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Ses critiques de films
 03-01-2007 Souris City
C'est marrant comme les recettes les plus éculées sont parfois celles qui fonctionnent le mieux. En témoigne ce «Souris city», divertissement haut de gamme au scénario périmé depuis belle lurette. Ce n'est pas l'originalité du matériau de base qui en fait la réussite : le film raconte l'histoire d'une pauvre souris solitaire qui devient par hasard le héros n°1 de la lutte contre l'oppresseur (ici, un gros crapaud mafieux). Des intrigues de ce genre, on en voit dans 2 dessins animés sur 3, et il y a de quoi faire la moue, d'autant que ce genre de sujet est propice aux lâchers de guimauve et aux envolées moralistes. Heureusement, malgré leur alliance avec les ricains de chez Dreamworks, les têtes pensantes du studio Aardman ont su garder leur indépendance et leur imagination. Dans «Souris city», la qualité des personnages et le rythme presque parfait des gags sont deux atouts majeurs. Derrière deux personnages principaux forcément un peu calibrés (histoire de faire un minimum dans le glamour), une armée de limaces, des grenouilles forcément françaises et deux hommes de main complètement cons se chargent de faire fonctionner les zygomatiques à répétition. Les gags ont beau ne pas être vraiment neufs (chutes à gogo, coups dans les roubignolles, numéros chantés...), le timing est épatant et l'ensemble fonctionne à plein régime. Les frenchies en prennent pour leur grade (même si on perd beaucoup en VF), les footballeurs anglais sont ridiculisés (surveillez bien les arrière-plans), et le spectateur est ravi. Sous l'apparence d'une banale course-poursuite dans les égouts de Londres, Souris city est une vraie bonne comédie familiale, à conseiller aux très jeunes (qui adoreront ces gros tas de limaces) et aux beaucoup moins jeunes (qui adoreront ces gros tas de limaces). D'autant que l'animation est parfaite, avec un travail de la 3D qui ne laisse rien au hasard mais donne presque une impression d'authenticité (même si tout ceci est fait par ordinateur, on n'est pas loin de la plasticine de Wallace & Gromit). Chapeau.
 03-01-2007 Je pense à vous
»Encore». «Rien sur Robert». «Petites coupures». «Je pense à vous». Les films de Pascal Bonitzer se suivent et se ressemblent. Par le contenu en tout cas : auto-fictions centrées sur un homme un peu seul, un peu intello et un peu amoureux de plusieurs femmes. En revanche, côté qualité, on est sur une pente gravement descendante. Est-ce parce que Bonitzer se répète? Ou tout simplement parce qu'il n'a rien à dire? Toujours est-il que ce sinistre «Je pense à vous» ressemble à un roman de Christine Angot (ou sur Christine Angot, un temps à la colle avec le réalisateur), avec son lot de dialogues empesés et sursignificatifs, ses personnages qui souffrent parce que ça fait vendre, et son sexe pataud et pâteux. On baille. Pourtant, comme d'habitude chez Bonitzer, le casting parvient à sauver quelques meubles. Même s'il n'a pas son habituel grain de folie, Edouard Baer est une nouvelle fois très bon. Face à lui, Géraldine Pailhas et Marina de Van incarnent le feu et la glace. cette dernière est d'ailleurs coscénariste, et on retrouve dans Je pense à vous les obsessions morbides et suicidaires qu'elle avait déjà développées avec François Ozon (»Sous le sable») ou dans son propre film (»Dans ma peau»). Mais ici, tout a l'air un peu trop fabriqué pour réellement convaincre ou impressionner.
 03-01-2007 Black Book
Après une demi-douzaine de films aux Pays-Bas, puis à peu près autant aux États-Unis, Paul Verhoeven a quitté l'oncle Sam pour regagner sa terre natale. «Black book» est le premier film de sa seconde carrière hollandaise, et si la suite est du même acabit, on signe illico pour qu'il ne retourne jamais en Amérique. Thriller, film d'aventures, polar, film historique, «Black book» mélange allègrement les genres du début à la fin sans jamais perdre le spectateur, qui s'agrippe à son siège et tape des pieds pendant 2h25. On a rarement vu un film de cette durée être à ce point dépourvu de temps morts, de scènes en creux ou de passages un peu inutiles. Chaque scène est ici un vrai régal, tant par la mise en scène de Verhoeven (qui est quand même un maître en la matière) que par la densité du scénario. Il y a du suspense dans chaque coin de chaque plan du film, sans pour autant que «Black book» ne se transforme en un simple thriller du genre «Ellis contre les nazis». La réalité historique n'est à aucun moment sacrifiée, et le film mêle avec brio les grands moments de la petite histoire hollandaise et les rebondissements propres à l'intrigue. Ceux-ci sont souvent inattendus, ou en tout cas servis à des moments inattendus. D'où un spectacle formidable et intelligent, qui propose une vraie réflexion sur la trahison et l'identité de chqaue être. Pour donner une idée de l'intrigue, «Black book» raconte le destin d'une jeune juive hollandaise qui entre dans la Résistance et accepte de devenir la maîtresse d'un dirigeant de la Gestapo pour mieux lui soutirer des informations. Sachant que ceci ne constitue que la première demi-heure du film, on comprendra que «Black book» part sans cesse là où l'on ne lattend pas avec un plaisir continu et sans cesse renouvelé. Rendons hommage à l'actrice principale, Carice Van Houten, qui rejoint l'admirable galerie des grandes interprètes féminines (et ultra-sexy) de chez Verhoeven, metteur en scène brillant dont les films sont toujours chargés en électricité sexuelle. Hormis un prologue et un épilogue un peu superflus (mais heureusement très courts), «Black book» est un film épique et délectable qui touche à la perfection, loin des innombrables films-clichés sur la Résistance ou le nazisme. On n'en attendait pas moins de Paul Verhoeven.
 03-01-2007 Les Infiltrés
En s'attelant à un scénario adapté d'un film déjà existant (le pas dégueu «Infernal affairs», d'Alan Mak et Andy Lau), Martin Scorsese faisait preuve d'un manque d'ambition apparent. C'est du moins ce que l'on pensait ; mais imaginer le réalisateur le plus sourcillu du monde se la couler douce en réalisant des films paresseux revenait à s'enfoncer le doigt dans l'oeil. Armé d'un casting foisonnant (DiCaprio, Damon, Nicholson, Sheen père, Baldwin, Wahlberg...), et criant sur les toits qu'il n'a pas vu Infernal affairs et qu'il s'en tamponne le coquillard, le grand Marty déboule avec «The departed» (ah non, pardon, «Les infiltrés», titre français de dernière minute), polar urbain et nerveux qui offre une vision nouvelle à une histoire déjà traitée. Devinette. Quelle est la différence majeure entre «Infernal affairs» et «Les infiltrés»? Réponse : une heure. Là où Mak & Lau livraient un thriller nerveux, sans temps mort ni fioritures, Scorsese prend tout son temps pour faire vivre ses personnages et donner à la ville de Boston une vraie dimension. Cette fois, pas d'italo-américains, mais des Irlandais d'origine, au sang tout aussi chaud et aux jurons plus imagés. Ça jure dans tous les sens (surtout Nicholson, délicieusement cabotin) et c'est un régal. La durée conséquente du film (2h30) est également due au fait que le scénario se refuse à laisser la moindre zone d'ombre quant au passé des personnages principaux ; et à vrai dire, on aurait davantage apprécié un poil plus de mystère. Aucun grain de sable dans les rouages, aucun défaut dans la machinerie : filmeur né, Scorsese déroule tranquillement une intrigue aux petits oignons, avec ce qu'il faut de perversion, de jeux de miroirs et de (légères) surprises. Pas grand chose à dire là-dessus : simplement, «Les infiltrés» manque un peu d'âme, de matière, de chaleur dans les rapports humains (pour le coup, et c'est dur à dire, Scorsese devrait jeter un oeil sur le récent travail de Michael Mann). Le film aurait pu être plus tendu, nerveux, haletant : au lieu de quoi on a droit à un chassé-croisé certes bien troussé mais pas plus prenant que la moyenne. Scorsese à peu près hors de cause, on en vient à rejeter la responsabilité sur les épaules de ses interprètes. Et en effet, si leurs gueules de gamins correspondent plutôt bien à ce qu'on attend de leurs personnages (de jeunes loups infiltrés chez l'ennemi et lancés un peu trop vite dans le grand bain), on sent un manque évident de maturité chez eux. Si c'était prévisible pour DiCaprio, on attendait mieux de Matt Damon, qui ne retrouve à aucun moment le charisme qu'il avait en Jason Bourne. Et si les seconds rôles sont assez impeccables, des rôles à vocation presque uniquement comique (comme celui de Mark Wahlberg) ne peuvent que nuire à ce genre de film. À l'image d'un dernier plan laconique qui ne cadre pas du tout avec ce qui précède.
 03-01-2007 Coeurs
Cinéaste estampillé Nouvelle Vague à l'époque où cela voulait dire quelque chose, Alain Resnais est devenu depuis un vieux monsieur poli et appliqué dont les films sonnent comme autant de petits frissons de nostalgie. Toujours ancrés dans le passé, vieillots par leur sujet ou leur traitement, les derniers longs métrages de monsieur Resnais ont tous tendance à sentir le renfermé, qu'ils soient bons ou moins bons. Coeurs n'échappe pas à la règle : troisième film choral de suite pour le réalisateur d'»On connaît la chanson» et «Pas sur la bouche», toujours le même casting à quelques variations près, et toujours cette peur du temps qui passe. Les personnages de «Coeurs» sont justement des coeurs solitaires, qui ne se croisent pas tous et n'échangent de l'amour qu'à de rares reprises. La mort (d'une mère, d'une femme) rode, l'absence est écrasante, et les heures qui défilent semblent ne rien arranger. À cet égard, «Coeurs» sonne presque comme le testament prématuré d'Alain Resnais, comme s'il se confiait juste avant de mourir. Mais «Coeurs» est également un film très bizarre manquant gravement d'unité et de cohésion : on a souvent l'impression de regarder un montage de plusieurs moyens métrages maladroitement imbriqués. D'autant qu'on sent peser là aussi l'âge avancé de Resnais : si la mise en scène feutrée mais un peu trop floue est plutôt acceptable, on peut légitimement être horripilé par un montage unidimensionnel et purement décoratif. En lieu et place des traditionnels fondus au noir ou des simples cuts, Resnais nous offre d'un bout à l'autre des «fondus enneigés», comme si on vaporisait un peu de neige artificielle sur la pellicule et qu'elle s'effaçait alors pour laisser place à la scène suivante. Moche et sans justification aucune. Côté acteurs, difficile d'être surpris : la bande à Resnais est toujours la même, tout le monde s'applique, mais il n'y a pas vraiment d'étincelle. Bizarrement, les comédiens les plus agaçants en règle générale (Arditi, Azéma) sont sans doute ceux qui s'en sortent le mieux. Il faut dire que Sabine a hérité d'un personnage assez incroyable, le moins crédible de tous mais le plus intéressant et surprenant. En revanche, Dussollier sombre dans le marécage d'un personnage ni fait ni à faire, qui se trouve au centre de scènes de farce indignes du plus mauvais théâtre de boulevard (le quiproquo de la VHS est d'un insondable ennui). Comme pour les derniers films d'Alain Resnais, on a du mal à donner un avis tranché sur «Coeurs», un film parfois attachant mais avec un bon demi-siècle de retard. Comme si Resnais tentait de faire au 21ème siècle tous les films «normaux» qu'il n'a pas faits dans les années 60.
 26-12-2006 The Last Show
On pourrait jouer au journaliste et gloser sur cette drôle de coincidence qui veut que le dernier film du regretté Robert Altman ait pour titre «The last show» et se termine par une image de la Mort qui vient emmener un personnage. Film-testament? Non. Car The last show n'est que le titre 'français' du mieux nommé A prairie home companion ; et car Altman n'a pas signé le scénario. Pourtant, en regardant «The last show», on ne peut s'empêcher de se dire qu'il s'agit là de l'adieu d'un grand cinéaste, un raconteur d'histoires ironique et brillant ayant toujours su rebondir entre deux mauvais films (à ce titre, mieux vaut oublier «The gingerbread man» ou «Company»). Car «The last show» est le récit d'une fin, d'une sorte de mort intérieure, celle d'une troupe de ménestrels radiophoniques qui jouent ce soir leur dernier spectacle avant que les promoteurs immobiliers ne viennent tout rafler. Ici, le regard d'Altman se fait plus tendre que cynique : cet adieu à un public ne sera ni l'occasion de règlements de compte internes ni l'origine d'une lutte quelconque pour que l'émission ne meure pas. Simplement, avec pudeur et émotion, il retrace une dernière soirée où l'on tente de masquer la tristesse derrière la chaleur des voix. Les personnages sont très attachants (notamment le duo de cowboys fringants et salaces, Woody Harrelson et John C. Reilly), la musique country est bonne, la nostalgie douillette. «The last show» est une délicieuse émission de radio, bien filmée qui plus est (Altman n'a pas son pareil pour faire vivre un plan à l'aide de mouvements de caméra quasi imperceptibles). Mais pas plus. On a connu monsieur A. plus inspiré dans sa façon de mêler les trajectoires de ses personnages ; ici, elles semblent un peu trop rectilignes et désespérément parallèles. On attend des rencontres qui n'auront pas lieu, des duels verbaux, un peu plus de matière. Mais non : «The last show» est simplement un formidable moment de nostalgie qui fiche d'autant plus les boules que son metteur en scène est parti. Espérons que son départ ait été doux, la main dans celle de Virginia Madsen.
 26-12-2006 Red Road
De nos jours, en Écosse. Les quartiers résidentiels se suivent et se ressemblent, gris, crasseux, plus glauques que glauques. Mais les citoyens peuvent dormir tranquilles : leur ville est équipée d'un système de vidéo-surveillance que George Orwell n'aurait pas renié. Chaque fait, chaque geste, et donc chaque délit potentiel est guetté, fliqué, et empêché. On n'est pas dans «The end of violence» ni dans «Minority repor», mais dans «Red road», premier film malin d'Andrea Arnold. Passant ses journées derrière des écrans de contrôle à traquer les délinquants, l'héroïne du film est une jeune femme angoissée et solitaire, qui se met à espionner un ex-taulard apparemment à la source de ses malheurs. La bonne surprise du film, c'est qu'un tel matériau de départ ne mène ni vers un thriller à base de voyeurisme et de paranoia ni vers un énième pamphlet tentant de marcher sur les traces d'Orwell. Non, Red road est un drame poignant et pudique porté par un personnage de femme original et bien dessiné. On ne tarde pas à connaître les raisons qui font que Jackie en veut à l'homme qui l'obsède. L'essentiel est ailleurs : parler de culpabilité, de remords et de mort sans discours verbeux ni démonstration bien carrée. Excellemment mis en scène, «Red road» pose des questions dérangeantes sans tenter d'apporter des réponses satisfaisantes : peut-on réduire une vie à dix minutes d'égarement? Faire justice soi-même peut-il être une solution? On ne sait pas, et c'est de la que naît le malaise. Outre cette réflexion profonde et bien traitée, «Red road» offre également quelques moments de grand cinéma, notamment une scène de sexe assez crue mais dont le traitement est totalement justifié. Et si l'on peut légitimement émettre quelques regrets (l'abandon quasi total de la vidéo-surveillance dans la deuxième partie du film, et une fin un peu trop effacée), le film d'Andrea Arnold reste cependant une vraie curiosité à découvrir, d'autant qu'il s'agit du premier volet d'une trilogie basée sur les mêmes personnages, avec un scénariste unique mais trois réalisateurs différents.
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