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| Ses critiques de films |
30-11-2009 Une affaire d'Etat |
| Statistique : selon l'ONU (septembre 2008), le marché international du trafic d'armes (donc la vente d'armes de façon illégale, le "marché gris") représente un montant juteux de 1.200 milliards de dollars à l'année. On peut lui trouver différentes motivations, comme le strict appât du gain ou la négociation de couloir... Mais on en revient au même : des industriels souvent cornaqués par des officines gouvernementales (à moins que ce ne soit l'inverse ?) aident un joli stock d'armes de poing, de fusils, de roquettes à traverser les frontières dans le plus grand secret. Le sujet est passionnant, hautement politique. Récemment encore, un très bon ouvrage ("Journal intime d'un marchand de canons", de Philippe Vasset) en faisait la radiographie, sans clichés. Tout l'inverse de ce nouveau film signé Eric Valette. Qu'il s'inspire d'un ouvrage publié et documenté n'y change rien : la "nouvelle vague" du polar français pioche dans les plus vieux pots. Amateurs de recettes éculées, réjouissez-vous, "Une affaire d'Etat" ne viendra pas perturber votre palais : les puissants y sont tous accros à l'héro et y fréquentent tous les call-girls, la jeune flic issue des banlieues est évidemment une téméraire brûle-tout aux dialogues pesants, l'homme de main a une bonne gueule de tueur russe caricaturale (Thierry Frémont, en roues libres), vous avez déjà entendu la moitié des répliques ailleurs ("Heat" dans l'appartement de Fernandez, "36 quai des orfèvres" à la BRI) et l'autre moitié ne tient pas debout (dans la chambre d'hôpital, affligeant...). C'est là qu'on se rend compte qu'un scénario n'est pas qu'un script : si les personnages sont fades, si les situations sont téléphonées, le meilleur postulat du monde n'y suffira pas. Et l'enfer scénaristique a de tous temps toujours été pavé de bonnes intentions... Filmé avec peu de moyens sans que cela soit indigent, "Une affaire d'Etat" souffre avant tout de ce statut de téléfilm amélioré. De ce côté "rassurons la ménagère et simplifions à outrance". Sur un tel thème, il est aisé de donner de l'ampleur; Valette en a d'ailleurs la tentation au moins à deux reprises, en questionnant brièvement le mécanisme médiatique de la diffusion de ces informations et en relevant la couverture associatives de nombre de ces barbouzards (où on apprend que le personnage de Dussolier donne dans la bonne oeuvre et le microcrédit... Savoureux !). Le film, s'il avait décrypté la façon dont d'obscures magouilles peuvent donner lieu à un véritable scandale politique (et humain !), aurait largement rempli sa feuille de route. En l'état, ce film est avant tout un épisode de série façon "PJ", rythmé façon télé, ficelé façon télé, programmé pour les chaînes hertziennes. Pas de quoi en faire une affaire d'Etat... |
30-11-2009 30 jours de nuit |
| Barrow, Alaska : une petite bourgade aux confins des glaces où, chaque année, un long mois d'obscurité engourdit le quotidien des habitants. De quoi sévèrement déprimer pour ceux qui ne prennent pas le dernier avion direction le sud du pays. Mais cette année, ô joie, les résidants les plus tenaces (une bonne centaine d'amateurs de "mister freeze") vont avoir droit à une animation inédite et sanguine. Quand on vous coupe tout moyen de communiquer avec l'extérieur, qu'on trucide vos chiens de garde et qu'on dézingue votre alimentation électrique, vous pouvez être sûr qu'une belle rave-party de joyeux fêtards à longues canines se prépare. "30 jours de nuit", c'est ça : un pitch qui poutre. Qu'on aime ou pas les bonnes séries B horrifiques, voir pendant 30 jours des gens tenter de survivre à une meute de vampires physiquement mieux armés, c'est une idée jouissive. Tout y est : l'ambiance, les conséquences sociologiques ("lhomme est un loup pour l'homme", "j'ai le choix entre sauver ma vieille maman ou mon jeune frangin, que faire ?", etc.), le compte à rebours haletant, le... Pardon ? Oui, j'ai bien parlé de compte à rebours haletant. Quoi ? Un vice de forme ? Impossible, on parle bien de 30 jours de nuit, soit 720 heures, 43.200 minutes de terreur ! Et impossible de piocher dans ses RTT pour abréger le cauchemar ! Pourtant, cent malheureuses minutes plus tard, on réalise que l'improbable est possible : vendre un film sur une promesse de temps qui n'est jamais exaucée. Un peu comme si on vous vendait un rasoir électrique qui ne rase pas. Là, le film est bel et bien rasoir, pour une raison simple : le temps s'y écoule n'importe comment. Impossible d'en sentir la pression, les conséquences. Ca durerait deux jours, ce serait kif kif. Du coup, passée la très belle scène de massacre collectif de la première nuit, tout retombe : angoisse, enjeux... On se concentre davantage sur ces fameux vampires "inédits" et leurs gimmicks (feulements et hurlements à la lune, regard d'obsidienne) semblent gros comme les pôles arctiques. Et la deuxième mauvaise idée d'être passée par là : au lieu de coller aux basques des survivants, le film se balade plus d'une fois aux côtés... Des prédateurs. Au revoir sentiment de huis-clos, bye bye paranoïa du pourchassé : la suggestion c'est has been, place à un angle de vue extérieur à l'action qui en coupe méthodiquement les effets. Résultat : l'ensemble tient du jeu vidéo plus que du filmm d'épouvante. Un jeu vidéo décousu (invraisemblance totale sur la tombée de la nuit, vampire mort qui réapparaît par miracle, personnes annexes qui apparaissent sans raison et disparaissent quand les scénaristes les oublient...), mollement campé par des acteurs volontaires mais mal caractérisés. Du joli pixel enneigé, où quelques scènes de bravoure tirent sur l'ambulance où les promesses non tenues se sont réfugiées. Un remake dans dix ou quinze ans se justifierait _ le fâlot Josh Hartnett aura peut-être enfin la tête de l'emploi, lui qui semble autant à sa place en sheriff du grand Nord que Sylvester Stallone en Mère Thérésa. D'ici là, honni soit qui mal y mord... |
30-11-2009 Bronson |
| Dossier psychiatrique. Cas n°1392/64. Bronson, Charles. De son vrai nom Michaël Peterson, Bronson a très tôt manifesté une violence quasi-incontrôlable contre toute forme d'autorité (enseignant, agent de la circulation...). Suite à un braquage minable, le jeune Bronson, marié trop tôt, jeune père irresponsable, part faire ses "classes de barreaux", ses premières heures de prison. Les premières d'une très longue série. D'un record d'incarcération, dont la plupart du temps en isolement. Pourquoi, comment ? Le patient l'ignore. Tout ce qu'il sait, c'est que dehors, il n'est personne. Tandis qu'en prison... Il est craint, respecté, haï. Un fauve en cage qui tire sa force de l'aversion de ses gardiens. Nous avons souhaité passer une heure et demi avec lui pour mieux le comprendre. Une expérience troublante, inédite. En sa compagnie, le traitement de l'image et du son nous est apparu de fait totalement expérimental. Les images de son précédent internement en particulier nous ont renvoyé au meilleur de Kenneth Anger... Oui, ce patient déjà jugé pour troubles ésotériques auquel on doit notamment "Lucifer rising". Des plans virtuoses s'y découpaient jusqu'au malaise, alternant le contemplatif inquiétant et les envolées violentes. En toile de fond, du classique (Puccini, Wagner...) faisant naître du conflit un étrange rayonnement intérieur. Des scènes de delirium... d'humiliation... Parfois, une certaine tendresse parvient à traverser le trouble intérieur du patient. Parfois. Il a déjà essayé de me passer à tabac 3 fois depuis le début de la séance. Au fait, il ne s'appelle ni Bronson, ni Peterson. Sa véritable identité est Tom Hardy. Un jeune acteur méconnaissable, ahurissant. Sa performance l'inscrit à seulement 32 ans dans la cour de ceux qui compteront pour les vingt prochaines années, au moins. Sauvage, imprévisible. Je l'observe depuis 90 minutes et il parvient toujours à me surprendre. Il a sa propre logique, implacable, mais elle échappe justement à toute forme de logique. Je concluerai ce rapport psychiatrique en indiquant que de par son audace formelle, sa puissance visuelle, la maestria de son interprétation et la précision de son cadre carcéral, "Bronson" mérite son achat en DVD et sa revision jusqu'à fin de la thérapie du patient. |
02-12-2008 Scoop |
| Il y a quelque chose de pourri dans la bonne société londonienne... Un an seulement après en avoir osculté les arrivistes et les dérives dans son splendide "Match Point", Woody Allen se propose cette fois-ci de nous en livrer une photographie côté jardin (buissons brillamment taillés, lac enchanteur) sur un ton nettement plus léger, badin sans doute, et même anecdotique. Et anecdotique, "Scoop" l'est. Peu de films dans la filmographie du new-yorkais le sont autant. Dans cette histoire de tueur aux tarots qui taraude la penaude (mais fort croquignolette) Scarlett Johansonn, on oeuvre dans un jeu Allenien bien connu. Il y a la vague intrigue policière à tiroirs (bonjour "Meurtre mystérieux à Manhattan"), la mort décomplexée (salut "Guerre et amour"), la confusion des identités (entre ici "Maudite Aphrodite") et le Woody bégayant qui parfois exaspère tant (... Pas tous à la fois, merci...). On aurait aimé une formule à la carte qui fasse honneur à son premier film londonien, on se retrouve avec le menu habituel, écrit petit et finalement bien loin du chelem annoncé. Scarlett est bien sûr une Reine, Jackman (qui minaude à qui mieux miex) a certainement l'allure d'un Roi mais le scénario qui les veut se faire cotôyer a lui tout du bouffon. C'est gentil, c'est aimable, on sourit parfois... Mais c'est pauvre. Très pauvre. Limite fainéant. Le film manque de garde, manque de chien, sans réelle excuse. Alors quoi ? Reprocher à cet aimable divertissement de n'être qu'une parenthèse mineure dans la filmo de son réalisateur ? On regrettera surtout qu'à trop vouloir concilier comédie et polar, Allen ne parvienne à occuper aucun des deux tableaux. Harro sur ce tarot : le spectateur peut mettre les bouts, il y a plus savoureux chez l'ami Woody. Moi en tous cas, je passe. |
07-09-2008 Hellraiser le Pacte |
| Tout vieillit. Les modes passent, les jambes ramollissent, nous comptons nos cheveux blancs et "Hellraiser" a 20 ans pile poil en cet an de grâce (?) 2008. 20 ans, le plus bel âge en théorie. Mais d'accorte donzelle laissant deviner par la silhouette de ses hanches l'entrée du paradis, il n'est point question ici : "Hellraiser" premier du nom a 20 ans, mais il sent d'ores et déjà le sapin, il est cloué, embaumé et naphtalisé. Ce n'est plus un film, c'est une relique de musée. Tout vieillit. Les brushing, les attitudes, même le jeu des acteurs : on navigue bien plus près du clip mythique de Patti Guesch (Etienne Etienne Etienne, tiens-le bien !) que des standards de l'horreur. Photo vaporeuse et approximative, angles de caméra poseurs et un certain sens du dérisoire dans les répliques toutes moins crédibles les unes que les autres, le film réussit l'exploit de ressembler aux soap opéra à succès qu'étaient "Les feux de l'amour" ou "Dynasty". On lui prête un parfum sulfureux, il ne sent que la vieille eau de cologne. On lui loue des vertus perverses (l'enfer en cuir et clous, l'absence de morale, le "gore" adulte, comme si le style n'avait jamais avant quitté l'adolescence) et on se retrouve avec une bouillie d'imagerie toc en location au kilo. "Hellraiser" ne soulève rien, ni l'enfer ni l'intérêt. A qui la faute ? Au temps qui passe ? Ou plus certainement à son démiurge, l'auteur/réalisateur/c'est-pas-l'tout-mais-t'as-vu-l'heure Clive Barker, qui de toute évidence a sur son oeuvre un regard émerveillé et autosatisfait. Très convaincu de son talent d'auteur de romans à succès, il nous le lance dès les premières images : il va ridiculiser Stephen King, renvoyer Lovecraft au placard, bref après lui Satan sera tout juste bon à jouer au caps avec des bouteilles de cacolac consignées. Pari foiré dans les grandes largeurs, cher Claïve : le sérieux du film en devient presque parodique. Tes plans de Chirico de bazar, ton décorum monté en kit par Kinder surprise et ton joli gogo démoniaque en pelote d'épingles sont restés à la porte du XXIème siècle et le réveillon bat son plein sans toi. Des "Hellraiser", il y en a eu 8, avec des noms qu'on jurerait tirés d'une mauvaise playlist de Slayer, et ils sortent depuis presque 20 ans en direct to video. Quant à ton Pinehead, il ne vaut plus un clou, même au mont de piété. O tempora o mores, je vous le dis : tout vieillit... |
07-09-2008 Bonjour l'angoisse |
| Cette petite entreprise ne connaît pas la crise... Mais ça pourrait ne pas tarder à arriver. Bienvenue dans l'univers plantes vertes - couloirs halogènes d'une entreprise de systèmes de sécurité dans laquelle surnage péniblement Michaud, alias Michel Serrault. Michaud ? Un poids mort, placardisé au fin fond du bâtiment dans une zone en réfection, qui agace par sa maladresse, par sa couardise et par sa totale absence de charisme. Michaud, c'est ce salarié type qui peut vous côtoyer pendant 30 ans sans que jamais vous ne vous rendiez compte qu'il existe. Et pourtant, c'est ce même brave type qui découvre, au détour d'un braquage, que les cadres de son entreprise ne sont peut-être pas tous blanc-bleu. Lui même est presque viré, mais ses reflets ne l'entendent pas de cette manière. Car oui : face à une glace, Michaud se découvre un double phantasmé qui a furieusement envie de passer à l'action... Osera-t-il devenir un redresseur de torts ? Bonjour l'angoisse ! "Bonjour l'angoisse", le film, marquait le retour éphémère à la réalisation de Pierre Tchernia. Un retour sans réelle suite, à regrets... Car si son cinéma doucement suranné nous renvoie généralement à celui d'un Yves Robert, il s'offre ici un cadre plus délirant, plus riche, aidé en cela par un Gotlib co-adaptateur qui fait transpirer un parfait de rubrique-à-brac dans ce bric à braques. Le scénario offre ainsi des digressions jouissives, projetant un Serrault survolté dans d'héroïques scénettes où le paisible salarié devient matador intrépide... Du bel ouvrage, bien tenu par un casting hétéroclite où Arditi et Bacri jouent leur partition sans fausse note. Comédie alerte quoique inoffensive maquillée en faux polar, blindée jusqu'à la gueule de jeux de miroirs et de doubles qui finissent par dessiner une cartographie "Securit" du personnage de Serrault, "Bonjour l'angoisse" ne figure sur ancun Panthéon du septième art, n'est sans doute le film culte de personne et n'a glané aucune récompense, sa présence à un quelconque festival n'ayant d'ailleurs jamais été avérée. C'est simplement un film charmant et inventif qui se fond dans la masse, à l'image de son héros. Un film anonyme qui déploie des trésors de vertus. Ce cinéma-là, quoiqu'on en dise, ne connaîtra jamais la crise. Et pendant que Monsieur rêve d'héroïsme, Madame rêve d'artifices... |
07-09-2008 Dans la peau de John Malkovich |
| Une fois n'est pas coutume sur un site de cinéma, nous allons parler de poésie. Pour être plus précis, nous allons tenter de débrouiller l'écheveau de ce qui reste une des plus belles et percutantes énigmes du 7ème art : "Dans la peau de John Malkovitch". Mais si, vous savez bien, celui qui jouait le voleur de bijoux, là... Charismatique, visage noble mais pas forcément engageant, tendance sans cheveux, bref John Malkovitch tel qu'en lui-même puisqu'il se joue ici, et plutôt quinze fois qu'une. Mais qui est Malkovitch ? Si vous pouviez entrer dans son crâne par la petite porte du 7ème étage et demi d'un étrange immeuble, naviguer entre son ça, son moi et son surmoi, qu'y découvriez-vous ? Un marionnettiste génial, ça vit de quoi ? Et ce singe, pourquoi il râle ? Décapant, délirant, sidérant et plein d'autres épithètes terminant par "ant" : DLPDJM (vive les acronymes façon NASA pour parler plus vite des films au titre interminable) est la première coproduction Spike Jonze / Charlie Kaufmann, le premier étant à la réalisation et le second au scénario. Pourquoi citer le scénariste, généralement rangé au fond d'un placard, besogneux gagne-petit condamné à regarder tomber les miettes de la gloire sous le paillasson de son anonymat ? Parce qu'un film comme celui-ci est davantage un film de scénariste qu'un film de cinéaste. Et ce, bien que la "touche Jonze" apporte une patine inédite, à base de plans bien tordus (le flashback dans le cerveau du singe) et d'apparitions follement chtarbées (l'ego de Malkovitch... Dantesque). Toutes ces images folles, parfois d'une grande élégance et toujours imaginatives, sont issues des deux hémisphères les plus court-circuités du marché du cerveau : ceux de Kaufman, par ailleurs également responsable d'un "Eternal sunshine of the spotless mind" (wouaaaaah, dit le Fox) ou d'un "Adaptation" (ah... Bougonne le Fox). En voici un ne peut quitter le divan de son psy qu'en fignolant ses scenarii... Il en ressort une terrible allégorie sur l'image de soi, la peur de vieillir et ce qu'on projette de soi quand on aime autrui, des thématiques terriblement adultes pour un film faussement léger. Bien sûr, le spectacle n'existe pas sans son divin John (crâne pas, t'es chauve) Malkovitch. Il n'existe pas non plus sans les diversement méconnaissables John Cusack (ambigu à souhaits), Catherine Keener (vénéneuse) et Cameron Diaz (anti-glamour !). Il n'existe pas davantage sans l'extrême pertinence de son montage, l'un des mieux foutus de ces 10 dernières années. Et tout ça mis à part, il n'est rien sans sa poésie... Eh oui, on y revient, cette délicate mélodie qui vous bouffe dès le début (le spectacle de marionnettes), vous taquine parfois au vol et finit par vous faire rendre gorge (et larmes, je confesse) lors d'un finish brisé par la mélancolie... Une fin qui se veut à la fois ouverte et terriblement noire. Le spectacle est fini, les rideaux se referment, quelque part une main range les pantins et leurs ficelles. Une enfant innocente nage dans une piscine. Le poète a gagné la partie. Le coeur a ses raisons qu'un film déraisonnable ne connaît point. |
01-09-2008 Phantasm |
| Petit test de popularité, à pratiquer sans modération : faites l’acquisition du coffret zone 2 en forme de sphère de la série des « Phantasm », pièces d’épouvante bricolées par le sympathique et systématiquement fauché Don Coscarelli, et déclarez à vos proches « Je viens de recevoir la boule avec l’intégrale des Phantasm ». Selon vous, quelle sera leur réaction ? Conviction que vous êtes un afficionado du cinéma bis prêt à investir quelques roubles dans une de ses descendances les plus séduisantes, ou certitude que vous êtes un vicelard amateur de cinéma X qui vient de se ruer sur un collector testiculaire de chair à canon anatomique ? Le drame de « Phantasm », c’est celui-là : d’être le « classique » des films d’horreur le moins connu, la saga la moins populaire, d’être le grenier poussiéreux de l’épouvante. Tout dans le premier volet vous hurle ses lacunes : cela a été filmé avec le budget laverie de madame Coscarelli, le scénario emprunte plus au trip sous ecstasy qu’à la narration façon Victor Hugo, les dialogues ont été écrits avec un jeu de boggle et envoyés aux acteurs par scan puis par fax… Et malgré tout ça, penchez-vous sur le sujet, vous pourriez bien être agréablement surpris. Car « Phantasm » n’est rien de moins que le cousin américain putatif du « Suspiria » d’Argento : même goût pour le non-sens narratif, même atmosphère visuelle (moins surexposée ici, mais si la crypte ne vous rappelle pas l’académie de danse de Susy Banner c’est à désespérer), même verve musicale (du Goblins bis revisité à la sauce Carpenter), même goût pour les questions sans réponses… Avec ici en prime une très intéressante relation fusionnelle frère/frère qui confine au malsain et donne au héros adolescent un arrière-goût de psychopathe en herbe qui ne gâche rien. A bientôt 30 ans, le film accuse bien sûr quelques rides. Plus que la qualité de son épiderme, ce serait d’ailleurs du côté de ses brushing ou de sa garde-robe que le spectateur risque de lorgner en rigolant sous cape. Qu’il rit, celui-là, qu’il rit… Et qu’il me dise en quoi Freddy Krueger, Jason « Don’t Vorries, be happy » ou Michael Myers méritent d’avantage leur statut d’inébranlables croque-mitaines que le « Tall man » de cette saga funéraire où les boules les plus acérées ne sortent pas de chez Dorcel Productions. Car « Phantasm », avec tous ses défauts et son attirail kitch, reste infiniment plus attachants que les sanguinolentes pitreries dont le « Horriblewood » moderne nous abreuve à satiété. Du travail d’artisan, tout simplement… |
01-09-2008 Polyester |
| Très chère madame ! Votre mari vous trompe, vous traîne dans la boue ? Votre fils se drogue et développe une obsession malsaine envers les pieds écrasés ? Votre fille se fait mettre en cloque par tous les loulous du quartier ? Vous buvez, peut-être ? Bonne nouvelle : si en plus vous êtes un travesti capable dans une vie antérieure de manger une crotte de chien encore fumante, vous êtes prête pour le prochain casting de John Waters ! John qui ? Waters, voyons; et vous feriez bien de vous méfier de l'eau qui dort... Car chez le ravagé de Baltimore, on se complait dans la démesure. Prenez « Polyester », dont je viens de vous tracer le scénario à grands traits : l'implosion de la famille américaine modèle avec délire religieux trash en prime aurait pu se suffir à elle-même. Par pour ce cher Waters, qui ne tourne pas qu'à l'eau férigineuse : en bon fétichiste de l'absurde, il a pondu son film en odorama. Paraît-il. En clair, vous prenez une carte de pastilles à gratter, vous dégainez l'ongle et vous sniffez le résultat à intervalles réguliers et numérotés. A ce stade de la critique, soyons honnête avec le procédé : qu'on vous demande de sentir un bouquet de roses, une vieille paire de basket ou une bonne grosse merde fumante, le résultat sera le même, vous aurez juste droit à un vague relent d'effluve chimique rappelant d'assez près la colle industrielle de la sympathique usine seveso qui bourgeonne non loin de chez vous. Un accident industriel ? C'est à considérer le film comme un dommage collatéral dans ce cas, car de verve et de causticité, le film n'en cultive que de malodorants bourgeons... John Waters a un humour naval, nautique même, avec périscope et compteur de profondeur. Très vite, il va s'acharner à descendre sous la ligne de flottaison pour ne plus remonter. Ca pourrait être « hénaurme », c'est juste fauché et surjoué. Le grain de la pellicule rappelle la grêle s'abattant sur le pèlerin d'Egypte, avec une colométrie aléatoire qui menace de se faire hara-kiri tout le long. De temps à autre, une idée vient faire mouche; le reste du temps, ça bourdonne et ça vrombit au-dessus de la dépouille d'un beau concept d'American Nightmare qui ne sent guère la rose. On a failli se marrer, on a failli aimer. Le coup n'est finalement passé qu'à 3 kilomètres de la cible. A vol de Waters, c'est juste une paille : celle que l'on voit dans l'oeil de son film, assez copieuse pour concurrencer l'Annapurna. Quitte à vous prendre une veste, préférez un autre textile. |
09-08-2008 A propos d'henry |
| Votre Honneur, Je viens ici en tant que procureur général réclamer l'oubli à perpétuité pour le médiocrissime "A propos d'Henry" (Bonjour, ma colère ! Salut, ma hargne ! Et mon courroux, coucou !). Ce film appartient en effet à la série dite des "fâcheux foirages" du prévenu Mike Nichols, ex-très grand réalisateur coupable à la même période (fin des années 80, début des années 90) des sinistres "Working girl", "Wolf" et autres "The birdcage". Le fait qu'il y refasse tourner Harrison Ford après "Working girl" me pousse à parler de bouse préméditée. En effet, Votre Honneur, regardez cet extrait de la reconstitution : on y voit distinctement ledit Harrison Ford, surnommé dans le milieu "Le bulot" pour son incapacité à être traversé par plus d'une expression et demie, on y voit donc disais-je Harrison Ford en train d'interpréter un avocat adipeux et margoulin qui, par la grâce d'une agression, va connaître une rédemption aussi morale qu'un digest de catéchisme adressé à un clerc de notaire. Tout cela est, vous en conviendrez, du dernier grotesque, du rebâché mille fois. A côté du "Bulot", vous pouvez apercevoir Annette Benning qui tente de passer incognito chercher son chèque à la compta. Pour elle, nous parlerons de circonstances atténuantes : si on devait condamner tous ceux qui ont cachetonné par appât du gain à Hollywood, un procès stalinien n'y suffirait pas. Je propose en revanche une peine de sûreté incompressible pour le scénariste J.J Abrams, coupable du twist le plus lourdingue depuis l'invention du rebondissement et qui depuis malmène la causalité narrative en trafiquant une drogue de synthèse mal calibrée et pue-la-sueur du nom de "Lost". De tels agissements sont un exemple déplorable pour la jeunesse. Mon réquisitoire est fini. Il vous poussera, j'espère, à empoigner votre petit marteau et à en balancer un bon coup dans les parties de ce brouet visqueux qui rappelle une fois de trop le double sens du terme "film dramatique". Donc l'accusé est coupable. Mais son avocat vous en convaincra mieux que moi... |
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