La vie d'une autre, la bande annonce

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Rob
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Ses critiques de films
 20-04-2009 Humains
On ne peut pas blâmer Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin pour leurs patronymes (seuls les parents sont à incriminer). En revanche, ils sont les seuls et uniques responsables de ce splendide cadeau qu'est Humains, ultime crucifixion du film de genre made in France, nanar absolu créant une hilarité communicative chez chacun de ses spectateurs. Ce n'est pas joli joli de tirer sur une ambulance, mais c'est presque un devoir, pour le bien du cinéma français et pour la santé mentale de ses deux réalisateurs, que de chanter une bonne fois pour toutes la nullité absolue de ce film où rien, absolument rien n'est à sauver - allez, on préservera la petite Manon Tournier, qui échappe à peu près à l'épidémie de ridicule frappant le reste du casting. Humains est malheureusement le genre de film dont on devine la destinée dès le premier plan : droit dans le mur. Sauf qu'on n'imagine pas encore à quel point. La première moitié du film est en effet sacrément mauvaise pour tout un tas de raisons, mais c'est la révélation médiane et tout ce qui suivra qui en scelleront définitivement le destin. Il est malheureusement impossible de trop en dire, sous peine de dévoiler ce rebondissement grandiose qui fait d'Humains ce qu'il est, soit un monument de plaisir coupable et de rires sous cape. Disons juste que rarement des sommets de grotesque auront été atteints de façon aussi éhontée. Plus le film avance et plus il ressemble à une parodie, alors qu'il se prend au contraire de plus en plus au sérieux, abandonnant progressivement les traits d'humour nazes mais régénérants qui le ponctuaient jusqu'alors. Même sans ce coup de génie scénaristique, Humains aurait de toute façon connu le même sort. JOM & POT viennent des effets spéciaux, ce qui n'en fait ni des techniciens ni des artistes. La mise en scène est purement calamiteuse, avec ses plans approximatifs, son montage poussif et ses dizaines de fautes de raccord. Comme si le manque de moyens excusait l'absence d'un semblant de découpage des séquences. Résultat : les scènes d'action (l'inénarrable accident de voiture, la traversée d'un torrent tout miteux à l'aide d'une corde, ou les courses-poursuites de fin de film) ressemblent à un condensé de ce qu'il convient de ne pas faire lorsqu'on est un réalisateur qui se respecte. Simpliste, le scénario atomise les quelques belles idées qui ont dû motiver son écriture, la construction du film se résumant au final à une première partie mortellement ennuyeuse et d'une seconde moitié ahurissante de n'importe quoi. Les acteurs semblent se demander ce qu'ils font là, n'étant jamais aussi convaincants que lorsque leurs personnages ont à exprimer leur lassitude et leur fatigue. Ils sont tous archi mauvais, à commencer par Lorànt Deutsch en Indiana Jones frenchie et surtout Sara Forestier en apprentie anthropologue (ouais, et moi je suis Michel Ciment). Possiblement excellent quand il est dompté, Dominique Pinon exprime par son cabotinage incessant la situation de totale roue libre vécue par des acteurs complètement paumés, mais qui s'escriment visiblement à mériter leur cachet. On ne peut pas continuer à critiquer Humains très longtemps sans en dire plus qu'il n'en faut ; il faut simplement savoir que c'est un film à voir à plusieurs, pour vivre un moment de rare communion et alimenter des heures et des heures de conversation sur ce spectacle en toc, ahurissant de bêtise, aussi pathétique que mal foutu, qui ménage son lot de scènes hilarantes. Le film d'aventure français (mais en est-ce vraiment un ?) n'en sort en tout cas pas grandi.
 08-05-2008 Andalucia
Yacine est un type complètement décalé, pouvant sembler hors la vie alors qu'il est en plein dedans. Yacine refuse les attaches, malmène les codes, réinvente sans cesse son propre bonheur. Yacine, c'est LE personnage d'Andalucia, parfaitement à l'image d'un film qui, de toute façon, ne repose que sur lui. Le cinéma d'Alain Gomis refuse toute linéarité, allant même jusqu'à renier la notion de scénario. Andalucia, c'est un panaché d'impressions et d'expressions, un empilage de jolies boîtes de conserve avec lesquelle le cinéaste joue au chamboule-tout. Un trip sans égal, qui pourra laisser sceptique mais emportera avec lui les rêveurs et les voyageurs d'intérieur. Le film est une succession de petits moments dont la magie n'est pas toujours explicable. Des instants précieux, sous leur apparence anecdotique. Un dribble génial de Pelé. Des enfants qui peignent avec leur corps. Le visage d'une acrobate. Et un voyage à Tolède. Gomis ne nous dit pas comment apprécier ces images-là, nous les présentant de la façon la plus simple qui soit, pour nous laisser faire notre propre travail de digestion. Et c'est souvent beau. D'autant qu'à travers ces fragments, il dresse le portrait de ce formidable Yacine, ce que l'on peut appeler avec sens un personnage. Même s'il cède çà et là à la facilité ou s'il relâche un peu trop son emprise en milieu de métrage, Andalucia séduit, nous emportant une dernière fois au gré d'un périple espagnol beau à se damner.
 08-05-2008 Deux jours à tuer
Antoine a tout pour être heureux. Une belle femme qui l'aime, deux enfants adorables, un travail qui rapporte, une belle et grande maison. Mais attention, Antoine est un gros rebelle, et il va dire merde à son job, merde à sa famille, merde à ses amis. Pour aller pêcher à la mouche et se retrouver un peu avec lui-même, merde quoi c'est vrai. Deux jours à tuer est donc une sorte d'Into the wild version béret-baguette, un monument de subversion pour personnes du quatrième âge, un surréaliste navet faisant passer les précédents films de Jean Becker (soit que des publicités géantes pour Saint-Morêt, et souvent même pire) pour de puissants chefs d'oeuvre. Tout y est détestable, sauf ce que Becker voudrait faire passer pour détestable. Tout y est laid, con, creux, puant, à tel point que même le plus méchant des méchants critiques ne pourrait pas rendre hommage à ce film à sa juste valeur. Ça avait évidemment très peu de chances d'être bon : Jean Becker est sans doute le plus mauvais cinéaste français en activité, voire même le plus dangereux, nourrissant régulièrement les foules d'atmosphères rances et nostalgiques, très travail-famille-patrie, et d'odes à la France qui se lève tôt et ne se plaint pas. On devine qu'il a envisagé Deux jours à tuer comme un contrepied géant, une sorte de doigt d'honneur au monde, une grosse tarte à la crème bien dérangeante tout droit dans le nez des bien-pensants. D'où l'idée lumineuse d'engager Albert Dupontel, acteur-réalisateur autrefois fréquentable, et qui passe désormais son temps à gâcher son talent et à apprendre aux gens (derrière la caméra, sur les plateaux télé et ailleurs) ce qu'est la vraie vie et comment il faut vivre. Cet insupportable donneur de leçons livre une prestation en tous points conforme à ce que souhaitait Becker : ouh qu'il est vulgaire, ouh qu'il est méchant, même qu'il maltraite les femmes et méprise ses enfants (heureusement il est gentil avec les chiens). Qu'on ne s'inquiète pas, la rédemption arrivera bien assez tôt, au terme d'un film heureusement assez court (mais déjà trop long). "Ça commence comme un Sautet qui dérape et ça continue comme un Becker au mieux de sa forme" : c'est Dupontel qui le dit, au gré d'innombrables séances de promotion et de prêchi-prêcha sur nos vies de con. Il faut vraiment ne rien avoir compris au cinéma pour pouvoir affirmer cela haut et fort et sans honte. Le "dérapage" évoqué par Dupontel atteindra son climax avec une longue scène de dîner au cours de laquelle Becker, se prenant pour Haneke, tentera d'aller toujours plus loin dans le malaise. En fait, c'est plutôt à une exploration du potentiel de consternation du spectateur que se livre le pseudo-cinéaste : mais jusqu'où ira-t-il dans le pathétique, les réflexions creuses, la provoc à deux balles ? Loin, très loin. Le pire, c'est que le dernier quart d'heure du film (très différent mais aussi mauvais, formant un ensemble bien homogène avec la première partie) semblera justifier ce ramassis de conneries auprès des plus influençables. Alors que rien, mais alors rien, ne peut justifier un tel film. Sauf une envie de relancer ces si jolies idées que sont le poujadisme, le retour aux vraies valeurs et autres leitmotivs de Philippe de Villiers et Alain Madelin. Dommage que les notes négatives n'existent pas.
 08-05-2008 Délivrez-nous du mal
Bien entendu, tous les prêtres ne sont pas d'affreux pédophiles, mais la proportion est telle qu'il devient difficile de parler de brebis galeuses alors que les abus sexuels initiés par des curés sont légion. Comme si certains n'avaient pas bien compris ce qu'est un prêtre défroqué. Délivrez-nous du mal est un documentaire édifiant, parlant de ces abus-là et de leur gestion proprement scandaleuse par une Église surtout soucieuse de préserver son image (et quelle image). La réalisatrice Amy Berg se base sur l'histoire du père Oliver O'Grady, coupable de nombreuses exactions sur des paroissiens jeunes et moins jeunes, et dont les délits ont été consciencieusement passés sous silence par les autorités religieuses, qui se sont contentées de s'assurer du silence des victimes et de déplacer le maniaque sexuel à quelques paroisses de là, lui permettant de prendre à nouveau ses aises et de recommencer à l'envi. Ayant réussi à faire témoigner le prêtre en question ainsi que bon nombre de victimes, Berg livre un film édifiant, aussi calme que rageur, démontant sans excès les aberrations d'un tel système. Délivrez-nous du mal donne envie de se révolter contre cette institution si faux-cul qu'elle préfère protéger des détraqués plutôt que de sauver des gosses. Il n'y avait évidemment pas besoin d'en rajouter pour que le message passe ; pourtant, il semble manquer à Délivrez-nous du mal un semblant d'esprit, un ou deux partis pris qui auraient permis de le rendre moins lisse et plus mémorable. L'émouvante folie du beau et terrifiant Jesus camp, par exemple. Le problème de Délivrez-nous du mal, c'est qu'il raconte une histoire si répétitive (O'Grady agit mal / ses victimes prennent la parole / O'Grady est muté à quelques kilomètres de là / et on recommence...) et avec un tel classicisme qu'il finit par devenir lui-même un tantinet routinier, échouant aux frontières de l'ennui. Heureusement que le sujet était suffisamment fort pour donner envie de s'y accrocher jusqu'au bout...
 08-05-2008 15 ans et demi
Pour leur premier film sans Michaël Youn, Thomas Sorriaux et François Desagnat se sont lancés dans un pari pas trop compliqué : la comédie père-fille, dont un ancêtre pourrait être La boum et un petit frère le récent Tel père, telle fille. 15 ans et demi trouve parfaitement sa place entre les deux, même si ce n'est pas l'originalité qui l'étouffe. Desagnat et Sorriaux mettent en scène les retrouvailles d'un célèbres biochimiste, provisoirement revenu de Boston où il a fait sa vie, et de sa fille de quinze ans (le "et demi" sert surtout à faire sonner un peu le titre, qui remplace le Ma fille a quinze ans d'origine). On connaît la suite : les habitudes de l'ado sont perturbées par l'irruption de ce père trop souvent absent, les clashs se multiplient jusqu'à la rupture, avant qu'enfin l'harmonie se fasse et que tout le monde rattrape le temps perdu. L'intérêt d'un tel film ne réside évidemment pas dans les rebonds prévisibles de son scénario, mais davantage dans le traitement et l'interprétation. Et si le résultat est à moitié convaincant, c'est justement parce que ces deux points sont loin d'être parfaits. Certaines idées, comme la matérialisation d'Albert Einstein en ami imaginaire du personnage d'Auteuil, sont assez vaseuses : cela se traduit à l'image par un paquet de scènes complètement nazes, rendues encore plus désastreuses par la prestation pathétiquissime de François Berléand. Et bien qu'un peu plus agréables, les vignettes dans lesquelles le papa dépassé s'imagine en héros de cinéma (de Barry Lyndon à James Stewart) manquent souvent leur cible. Heureusement, il y a Auteuil, qui avait rarement été aussi juste dans la comédie (seules quelques scènes, comme celles de l'électrocution, ne peuvent même pas être sauvées par sa prestation). Et cette charmante Juliette Lamboley, très mimi et assez convaincante, même si trop lisse pour arriver à la cheville d'une certaine Juno. Et un François Damiens assez savoureux, même si moins belge (et donc moins drôle) que d'habitude. En revanche, comme Berléand, Julie Ferrier et Alain Chabat passent totalement à côté de leurs personnages et donnent l'impression de vivre un grand moment de solitude. Forcément, pour un film dont la sympathie doit être le principal atout, c'est un peu moche. Heureusement, le film a tendance à se bonifier au fur et à mesure, à tel point que l'on finit par se prendre gentiment au jeu et par oublier cette mise en scène d'une laideur sans nom. Cela survenant un peu trop tard, 15 ans et demi restera comme l'un de ces films qui se terminent là où on aurait adoré qu'ils commencent.
 08-05-2008 Ploy
Pen-ek Ratanaruang est un cinéaste bien singulier. Qui d'autre que lui pouvait nous offrir ce Ploy cotonneux et érotique, un petit moment de douceur comme on nous en offre si rarement ? Clairement, personne. Après l'excellent Last life in the universe et un Vagues invisibles paraît-il très recommandable, le Thaïlandais frappe fort. Encore. Ça n'a pourtant l'air de rien : dans le bar d'un hôtel, un homme rencontre une jeune femme de bientôt 19 ans, Ploy, et lui propose de monter dans sa chambre faire un brin de toilette. Je sais ce que vous pensez. Mais non. Ploy monte dans la chambre, et y reste. C'est tout. Tout cela sous le regard inquiet et jaloux de la femme du type, dont on ne sait jamais vraiment s'il est simplement bienveillant ou s'il rêve de se faire une jeunette. On passera une heure et demie ou presque dans cette chambre d'hôtel, rien qu'avec ces trois personnages, qui vont se tourner autour, se jauger, s'affronter sans rien se dire. La tension sexuelle est permanente. L'érotisme est là. Surtout lorsque Ratanaruang se met à filmer les ébats silencieux d'un autre client de l'hôtel et d'une femme de chambre. Rarement le sexe aura été aussi beau, d'une douceur exquise et ravageuse, comme un tableau d'Edward Hopper. C'est à peu près tout : Ploy est typiquement le genre de film qui se déguste mais ne se raconte pas. On a du mal à croire qu'un réalisateur puisse construire un long-métrage sur aussi peu (en apparence du moins) sans ennuyer le monde. C'est pourtant ce qui se produit. Mené par une jeune comédienne lunaire, belle est mystérieuse (elle se nomme Apinya Sakuljaroensuk, pour info), Ploy est une petite merveille, séduisante, touchante, et juste assez moite pour satisfaire tout le monde.
 08-05-2008 The Dead Girl
Qui dit film indépendant et casting foisonnant dit grosse curiosité, puisque autant de bons acteurs dans un si "petit" film ne peut qu'être une bonne nouvelle. D'où une certaine déception devant The dead girl, drame en cinq actes indépendants qui commence plutôt bien avant de s'effondrer en cours de route. Le principe est simple : raconter l'histoire de cinq femmes liées de près ou de loin à la découverte du cadavre d'une jeune femme dans un champ. Cela commence par l'étrangère qui découvre le corps, et se terminera par la description des dernières heures de la victime. Cinq histoires liées à un même fait divers, mais racontées séparément, comme cinq courts-métrages juxtaposés. Une idée qui a déjà fait ses preuves par le passé, à condition de disposer d'un solide canevas polardeux ou d'histoires vraiment passionnantes. Le problème de Karen Moncrieff, c'est qu'on la sent très nettement perdre son inspiration à mesure que les scènes s'enchaînent. Ainsi, le premier segment (avec Toni Collete et Giovanni Ribisi) est le meilleur, et la qualité décroît ensuite de façon régulière. À tel point que les deux dernières parties tombent dans le sentimentalisme et le schématisme. Dommage : la mise en scène efficace est une direction d'acteurs irréprochable aurait pu permettre au film d'atteindre des sommets. Ça aurait sans doute été le cas si The dead girl avait été à l'unisson de son premier segment, histoire sordide et glaçante mais traitée avec une grande justesse par une artiste dont on devine sans peine qu'elle possède un grand talent de portraitiste. Lui reste désormais à consolider son sens de l'intrigue et à ne pas se laisser emporter par ses travers larmoyants. On peut y croire.
 24-03-2008 Il y a longtemps que je t'aime
Dramatique. C'est l'adjectif parfait pour décrire Il y a longtemps que je t'aime, première réalisation de Philippe Claudel, écrivain paraît-il fréquentable. Évitons toute incompréhension : le drame, c'est le film lui-même, condensé de ce que le cinéma français peut faire de pire. Un mélodrame pachydermique et faussement digne, qui tente de dissimuler sous des dessous auteuristes ses envies de terrorisme émotionnel. Il y a longtemps que je t'aime raconte les retrouvailles de deux soeurs, dont l'une vient de passer quinze ans en prison suite à un drame un peu mystérieux et forcément sordide. On n'en parlera clairement qu'en toute fin de film, Claudel ayant auparavant déroulé un suspense putassier et un flot ininterrompu de stéréotypes. Quand un auteur souhaite jouer avec les non-dits, et les silences qui en disent long, il a intérêt à savoir s'y prendre. Ici, même l'implicite nous est asséné avec un manque de finesse qu'on croyait réservé aux téléfilms de nos pires chaînes hertziennes. Chaque phrase, chaque virgule est surlignée dix fois au fluo, et si les personnages ne disent rien, ils le disent avec un constant air de chien battu. Le moindre sous-entendu est répété dix fois pour être bien sûr que la ménagère de plus ou moins cinquante ans comprenne de quoi il retourne, et l'on a l'impression à chaque fin de scène d'entendre Claudel murmurer «vous voyez ce que je veux dire» pour bien insister sur l'aspect sursignifiant de ses dialogues. Voilà un film qui, non content d'être terriblement ennuyeux (putain, deux heures), ne recule devant rien pour appâter le chaland. Il y a là-dedans un côté café du commerce qui met un peu plus en valeur la démagogie et le populisme de l'ensemble. La télévision, le foot, l'Irak, tous les thèmes un peu à la mode y passeront à un moment ou à un autre, et l'on s'étonne de ne rien entendre concernant la tektonik ou le mariage de l'omniprésident. Mais les thèmes majeurs du film sont plutôt à chercher du côté de la culpabilité, de la perte, de l'enfermement. Avec cette phrase qui résume tout, façon Hélène Segara : «la pire des prisons, c'est la mort d'un enfant». On en rirait presque si ce n'était asséné par une Kristin Scott-Thomas aussi épouvantable qu'elle a pu être brillante ailleurs, et plus mal filmée que jamais. Claudel multiplie les angles inutiles et les gros plans bien appuyés pour faire apparaître les comédons des personnages, et les révéler ainsi sous leur jour le plus cruellement humain. La connerie de ce film n'a pas de limites, ne cessant de croître de scène en scène, pour aller culminer lors de cette ultime scène de confession, où il s'avère évidemment que tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil. Finesse, courage, matière, style : autant de mots qui flottent à mille lieues d'un film qui rappelle l'infâme Voleur de vie d'Yves Angelo. Dramatique.
 24-03-2008 Le Nouveau protocole
Il y a 9 ans, Thomas Vincent réalisait son premier long, l'excellent Karnaval, qui révélait Clovis Cornillac à la carrière jusque-là confidentielle. Depuis, l'acteur a explosé, même si le bilan comptable est plus impressionnant que la réussite artistique. Trente films en moins de dix ans, c'est beaucoup, à tel point que Cornillac, malgré ses qualités indéniables, a fini par engendrer un certain dégoût chez les cinéphages. S'il n'est pas certain que ses retrouvailles avec Vincent stoppent son insupportable boulimie filmique, Le nouveau protocole vient en tout cas rappeler que Cornillac fut d'abord un excellent acteur avant de sombrer dans une caricature de lui-même. Son rôle de Raoul Kraft est à peu de choses près ce qu'il a fait de mieux depuis... Karnaval. À croire que Thomas Vincent est l'un des seuls metteurs en scène à savoir canaliser l'acteur et à en tirer le meilleur. Aux côtés d'une Marie-Josée Croze aussi irréprochable que lui, Cornillac est l'un des piliers de la franche réussite que constitue ce Nouveau protocole. Malgré le talent certain de Vincent, il y avait de quoi craindre ce petit frère frenchie des nombreux films américains à avoir tenté de démonter les grands systèmes économiques qui régissent et pourrissent le monde. De par son thème (les ravages de l'industrie pharmaceutique), le film fait particulièrement penser à The constant gardener. Mais le scénario d'Eric Besnard exploite des horizons plus réalistes, préférant dénoncer par le biais du polar plutôt que de livrer un simple pamphlet qui aurait difficilement supporté la comparaison. Le thriller est efficace, tout comme le propos, qui évite globalement le manichéisme et l'angélisme. Si plein de questions se posent à Raoul Kraft suite à la mort étrange de son fiston, s'il trouvera effectivement quelques clés, c'est néanmoins le doute qui finira par l'emporter. C'est à coup sûr le plus beau message délivré par un film qui refuse de livrer des réponses qu'il n'a pas. Ce scénario habile et équilibré est parfaitement mis en valeur par le travail de Thomas Vincent, qui confirme ses dispositions de directeur d'acteurs ainsi que son aptitude à créer une atmosphère à partir de rien. Rythmé, musclé, intelligent, Le nouveau protocole a tout d'un film à l'américaine, sans pour autant perdre sa propre identité et sombrer dans la simple copie de ses modèles US. Il serait dommage de se priver de ce spectacle sombre et dense qui pourrait bien ouvrir la voie à toute une génération de réalisateurs français.
 24-03-2008 Angles d'attaque
Un réalisateur irlandais à la réputation discrète mais élogieuse. Un casting foisonnant sans être tape-à-l'oeil. Une histoire mêlant JFK et Rashomon. Angles d'attaque sentait bon le thriller retors et captivant, le genre de film à grand spectacle capable d'attirer également les spectateurs en quête de sens. Malheureusement, le film de Pete Travis ne fait illusion que l'espace de dix minutes, ce qui laisse à peine le temps d'être alléché par le récit des évènements sous le point de vue d'une réalisatrice d'émission TV (Sigourney Weaver), qui ne comprend rien malgré la multitude des images qui s'offrent à elle. Dès le passage au point de vue suivant, il devient extrêmement clair que le scénario d'Angles d'attaque n'a rien de bien malin. Pendant une bonne heure, Travis ne fera que répéter encore et encore les mêmes scènes, sans offrir de carotte aux ânes que nous sommes. Pour que la multiplication des regards présente un minimum d'intérêt, l'intrigue se doit de comporter un minimum de tiroirs ou de perversité. Là, pas grand chose, voire même rien du tout, si bien qu'aucune révélation ni piment supplémentaire ne vient transcender cette mécanique bien vide. Pourtant, on s'accroche, espérant longtemps être cueilli par une fin surprenante ou comprendre le pourquoi d'un tel traitement. Résultat : une conclusion assez gênante (morale, clichés en pagaille et une pointe de racisme bien rance), et le sentiment qu'un traitement «normal» d'une telle histoire n'aurait absolument pas permis d'en tirer un film d'une heure et demie. De plus, Travis triche avec le principe de son film, intercalant régulièrement dans les narrations subjectives et successives des bribes d'autres points de vues inutiles et hors de propos. On sort d'Angles d'attaque cruellement déçu par ce spectacle assez pauvre, qui se contente d'exploiter encore et encore la même explosion. Cela rappelle curieusement Omagh, le précédent film de Travis, qui se focalisait sur un attentat commis par l'IRA avec un incontestable brio technique avant d'aller s'enfoncer dans les ornières un peu ennuyeuses du film à tendance judiciaire. La prochaine fois, qu'il évite de se cacher derrière un nouveau rideau de fumée : ça nous permettra peut-être de voir vraiment de quel bois il est fait.
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