur les épaules pour survivre au raz-de-marée L'esquive. La graine et le mulet prouve qu'Abdellatif Kechiche est un type équilibré, préférant poursuivre ses projets les plus personnels plutôt que de céder à l'appel du star-system. Interprété en majeure partie par des comédiens non professionnels, son film impressionne par sa grande maîtrise. La direction d'acteurs est en tous points remarquables, et la mise en scène démontre l'amour porté aux êtres humains autant qu'aux personnages. Et c'est parti pour 2h30, ni plus ni moins, d'une chronique familiale à la fois tendre et cruelle. Kechiche joue la carte de l'authenticité, quitte à tomber dans l'excès. Il y a évidemment une certaine beauté dans le fait de voir cette grande famille partager le couscous maternel en discutant de choses et d'autres, simplement portée par un amour palpable. Mais lorsque ce genre de scène monopolise un quart d'heure de film, ça frôle la complaisance et la facilité. Heureusement, le film finit par se trouver un propos lorsque Slimane, le père solitaire et mutique, se met en tête d'ouvrir un restaurant sur un bateau. Le récit des galères, des premières joies et des tourments qui vont avec est une véritable réussite. Sans manichéisme, le metteur en scène pointe du doigt ce qui est important, le désir d'entreprendre et de ne pas céder aux sirènes de la passivité. Le film aurait sans doute gagné a être plus resserré, la longueur de certaines scènes n'ayant pas de réelle justification. Ce spectacle-là n'a rien d'ennuyeux, mais on l'aurait voulu plus dense. C'est vrai en particulier dans la dernière partie du film, qui étire jusqu'à la rupture quelques scènes potentiellement très fortes. Le propos est édifiant, presque trop, et le constat d'un pessimisme qui fait froid dans le dos. Le problème, c'est qu'il faut vingt bonnes minutes à Kechiche pour nous emmener vers sa conclusion, là où un peu plus de suggestion aurait été souhaitable. À l'arrivée, on se retrouve le cul entre deux chaises face à un film sincère et plein d'enseignements mais dont le traitement finit par sembler presque scolaire tant il est appuyé. La graine et le mulet ressemble à un petit film de Ken Loach. C'est déjà énorme, certes ; mais au vu de ses deux premiers films (et surtout le formidable mais méconnu La faute à Voltaire), nul doute qu'on pouvait attendre bien mieux d'Abdellatif Kechiche.
 30-12-2007 Je suis un cyborg
Sa trilogie de la vengeance achevée, Park Chan-Wook avait le champ libre pour aller explorer d'autres univers. De la part d'un réalisateur adepte de la surenchère (ses films sont toujours construits sur ce principe, que cela se justifie ou non), on pouvait attendre une envie d'aller plus loin (si possible) dans la noirceur et le sordide. Grossière erreur de jugement : contredisant un titre français très réducteur, Je suis un cyborg a des allures de comédie romantique, un rêve doux et cotonneux (pour ne pas dire capitonné) jouant la carte de la rupture. Bienvenue donc à l'hôpital psychiatrique, où se croise des êtres fatigués ressemblant étrangement aux héros blessés de Old boy et Lady vengeance, la rage en moins. Le jeune héroïne du film se prend pour un cyborg, mais c'est OK, comme l'affirme le titre anglais. Pleinement satisfaite de son statut de machine, elle refuse de s'alimenter comme les humains, lèche des piles pour recharger ses batteries, et rêve qu'elle a des canons sciés au bout des doigts. Sa rencontre avec un type aussi cintré qu'elle (il est persuadé qu'il peut voler les qualités des gens rien qu'en leur empruntant un objet) va bientôt donner lieu à une romance aussi improbable qu'originale. On n'ira pas beaucoup plus loin : étonnamment, Park Chan-Wook se contente de ce traitement fleur bleue et gentiment déjanté, là où on aurait pu atteindre des sommets de poésie. De plus, la naïveté assumée de cet univers finit par donner des boutons, un peu à la manière de ces gens qui vous sourient pour un rien, persuadés de répandre le bonheur autour d'eux alors que cet éternel air béat est plus agaçant qu'autre chose. Par moments, cependant, l'histoire prend réellement son essor et donne lieu à quelques séquences assez touchantes, comme celle où le jeune home, entrant dans le jeu de son amoureuse, fait semblant de réparer ses circuits. Je suis un cyborg manque malheureusement de souffle dans l'enchaînement des situations. C'est en revanche dans sa direction artistique que Je suis un cyborg convainc sans retenue. La mise en scène de PCW est des plus inspirée, s'appuyant sur une photographie magnifique et un joli travail sur les décors. L'hôpital psychiatrique ressemble à un hôpital psychiatrique, pas à une cuisine Mobalpa ; pourtant, l'utilisation de couleurs pastel et/ou flashy (notamment le rose) accentue le côté rêve de gosse du film. Cet univers visuel sans faille est un enchantement, tout le reste n'étant malheureusement pas à l'unisson. Mais l'espoir fait vivre : en se trouvant un script vraiment béton, PCW pourrait bien nous surprendre dans les années à venir.
 30-12-2007 Les Femmes de ses rêves
Les frères Farrelly sont vraiment de grands sentimentaux. Si Les femmes de ses rêves n'est pas exactement un film romantique, il est hanté du début à la fin par une mélancolie tenace. Peur de finir seul, peur de l'engagement, peur de s'être trompé : sous leur plume, la vie sentimentale n'est qu'une succession d'obstacles flippants, alternant avec de petits moments de bonheur bien éphémères. Pourtant, il s'agit bien d'une comédie : même s'ils vont moins loin dans la transgression et le touche pipi que dans leurs premiers films, les frangins démontrent une fois encore leur aisance à créer un gag en un seul plan, et à révéler la personnalité d'un personnage rien qu'en en faisant la victime d'une ou deux situations drôlement douloureuses. La première partie des Femmes de ses rêves fait penser à Mary à tout prix, avec son côté fleur bleue arrosé de gags bien sentis, même une fois de plus, un montage un peu lâche provoque de fâcheuses baisses de rythme. Si Ben Stiller fait du Ben Stiller (et il le fait très bien), la révélation des Femmes de ses rêves s'appelle Malin Akerman, jolie, explosive, avec un vrai phrasé d'actrice comique. Malheureusement, la construction du film va peu à peu la faire disparaître de l'image, au profit de la sympa mais pas très drôle Michelle Monaghan, la caution romantique du film. Plus la fréquence des interventions de la première décroît, plus on voit la seconde, et plus Les femmes de ses rêves commence à devenir un peu pénible. Longuet et de moins en moins drôle, le film s'étiole et ménage un final assez navrant compte tenu du talent des cinéastes. Un épilogue rigolo vient clore le film de façon agréable ; pas suffisamment pour faire oublier que Les femmes de ses rêves n'est ni l'éclat de rire de l'année, ni la comédie romantique du siècle.
 30-12-2007 Lumière silencieuse
La vie, l'amour, les vaches. Le titre a déjà été utilisé par Billy Crystal mais aurait très bien pu convenir à Lumière silencieuse, troisième réalisation du Mexicain Carlos Reygadas. Le cinéaste a (temporairement ?) délaissé sa description crue du sexe comme moyen de communication, et livre un film plus mesuré, qui ne pourra plus être réduit à de la prétendue provocation. Le retour aux sources est total : Lumière silencieuse, c'est l'histoire d'un homme marié qui tombe amoureux d'une autre. Point. Un argument dont Reygadas assume la banalité sans nom, souhaitant simplement apporter sa propre vision de ce genre de situation. Première particularité : il place l'histoire chez les mennonites du Mexique, une communauté pacifiste refusant le progrès matériel et vivant dans le dénuement le plus complet. Chez les mennonites, on parle un dialecte très proche de l'allemand, on parle très peu, et on s'adresse en priorité à Dieu. La deuxième particularité du film, le style de Reygadas, exploite du mieux qu'elle peut ce côté mutique et désespérément calme. Racontant cette histoire simple en près de 2h20, Reygadas prend son temps, jouant avec les baisses de rythme et les (très) lentes montées en puissances. L'image est souvent belle, les acteurs (amateurs) impressionnants et monolithiques. Ça donne un peu la même impression que si, lors de la visite d'un musée, on passait une demi-journée devant chacune des magnifiques toiles exposées : on ne peut pas tout à fait se plaindre, on n'est même pas sûr d'en avoir envie, mais quand même, au fond, on se fait un tout petit peu chier. Là où le radicalisme de Reygadas fonctionnait à plein régime dans ses deux premiers films (et notamment dans le superbe Bataille dans le ciel, plus beau à chaque vision), il semble ici un peu plus vain, car au service d'aucun propos. Car ce qui pouvait passer pour de la provocation, c'est cette vision si particulière du monde, ce pessimisme à l'égard des hommes, cette envie de faire vivre le cinéma comme un chemin de croix. Lumière silencieuse semble en fait trop sage pour séduire, appliqué et homogène comme un bon vieux drame scandinave. On souhaite retrouver bien vite la cohue qui faisait de Reygadas un grand metteur en scène.
 30-12-2007 La France
De la part de Serge Bozon, auteur de moyens métrages incongrus et élitistes, on n'attendait pas autre chose qu'un film en marge, refusant de jouer avec les codes traditionnels du cinéma. Avec La France, Bozon réussit quelques chose d'assez exceptionnel : faire exactement ce qu'on attendait de lui, tout en parvenant à surprendre son monde. La France ressemble à un film de guerre et à une comédie musicale, mais c'est plutôt vers le théâtre antique que le réalisateur et sa fidèle scénariste nous attirent irrémédiablement. Antique mais pas que, puisque l'héroïne du film est une descendante du chevalier D'Eon, petit brin de femme dont le déguisement en homme ne trompe pas le spectateur mais dame le pion à ses compagnons. À partir de là, Bozon brode une épopée de poche, surréaliste et d'une tristesse infinie, à peine adoucie par les quelques chansons impromptues qui viennent bercer la marche des soldats. Les instruments apparaissent comme par magie, les gros durs se sentent pousser des ailes, et le drôle de rythme des compositions vient un temps nous tirer du spleen dans lequel nous étions plongés. Délicatement, puis de moins en moins, le film nous prend, nous captive, rebondit, nous inquiète (voir la terrifiante scène de la grange). Difficile de dire pourquoi, mais La France est un film qui séduit, et dont la façade auteuriste ne doit pas repousser, tant ce Bozon-là est accessible et universellement appréciable.
 30-12-2007 La légende de Beowulf
C'est évidemment un amima-sceptique qui parle, un rétrograde de première, un vieux ronchon qui n'a jamais été enfant. Mais quand même : quel intérêt ? Quel intérêt, lorsqu'on dispose d'acteurs du talent d'Anthony Hopkins, John Malkovich ou Brendan Gleeson, de les recréer en version animée-mais-vachement-réaliset-quand-même ? Le film semble répondre de lui-même : aucun. Il nous propose de pâles clônes des acteurs cités plus haut, sans le talent ni l'énergie qui les caractérise. Le premier échec de La légende de Beowulf est artistique : tout cela est incroyablement moche, et les personnages sont si peu habités qu'ils ressemblent tous à des cadavres ambulants. Si bien que d'emblée, il est légèrement difficile de s'attacher à eux. Le scénario ne fait qu'empirer les choses : si le film s'inspire d'une vieille légende viking, on ne s'attendait pas vraiment à ce que l'ambiance générale soit à la beauferie. C'était bien la peine de gâcher un gros budget pour observer des types mal taillés faire des concours de vannes à la Bigard ou mater des décolletés en forçant leur grand rire rauque. Quant au héros, le fameux Beowulf, c'est sans doute le pire de tous, qui nous décrit chacune de ses aventures comme s'il racontait un concours de pets. Cette Légende de Beowulf tourne donc rapidement au supplice. Paraît que Zemeckis devrait rempiler pour un nouveau film utilisant cette technique. Souhaitons qu'il l'améliore considérablement et qu'il se trouve un scénario plus fin, plus intéressant, moins con. Ça doit forcément être faisable.
 30-12-2007 A la croisée des mondes : la boussole d'or
Contrairement aux Petits Écoliers, À la croisée des mondes, ce n'est pas pour les enfants. Les marmots n'entraveront que dalle à ces histoires trop compliquées pour eux, et entre deux images d'animaux amusants, ils risquent surtout d'avoir les chocottes. Mieux vaut les emmener voir Il était une fois ou Lucky Luke (heu, non, pas Lucky Luke). Ceci étant dit, À la croisée du monde, est-ce vraiment pour les grands ? Pas vraiment non plus. Parce que quand même, c'est très tarte, tout ça. En fait, le film de Chris Weitz touchera surtout cette génération d'adultes complètement attardés qui se passent en boucle la trilogie Seigneur des anneaux version longue et ont lu cinq fois Le monde de Narnia. Par moments, on se joindrait presque à eux, tant La boussole d'or est un spectacle charmant, bien exécuté, bourré de petits moments assez délicieux. Les passages avec les ours blancs, notamment, sont assez impressionnants pour faire retomber n'importe qui en enfance. Il n'y a cependant pas de quoi grimper aux rideaux : la mise en scène de Weitz est désespérément classique, montrant ce qu'il y a à montrer sans une poussière d'originalité, et le scénario court trop de lièvres à la fois pour fasciner les néophytes. C'est bien joli de construire le premier film d'une saga sur des questions, mais encore faut-il qu'elles soient bien posées. Résultat : qu'est-ce que c'est que la Poussière, comment qu'on fait pour sauver le Monde, combien la Kidman a-t-elle de parapluies dans le derrière, tout ça, on s'en cogne. Cependant, au petit jeu des comparaisons, le film de Weitz tire allègrement son épingle du jeu. Avec un peu de mauvais esprit, on pourrait dire que ce n'est pas très compliqué, tant les productions d'heroic fantasy qu'on nous sert à chaque Noël sont habituellement médiocres. Eragon et Narnia sont K.O. au premier round, et le box-office des prochains mois de décembre ne devrait pas s'y tromper. Reste qu'À la croisée des mondes mérite d'être salué, de par la sincérité qui s'en dégage malgré le poids des billets verts. Et ce n'est pas tous les jours qu'on trouve dans ce genre de film une jeune actrice à qui on n'a pas envie de péter les genoux au bout d'un quart d'heure. C'est déjà beaucoup.
 30-12-2007 I'm Not There
Quelques milliers de signes ne suffiraient pas à décrire par le menu ce I'm not there si riche, dense, complexe, et pourtant d'une lisibilité enfantine. Spécialiste des projets décalés (mais un décalage toujours sincère, jamais calculé), Todd Haynes s'est ici surpassé, tentant de retracer la vie de Bob Dylan par l'intermédiaire des histoires d'une demi-douzaine de personnages (ou plus), totalement dissemblables, mais ne formant qu'un : Dylan. Un petit garçon noir, quelques mecs, une femme, pour un puzzle fascinant et universel, évidemment rythmé par les chansons de Robert Zimmermann. À vrai dire, il est assez difficile d'expliquer pourquoi le film parvient si facilement à imposer son style et son charme si particulier. Sans doute parce qu'il ne s'arrête pas à la surface d'un concept accrocheur (façon Todd Solondz dans le désespérant Palindromes). Et parce qu'il va encore plus loin, attribuant la part du lion à un personnage qui n'est rien de moins que l'acteur qui joue Jack Rollins, le personnage de Christian Bale, dans le film qui lui est consacré. Aucun rapport avec Dylan ? Si, évidemment. On a beau ne pas forcément connaître la bio du chanteur, on sent bien que tout nous amène à lui. Haynes a le bon goût de ne pas dévoiler toutes ses cartes en début de partie, refusant une bête construction de film choral pour mieux nous faire découvrir de nouveaux personnages à mesure que les bobines s'enchaînent. Ainsi, les fans de Richard Gere devront être très patients. I'm not there, c'est six films en un, six pépites fondamentalement différentes les unes des autres, et qui englobent finalement l'ensemble du vocabulaire cinématographique. Les apparitions épisodiques de Ben Whishaw (dans le rôle d'... Arthur Rimbaud ?) sont aussi fascinantes que celles de Heath Ledger, qui livre une prestation plus «classique», moins directement ancrée à la destinée dylanienne. Mais la partie la plus fascinante est sans doute celle avec Cate Blanchett, qui se débarrasse de tous ses oripeaux d'actrice appliquée mais scolaire, pour livrer une interprétation absolument fascinante. Peu d'artifices, juste quelques manières empruntées à son modèle, et Blanchett devient Dylan. C'est la partie la plus biopic du film, mais elle ne cède jamais aux sirènes de la linéarité. C'est par la bouche de ce personnage, Jude Quinn, qu'Haynes fait vivre les états d'âme et l'ambivalence acerbe d'un type insaisissable. C'est là que l'on réalise que Control, récit de la courte existence de Ian Curtis par Anton Corbijn, est un tout petit film. Au moins six fois plus petit que I'm not there. Quand on voit cela, on se demande bien comment on a pu supporter les biographies linéaires de chanteurs dont on se moquait à moitié. À l'avenir, ce ne sera plus possible : le Last days de Gus Van Sant et ce petit bijou-là ont définitivement creusé la tombe de ce genre. Et pour cause : dans chacun de ces deux films, on ne voyait pas (ou presque) l'ombre d'un cheveu du musicien dont ils étaient censées parler ; pour un résultat inverse, celui d'avoir la sensation qu'on n'a jamais touché un grand artiste d'aussi près.
 30-12-2007 My Blueberry Nights
My Blueberry nights n'est pas une déception, mais une confirmation. Celle de l'absence de talent de Wong Kar-Wai, réalisateur éminemment surcoté. Les apparats du cinéma asiatique parvenaient à donner le change chez certains sinophiles ; mais voilà qu'en débarquant aux États-Unis, le réalisateur a dévoilé son vrai visage. Remplaçant le sacro-saint bol de riz par une tarte à la myrtille et sa mise en scène apprêtée par une réalisation plus ricaine, avec force ralentis et images désaturées, il livre un mélo d'une infinie platitude, et ce en dépit d'un casting séduisant. Le film fait penser aux dernières oeuvres, souvent navrantes, de Wim Wenders : des plans relativement chiadés, des couleurs pastel, une vision de l'Amérique façon carte postale... et rien à dire ni à raconter. L'héroïne du film enchaîne les rencontres au gré de sa quête de sens, pour un road movie n'allant jamais au-delà des apparences. Tour à tour, on se demande à quoi sert le segment avec David Strathairn, puis celui avec Rachel Weisz, et encore davantage celui avec Natalie Portman (à chier). À chaque fois, c'est la banalité qui prime, et l'on attend en vain que tout cela prenne du sens. Cela n'arrivera évidemment jamais. Finalement, c'est le face-à-face éphémère entre Norah Jones (excellente) et Jude Law qui possède le plus de charme. Sauf que WKW accentue le côté fleur bleue jusqu'à la nausée, concluant son film par une scène de baiser semblable en tout point à une pub pour les produits laitiers. Raconter une histoire n'est pas donné à tout le monde ; maintenant qu'il l'a appris à ses dépens, il est encore temps pour le metteur en scène de repartir sur de nouvelles bases et de se mettre à faire enfin un peu de cinéma.
 30-12-2007 Faut que ça danse !
Traiter avec bonheur de la Shoah, de la mort, du suicide, d'Alzeimher et de la solitude, tout cela dans une comédie, qui pouvait le faire à part Noémie Lvovsky ? La réalisatrice des formidables Sentiments a décidément un don pour trouver le ton juste, pour faire naître la drôlerie dans un quotidien inquiétant. Dire de Faut que ça danse ! que c'est un film farfelu est un fichu compliment, là où ce qualificatif désigne habituellement des films au loufoque gênant et mal maîtrisé. Réussies, les scènes dans lesquelles Salomon Bellinsky (Jean-Pierre Marielle) fantasme de tuer Hitler : il faut voir ce dernier enfiler son pyjama à croix gammées avant d'aller se coucher ou se multiplier dans un micro dessin animé inséré dans le film. Réussie, la scène de faux suicide de Sabine Azéma. Réussies, toutes ces scènes où le burlesque l'emporte sur la gravité latente des situations. Armé d'une bonne dose de second degré, on entre dans Faut que ça danse ! avec une extrême facilité, et la musique enivrante jouée par cette famille ô combien hétéroclite est alors un régal de tous les instants. Louée soit la finesse d'écriture de Lvovsky et ses congénères, qui parviennent non seulement à répondre «oui» au fameux «peut-on rire de tout ?», mais qui ne s'inscrivent jamais dans un humour gratuit. Dans Faut que ça danse !, le deuxième effet Kiss Cool, c'est la poésie et la philosophie qui se dégage de chacune des scènes. La fraîcheur des interprètes fait le reste. Marielle trouve son meilleur rôle depuis très très longtemps, lui qui s'est souvent retrouvé coincé dans des seconds rôles trop étroits pour lui ; Azéma n'est même pas énervante, ce qui se produit très rarement ; mais la vraie surprise du film, c'est Valeria Bruni-Tedeschi, qui explose sa coquille de Calimero pour livrer une prestation de vraie femme, épanouie et séduisante. À l'image de qu'elle semble faire dans Actrices, son deuxième long, qui sort dans quelques semaines. Et dans lequel joue, tiens, une certaine Noémie Lvovsky. Qui osera s'en plaindre ?
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