Shoot them up, le DVD
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 07-05-2008 There Will Be Blood
Paul Thomas Anderson a touché du doigt l'extraordinaire avec son talentueux "There Will Be Blood". L'épopée , qui couvre 30 ans de la vie de Daniel Plainview (Daniel Day Lewis), un baron du pétrole au comportement violent dans la Californie du début du 20ème siècle, est porteuse d'une rage communicative. A croire que le réalisateur s'est nourri essentiellement des œuvres du petit Kubrick illustré.

En raison de son sujet, de ses grands paysages de Western et de son magnat de protagoniste, le film d'Anderson a déjà été comparé, à tort, à "Citizen Kane". Mais la comparaison ne pourrait rendre compte du portrait assez intransigeant qui est fait du culte de la personnalité et de l'avarice. En tant que révélateur de la colère d'un homme démesurément antisocial, le climat émotif se rapproche quant à lui beaucoup plus d'un "Raging Bull", véritable décharge électrique pour spectateurs ankylosés.

Le travail est ici porté sur l'intensité de l'acteur, qui explose complètement à l'écran et nous laisse tous béat. L'interprétation de Day Lewis est fascinante d'implication. Le Plainview qu'il s'est approprié, qui commence en tant que prospecteur en 1898, trouve son premier gisement de pétrole en 1902 et avale voracement la terre de Californie centrale jusqu'à une confrontation avec ses grands rivaux de la Standard Oil, apparaît d'une force et d'un charisme démesuré. Avec son regard mi-requin mi-rapace Day Lewis transfigure le pouvoir d'intimidation de son personnage. Mais Plainview est capable, quand il le faut, de se parer du charme le plus efficace. Un talent brut qui marche au super !

La VO semble indispensable pour rendre justice également au travail d'accent réalisé par l'acteur, sorte de patchwork texano-britannique râpeux seyant parfaitement au personnage. Le travail d'évolution du caractère de Plainview est renforcé par un scénario qui met l'accent sur la misanthropie et l'isolement émotif du personnage à mesure que se développe son pouvoir. La musique de Greenwood par ses aspects inquiétants participe au brio de l'ensemble.

Bien qu'il fournisse une description sans réserve du capitalisme , Anderson ne cherche pas à parsemer à toute force son œuvre d'allégories politiques. Mais là ou il nous bluffe, c'est réellement dans le cisèlement psychologique de son protagoniste principal, dans la gestion du rythme et dans le maintien d'un atmosphère pesante avant le climax final. Jouant avec l'absence de dialogue, la temporisation ou au contraire l'explosion de violence, Anderson domine son sujet du début à la fin, et le pire c'est que ça lui semble aisé.

Magnifiquement filmé par Robert Elswit et conçu par Jack Fisk, qui a recréé à partir de zéro les villes qui ont grandi autour des gisements de pétrole, " There Will Be Blood" est un film physiquement piquant, témoignage d'un genre radicalement différent d'épopée historique, qui évite allègrement les clichés de la période. Mais finalement c'est par ses échos de modernité que le film et sa férocité ambiante nous glace. Quand Anderson nous met face à un Maelström d'émotions à la beauté terrifiante, il ne nous donne pas toutes les clés, on est un peu perdus, il y a du sang et on se surprend à en redemander.

 07-05-2008 Emmanuelle
Pour détester un film, c'est simple il faut voir de nos jours Emmanuelle. Censé faire partie intégrante de notre patrimoine cinématographique il est tout simplement d'un pathétique absolu. Passons sur la qualité médiocre de l'image et la volonté de filmer des lieux sans aucune liaison particulière avec l'action. Ce classique a pris du plomb dans l'aile et il paraît difficile de voir ou se niche l'esthétisme.

On nous a vendu le fait qu'il s'agirait d'une œuvre qui va au delà du simple film érotique mais il en prend tous les poncifs. Le récit, très linéaire, ne prend en compte que d'une façon très peu poétique la quête pseudo initiatique que l'héroïne suivrait, à la recherche de sa liberté sexuelle. Sylvia Kristel, outre sa plastique qui titille infiniment peu notre testostérone, a un jeu qui frise la catastrophe et sa naïveté est exaspérante. Pouir ne rien gâcher les dialogues sont à peine supérieurs à ce que propose aujourd'hui l'industrie du Hard.

On a presque envie de rigoler quand on voit la scène finale ou le réalisateur, qui croit avoir une bonne idée, nous met en face de la métaphore du miroir, avec son héroïne qui se reconnaît enfin en tant que femme. On se demande bien comment 9 millions de personnes ont pu voir le film en salle en France, il faut croire qu'il n'y avait pas abondance de bien. Même la célèbre chanson du film, signée Pierre Bachelet, finit par nous taper sur le système au bout du troisième passage.

Bref cela n'a absolument pas la saveur d'une œuvre de cinéma mais le parfum trop fort d'une série B vendue en supermarché il y a vingt ans. Pour le côté culturel et novateur, si ce film a pu choquer les esprits voilà plusieurs décennies, en repoussant les limites de ce qu'on pouvait montrer à l'écran, il ne génère que l'ennui de nos jours, sauf pour nos quinquagénaires nostalgiques.
 07-05-2008 L'aile ou la cuisse
Si on peut dire d'un acteur qu'il n'a pas été mis au placard par la grande faucheuse c'est bien de Louis de Funès qu'on peut parler. Bien que la Grande vadrouille ait perdu cette année son record d'affluence, il reste à nos yeux l'un des monstres sacrés du comique français.

Sur un tournage on pouvait le sentir sans cesse soumis à l'angoisse du silence, susurrant ses sottises sensass au scénariste soucieux et singeant sans soupir la sagesse de Zidi sous ses cernes non séniles. Et précisément dans l'Aile ou la Cuisse, il ne faut pas trois scènes avant qu'il ne nous glisse, par sa verve puissante de son sac à malice, quelques polissonades senties qui nous réjouissent.

Dan cette parodie comique des inspecteurs du Guide Michelin, De Funès/Duchemin est comme un coq en patte, et on ne choisit pas, on prend l'aile et la cuisse ! De la gastronomie impitoyable à la malbouffe des fast food, toujours d'actualité, tout y passe. Toutes les mimiques sont de la partie, toute la maladresse de Coluche y est anti-superfétatoire et tous les superlatifs concernant le jeu de De Funès en petit nerveux autoritaire sont possibles et plausibles.

Dans ce savoureux mélange on se surprend même à retrouver un peu de la tendresse de la soupe aux choux, dans les problèmes existentiels d'un Coluche au destin de clown, parallèle émotionnel reprenant sa propre histoire faite de salopette large et de nez rouge pour composition de violons à gants de boxe cachant mal la tristesse de l'Auguste.

On louera la simplicité complexe des musiques de Cosma, génie laborieux des arrangements cinématographiques français venant de l'étranger, qui s'évertue à produire un concerto gastronomique frugal faisant mouche sans qu'on y prenne garde.

Au final, on passe un moment sympathique en compagnie de deux acteurs qui nous manquent par leur gags à l'inutilité indispensable. Ils ont maintenant des ailes mais ils nous font toujours nous taper les cuisses.
 06-05-2008 Wyatt Earp
Wyatt Earp est un bon film parce qu'il sort de certains codes imposés d'emblée. En premier lieu il faut tout de suite lui décoller l'étiquette de Western. Certes l'action se déroule dans l'Ouest américain au 19ème siècle et on y croise des cow boy prompts à se faire justice eux mêmes. Mais si Wyatt Earp est un bon film c'est surtout parce qu'il est construit comme un film historique, retraçant assez fidèlement la vie de l'un des plus célèbres Marshall américain. Le réalisateur, Lawrence Kasdan nous décrit ainsi sans rajouter de scènes d'actions grandiloquentes les évènements qui ont amené au fameux règlement de compte d'OK Corral.

Loin des situations très manichéennes relatives à chaque Western, le film dépeint une personnalité tourmentée et pourtant pleine de principes et de certitudes. Le film peut alors sembler s'embourber dans un rythme lent bien loin des modèles du genre. Mais c'est parce que Kasdan prend le temps de décrire les relations sentimentales du héros, les drames familiaux qui l'entourent et la société dans laquelle il vit. Des valeurs d'honneur ou de loyauté sont contrebalancées par des perversions de vengeance et d'avidité. Alors bien sûr on pourra regretter un côté beaucoup trop lisse associé au valeurs morales grandiloquentes que l'Amérique chérit, mais paradoxalement ce même défaut renforce également le souffle épique et romanesque de l'ensemble.

Côté casting, Kévin Costner excelle dans ce rôle du chef de famille charismatique et ne dévie pas dans la surenchère héroïque. En face les acteurs qui s'installent dans les bottes des hors-la-loi sont un peu plus caricaturaux mais on y trouve quand même son bonheur. Vous comprendrez donc que ça crache par terre et que la dentition donnerait du travail à un spécialiste pendant trois ans. Cela peut sembler difficile à croire mais il faut également adresser un satisfecit tout particulier à Dennis Quaid qui est méconnaissable dans le rôle de Doc Holliday, avec une richesse dans les variations d'attitude et une vraie compréhension de la complexité de son personnage.

La musique confère à l'ensemble une véritable authenticité voulue par l'équipe du film. On n'entendra donc pas la chevauchée des Walkyries pour une scène ou Wyatt se rend au saloon pour flinguer les méchants. Quelques intonations tirant sur les violons quand même pour vraiment s'écarter du modèle Leone et faire la sauce qui épique. Mais on pardonnera les petits excès de lyrisme qui ne sont pas non plus légion. Il s'agit tout de même de l'histoire d'un mythe.

On touche donc ici a des fibres romanesques un peu plus fortes que dans les plus purs Western, mais si on s'attèle a suivre les performances d'acteur et qu'on s'attache à l'histoire on peut y trouver un autre plaisir que dans la simple volée de Bang Bang entendus dans les fusillades hollywoodiennes. On se nourrit de l'ambiance et on obtient une évasion caractéristique de ce genre de fresque. Mais la durée de 3h et la monotonie de certains faits relatés peu parfois rebuter et empêcher les spectateurs impatients de rentrer dans la machine à remonter le temps.
 10-04-2008 Space Jam
Une petite larme de nostalgie sur l'époque de la Dream team et de nos chers années 90 passées à admirer ce cher Mike. Pour les fans de basket comme moi et de cartoon par la même occasion, admirer la réunion des deux pour les besoins d'un film tout public ce n'est rien que du plaisir. Sa majesté est fidèle a elle même, on ne lui demande pas d'être au niveau actor studio mais on louera son magnifique sens de l'autodérision. Ce qu'on demande à ce film c'est que des choses improbables se passent , encore plus que lorsque le numéro 23 fendait les airs avec les jambes écartées, et c'est ce qu'on obtient . Et puis revoir le phénoménal Charles Barkley en énorme en monstre orange ouvre une nouvelle porte sur la galerie des merveilles de la balle, orange elle aussi, qui nous enchantait il y a 10 ou 15 ans. L'analogie monstrueuse permet, par la même occasion de se donner une idée de ce que pouvaient ressentir les équipes qui devaient avoir maille à partir avec les Phoenix Suns à l'époque. Ensuite on voit Ewing, celui de New York pas celui de Dallas. On aperçoit également Bradley, Mourning, Ceballos, Divac, Johnson, Bird, Oakley, Starks et tout un univers de cartes upper deck (les fameuses cartes de joueur à s'échanger à la récré) nous revient en tête.

D'un point de vue cinématographique c'est plein de bonne intentions. La méga star du réel (Jordan) donne la réplique à la méga star de l'irréel (Bugs Bunny) et on trouve ça parfaitement normal car il font tous les deux partie de l'industrie du rêve américain. Bugs Bunny, le symbole des dessins animées Looney Toones, et son entourage nous permettent de vivre une aventure attachante et hilarante même si la qualité du script est disons légère. Le fait que Bill Murray se soit investi dans le projet fait d'ailleurs excellemment la liaison entre le sport et le registre humoristique des toons. Au final un très bon rythme d'ensemble et une évidente joie de vivre finiront d'emballer les amateurs de confiture de l'espace.
 09-04-2008 Usual suspects
Il y a des films que l'on aime, des films avec lesquels on prend plaisir. Il y a les films que l'on regrette d'avoir vu et les films qui laissent un goût d'inachevé. Puis un jour il y a le film qu'on attendait. Celui qui vous bluffe, vous transporte et vous possède. Ce film c'est pour beaucoup "Usual Suspects".

Bien avant de briller avec X-Men ou de sombrer avec Superman Returns, Bryan Singer a signé, avec Usual Suspects, un des thriller les plus surprenant qu'il nous ait été donné de voir et dont le scénario original déroule une intrigue diaboliquement efficace. Ce chef d’œuvre ne pourra jamais laisser personne indifférent.

D'abord la mise en place, énigmatique, qui nous dépeint à travers l'œil d'une petite frappe le troublant Kaiser Sozë. Un récit méticuleux qui ne manque pas de captiver le spectateur, qui suit une introduction des protagonistes principaux très hollywoodienne.

Tandis que la narration suit son cours, Usual Suspects captive de plus en plus l’intérêt du spectateur et le talent de conteur de Bryan Singer y est pour beaucoup. Et très habilement, le réalisateur stoppe net le flot d'informations qui vient au spectateur. Il ne livre plus qu'au compte goutte les informations nécessaires à la quête de compréhension du mystère Kaiser Sozë, dont on ne voit jamais le visage. Les hypothèses sont tour à tour éludées, les questions fusent et le spectateur est complètement manipulé. Inutile de dire qu'à ce niveau faire une pause pour aller chercher de quoi se nourrir dans le frigo est fatal pour celui qui voudrait suivre le fil de l'intrigue. Mais même en suivant avec attention le spectateur peut il seulement y voir clair ? Singer montre des lieux et des événement qui paraissent anodins et qui prendront plus tard toute leur importance, mais bien malin celui qui pourra les déceler au premier coup d'œil.

En utilisant à foison la technique éculée du flashback on aurait pu voir le réalisateur tomber dans le piège de l'ennui et du manque de clarté. Mais les acrobaties effectuées avec ces incessants retour au passé sont parfaitement maitrisées et l'équilibriste Singer domine son sujet. Les caractères fouillés des personnages ne faisant que rendre encore plus réussie la création d'une atmosphère pesante. Car c'est aussi une des forces indéniable du film : le casting. Kevin Spacey à contre emploi est insolent de facilité. Benicio Del Toro séduit, Stephen Baldwin colle littéralement à son personnage et Gabriel Byrne réussit à imposer un style sobre et rugueux à la fois. Même Kevin Pollak qui n'a pas mes faveurs d'ordinaire n'arrive pas à me faire ajouter un bémol.

Cette histoire qui nous met tous au supplice jusqu'à la dernière seconde et qui fera dire à votre voisine blonde "j'ai pas compris c'est qui le tueur finalement ?" , n'a presque pas de défaut. Je dis presque parce qu'en creusant bien on trouve un léger défaut quand même. Une fois le film terminé, l'intérêt de le revoir en sachant la fin devient extrêmement réduit. Jamais vous ne retrouverez la saveur de la première fois où vous vous serez fait balader . Tout au plus vous pourrez revoir le film pour y trouver des failles….qui n'existent pas ! Au passage on saluera Christopher McQuarrie (dont on notera le passage pendant quatre ans dans une agence de détectives), l'auteur de ce scénario si complexe et abouti, .

Ah oui une dernière remarque pour la frange de la gente féminine qui, comme pour le Parrain ne comprendrait pas ce culte masculin pour Usual Suspects. L'explication est toute simple : "paaaaaaaaarceeeeeeeee queeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee" !!!!!
 09-04-2008 Il y a longtemps que je t'aime
Première frayeur de ce film, Kristin Scott Thomas, qui sort de quinze ans de prison. On se demande d'abord comment le réalisateur va nous servir cette situation. Le fait qu'en plus l'action se déroule uniquement à Nancy et qu'Elsa Zylberstein soit sa sœur, ne nous aide pas non plus à nous rassurer sur l'ensemble. Mais trêve de mauvais esprit le résultat est là. Surtout grâce à la performance incroyable de Kristin qui a enfin un rôle à sa mesure dans un film français. . Le réalisateur, Philippe Claudel, qui a d'abord été reconnu pour son travail de romancier, y est pour beaucoup. On sent un travail en profondeur pour faire de son film une recherche émotionnelle forte. S'il parvient à ses fins c'est principalement parce qu'il ne pare pas son film d'atours surréalistes, parsemant plutôt le maximum de scène de la vie quotidienne pour accentuer le réalisme. Si bien qu'on en arrive parfois à trouver le temps long, tout en sentant qu'il y a là une démarche volontaire. Reste que le secret du crime commis par la protagoniste principale est le fil rouge du film et que sa découverte garde en haleine le spectateur. Et lorsque le secret est exposé c'est l'ouverture de la boite aux sentiments à laquelle on assiste, médusés par la justesse de ton et les variations des actrices. On aurait peut être simplement aimé que le film n'en reste pas sur une note de fin un peu trop grand public , plus ou moins exigée par la production. Il semble d'ailleurs que le réalisateur n'a pas pu imposer réellement la fin qu'il souhaitait. Qui a dit que les histoires d'amours finissent mal en général ?
 09-04-2008 Rocky 3, l'oeil du tigre
Injustement traité de moins bon volet de la saga par une partie de la presse (avant que le cinquième opus ne soit présenté il est vrai) , "Rocky 3 : Eye of the tiger" reste un incroyable moment de cinéma. D'ores et déjà pour la musique qui est rentrée dans la légende (encore une prouesse de Bill Conti avec l'énorme tube "Eye of the tiger" écrit uniquement pour le film). Ensuite pour le côté plus "musclé" de la réalisation. Certes le personnage de Rocky perd un peu en consistance, mais c'est au profit du rythme et de la montée d'adrénaline nécessaire à tout bon Rocky.

Certes Stallone perd un peu de son volume de jeu mais le film bénéficie d'un éclairage critique sur la société américaine des années 80 bien plus vif. A travers cet étalon italien qui après avoir triomphé sur les rings, se révèle à lui même comme étant devenu sa propre parodie, on explore à traits larges le cercle vicieux du monde de la boxe. De l'argent et de la notoriété qui coulent à flot pour des champions pas forcément capables de les gérer. Des matches plus ou moins arrangés. L'hégémonie complète du show business sur le sport. Tout concoure à montrer la double face, beaucoup moins reluisante, qui accompagne l'ascension fulgurante du héros vers le statut d'icône. En creusant un peu plus profondément on en tire une mise en garde de Stallone à lui même vis à vis de la franchise Rocky qui n'est pas sans saveur.

La chute et la prise de conscience du héros sont légèrement larmoyantes mais complètement absorbées par la crédibilité de Stallone en pauvre type qui a finalement un très bon fond. C'est en partie ce qui fait le succès de ces films, car l'américain moyen se reconnaît dans ce genre de personnage pétri de défauts humains mais à qui l'avenir peut sourire à condition de croire en son étoile et de mettre en avant les bonnes valeurs. Mais cela sent tout de même trop la redite et ce qui fait la valeur de ce Rocky 3, c'est en premier lieu le retour à la bonne castagne.

Le combat contre Mister T , alias Clubber Lang, est assez spectaculaire, même si l'opposition bon/méchant est toujours dépeinte sans finesse. Pourquoi donc fallait il forcément que le héros chevalier blanc adulé se retrouve face au vilain boxeur noir plein de haine, à la bêtise incommensurable et au caractère hautement caricatural. Reste l'aura de Mister T, qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Mister Tyson, et qui donne à l'affrontement un goût intense. Du reste le divertissement y est et on goûte avec bonheur le plaisir de voir une deuxième partie de film repartir avec force dans un crescendo d'action sublimé par le combat final et le tableau d'épilogue. Pour ce qui est des combats , encore une fois , on ne devra pas les regarder comme étant de la boxe mais du pur "Rocky style", sport qui ne pourrait pas être homologué en France en raison de la mise en danger de l'intégrité physique des athlètes.

On remarquera qu'encore une fois les seconds rôles sont parfait dans l'espace qui leur est accordé. On citera notamment l'émouvant Burt Young, coach au grand cœur qui avoue la faiblesse qui l'a mené à trop "couver" Rocky. Carl Wheathers, alias Creed, est idéal dans le rôle du champion reconverti qui vient donner un coup de main à un ami qu'il estime, car on sent qu'il ne surjoue pas et qu'il trouve une vraie complicité avec Stallone. D'ailleurs les scènes d'entraînement associées au retour de Creed sont un pur moment d'anthologie made in Rocky, remplissant notre héros d'une ferveur à mi chemin entre la quête de rédemption et le désir de vengeance. Un peu trop en retrait cette fois, le personnage d'Adrian n'est presque pas mis en valeur et on se demande presque pour quelle raison elle fait partie du film tant elle finit par se rendre agaçante.

Encore un satisfecit donc au réalisateur-acteur-scénariste trop souvent assimilé à sa marionnette de sylvestre et qui signe ici encore une belle réussite. Mais que faire, c'est l'œil du tigre mec ! L'œil du tigre !
 02-04-2008 Le collectionneur
Si vous aimez les films de serial killer qui laissent un peu tranquille votre cerveau vous pourrez peut être avoir intérêt à jeter un coup d'œil sur celui ci. Il y a même des chances solides que vous soyez divertis par ce que vous verrez. Mais ne vous attendez pas à un nouveau "Silence des agneaux" ou "Seven". En effet, "le collectionneur" arrive assez en retrait dans la catégorie "élève appliqué" mais pas du tout dans le tableau d'honneur.

Tout le long du film, Morgan Freeman fait un très bon travail. Il campe un enquêteur psychologue crédible et joué tout en contraste. Il excelle dans son style habituel, sobre et rempli de sa force naturelle. Vous pourrez ainsi sentir le poids de son intellect et de ses émotions, nécessaires dans ce cas ou le personnage principal est personnellement impliqué dans l'intrigue. Freeman porte donc le film sur ses épaules, ne se contentant pas de fonctionner sur ses acquis charismatiques. A ses côtés Ashley Judd soutient à peu près la comparaison en femme à fort caractère, même si elle n'est pas assez dans la retenue lorsqu'elle doit manifester des émotions. En bref la belle en fait parfois trop. Mais ce n'est rien par rapport à la prestation du blondinet de service. La dernière fois que j'ai vu Cary Elwes dans un film c'était dans "Sacré Robin des Bois" de Mel Brooks. Après cela impossible de croire en lui dans un rôle sérieux, et son physique de jeune premier ultrabrite allié à un jeu plutôt douteux rendent les parties du film ou on le voit un peu tiédasses.

Le problème principal ici c'est que le film reste scolaire , absorbant les codes du genre avec respect. Et même si on goûte le rôle du flic rempli de sagesse , qui donne de l'intérêt à ce film pour le moins classique, le scénario est vraiment trop juste. Parfois on a la désagréable impression que l'enchainement des scènes tombe à plat. Quand ce n'est pas le cas on arrive tout simplement pas à croire à ce qui nous est montré. Le spectateur subit également quelques longueurs et un bon fan de genre devinera trop facilement l'identité du serial killer longtemps avant la fin du film.

Il s'agit donc d'un film correct , un peu cliché , qui fera bien l'affaire pour une séance du lundi soir dans ce qui s'appelait autrefois les "Hollywood Nights" . Mais gageons que "le collectionneur" n'est pas forcément "collector".
 02-04-2008 Les valseuses
Vous avez déjà fait un tour dans la vidéothèque des parents ? Non ? Vous devriez , car on y trouve aussi bien des nanards sans nom que des petites perles , et même des classiques qu'on avait laissé filé (c'est parfois dur de rattraper l'histoire du cinéma quand on est né en fin de vingtième siècle).

De mon côté je suis tombé bien à propose sur Les Valseuses, film que j'avais entrevu dans l'embrasure d'une porte mais qui m'avais valu de m'envoyer au lit de façon précipitée car ce n'était pas "pour les petits". D'ou une certaine curiosité aujourd'hui.

A l'origine, et après documentation, Les Valseuses est un livre de Blier qui a ensuite été adapté au cinéma. Il est intéressant de noter que la fin n'est pas la même , mais pour ne pas faire de divulgation malheureuse je laisse cette partie de côté. Disons simplement que le studio qui a commandé le film a Blizer lui a fait accoucher d'une version un peu plus optimiste.

La première question qui se pose en regardant Depardieu et Dewaere en délinquants en cavale avec une otage (Miou Miou) peu farouche, c'est évidemment de savoir si on a en face de nous de l'art ou de la simple vulgarité. Cette comédie qui reste pour beaucoup une des références des 35 dernières années trouve en effet quelques libertés qui sublimées par le texte deviennent artistiques. Mais dans le même temps la lourdeur toute franchouillarde finit par peser sur le spectateur.

Bien sûr il y a dans ce film des dialogues hilarants qui sont devenus cultes. Les mots sont pour le moins fleuris et d'une liberté de ton jubilatoire. Mais quoi de plus logique pour Blier digne successeur d'Audiard en la matière. On notera également que ce film a eu le mérite de lancer la carrière de deux grands acteurs, même si le regretté Dewaere n'a pas eu le temps de bâtir celle qu'il méritait.

Le film avait à l'époque fait un véritable scandale à cause de la violence, des scènes de sexe et de la vulgarité. Mais c'est également cela qui en fit bien sûr le succès. Aujourd'hui avec un œil neuf le film a vraiment vieilli et il est plus difficile d'en absorber la portée.

Il sera éventuellement intéressant de noter dans les détails comment Blier fait le portrait d'une France d'après 68 qui devient pessimiste et désenchantée. La France de Giscard, avec le début du chômage, la prospérité économique qui s'estompe, et une jeunesse qui s'ennuie et qui pour passer le temps commet des larcins et couche à tout va.

Au final il semble que le film ait perdu de sa saveur, mais il reste quand même des moments de grande tendresse imprévue qui rendent les personnages touchants au milieu de l'étalage de scène tantôt drôles et crues
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